Sekhemrê-Khoutaouy Amenhotep-Sobekhotep (aujourd'hui classé comme Sobekhotep Ier, avant en tant que Sobekhotep II) est le premier roi de la XIIIe dynastie et a régné à la fin du XIXesiècleav. J.-C. ou au début du XVIIIesiècleav. J.-C.. Son classement chronologique a longtemps été débattu, mais l'opinion majoritaire fait de lui le premier roi de la dynastie.
Position chronologique
Les noms de Nesout-bity et de Sa-Rê du roi sont Sekhemrê-Khoutaouy Amenemhat-Sobekhotep tandis qu'un autre roi de la dynastie porte les noms de Nesout-bity et de Sa-RêKhoutaouyrê Ougaf. Or le Canon royal de Turin indique en tant que premier roi de la dynastie un certain Khoutaouyrê et en tant que quinzième roi un certain Sekhemrê-Khoutaouy Sobekhotep. Ainsi, pendant longtemps Amenemhat-Sobekhotep a été placé à cette position, faisant de lui Sobekhotep II, mais à la suite de diverses études — notamment stylistiques — la majorité des égyptologues pensent aujourd'hui que les noms ont simplement été inversés et qu'Amenemhat-Sobekhotep est le premier roi de la XIIIe dynastie, faisant de lui Sobekhotep Ier,.
Amenemhat-Sobekhotep est bien attesté par des sources contemporaines. Ces attestations sont les suivantes:
le papyrus d'El-LahounIV, aujourd'hui au Musée Petrie (UC32166),; ce papyrus est un recensement de la maisonnée d'un prêtre-lecteur qui est daté de la première année de règne du roi et enregistre également la naissance d'un fils du prêtre-lecteur au cours d'une 40eannée de règne, ce qui ne peut que faire référence à AmenemhatIII; cela établit qu'Amenemhat-Sobekhotep régnait à une époque proche de celle d'AmenemhatIII,
un certain nombre d'éléments architecturaux portant la titulature de Amenemhat-Sobekhotep:
de Medamoud: des fragments d'un porche de fête-Sed (musée du Caire: JE 56486, JE 56496 et JE 56496bis) ainsi que des piliers osiriaques (musée du Caire: JE 54857 et JE 58926; Louvre: E 12924) et une porte (localisation actuelle inconnue),,
un linteau de Deir el-Bahari (localisation actuelle inconnue),,
un bloc originaire de Karnak (musée du Caire: JE 36815),
un fragment vu sur le marché des antiquités au début du XIXesiècle, de provenance inconnue et de localisation actuelle inconnue,,
une statue royale sans provenance connue et conservée à Besançon (D.890.1.65) qui lui est attribuée sur la base d'une analyse stylistique,
une statuette trouvée à Kerma et conservée à Boston (BMFA 14.726),,
une lame d'herminette sans provenance connue et conservée au Caire (JE 67944),,
un sceau-cylindre sans provenance connue et conservé au Metropolitan Museum of Art (MMA 30.8.319),,
trois relevés du niveau du Nil à Semna et Koumna en Nubie, datés respectivement de l'an 2 et l'an 3 pour les deux relevés de Semna et l'an 4 pour le relevé de Koumna; ce dernier montre qu'il régna pendant au moins trois années complètes,,
une stèle un peu postérieure datée du règne de Khâneferrê Sobekhotep, elle a été découverte à Karnak et aujourd'hui est aujourd'hui conservée au Caire (JE 51911).
Éléments du temple de Montou mentionnant Amenemhat-Sobekhotep
Plusieurs attestations de petite taille et inscrites uniquement avec le cartouche Sekhemrê-Khoutaouy existent mais la présence de ce seul cartouche ne permet pas de savoir s'il s'agit d'Amenemhat-Sobekhotep ou de Sekhemrê-Khoutaouy Khâbaou (dans l'hypothèse qu'il s'agit de deux rois distincts),:
près de douze sceaux-cylindres, dont la plupart sont en l'honneur de Sobek,
un sceau-scarabée et une amulette en forme de scarabée,
En réponse à ces arguments, Stephen Quirke fait remarquer que les noms d'Horus et d'Horus d'or de Sekhemrê-Khoutaouy Amenemhat-Sobekhotep sont connus à partir d'un seul bloc du temple de Montou à Médamoud, dont l'attribution demeure incertaine.
Julien Siesse réfute quant à lui l'hypothèse de deux rois chronologiquement proches et ayant partagés le même nom de Nesout-bity. En effet, depuis au moins le début du Moyen Empire, le nom le plus important de la titulature royale est ce nom de Nesout-bity. Ainsi, il est clair pour lui qu'il n'y a eu qu'un seul Sekhemrê-Khoutaouy: Amenemhat-Sobekhotep. Siesse réfute également l'hypothèse de Quirke, selon laquelle Khâbaou serait le nom d'Horus d'Amenemhat-Sobekhotep, et considère que le nom Menkhibef, attesté sur le bloc de Médamoud, correspondant à un autre souverain. Pour Siesse, Amenemhat-Sobekhotep a changé de protocole au cours de son règne, à l’instar d’autres rois qui l'ont fait avant et après lui, dont Ouserkarê Khendjer pour la XIIIe dynastie.
Interprétation du nom de Sa-Rê
Sceau du roi indiquant son nom de Sa-RêAmenemhat-Sobekhotep.
Ce roi possède un double nom de Sa-Rê. Ce type de noms a été interprété différemment selon les égyptologues:
selon Ryholt, les doubles noms sont des noms filiaux: l'un est le vrai nom du roi, l'autre est le nom de son père. Ainsi le roi se nommerait Sobekhotep et aurait un père nommé Amenemhat;
Julien Siesse fait partie de ceux qui réfute cette hypothèse des doubles noms filiaux. En effet, il note que les doubles noms sont très courants à cette époque, que ce soit chez les particuliers ou dans la famille royale. Ce double nom est en effet un nom principal pour l'un et un surnom pour l'autre. Ils permettent de différencier les membres d'une même famille ayant le même nom principal. Dans les familles royales des différents rois de la XIIIe dynastie, plusieurs princes et princesses sont connus avec des doubles noms. Julien Siesse donne comme exemple les princes de la famille du roi Khâneferrê Sobekhotep: Sobekhotep-Djadja, Sobekhotep-Méjou et Haânkhef-Iykhernéféret. Julien Siesse considère donc qu'Amenemhat-Sobekhotep est le nom complet du roi, Amenhemhat étant le nom principal, Sobekhotep étant le second nom.
Famille
L'interprétation des noms doubles a des conséquences sur la reconstruction de la famille royale du roi Amenemhat-Sobekhotep:
son double nom de Sa-Rê rappelle ceux des rois précédents et pourrait indiquer une filiation selon la théorie de Ryholt. Ainsi, Sobekhotep serait le fils d'un Amenemhat. Ryholt a proposé qu'il soit le fils du roi d'AmenemhatIV, et également le frère de Sekhemkarê Amenemhat-Senbef, le roi AmenemhatIII ayant épuisé sa descendance par son très long règne,,
selon ceux qui s'opposent à cette théorie des doubles noms filiaux, aucun élément concret ne permet de relier le roi à d'autres personnes si ce n'est qu'il y avait peut-être plusieurs Amenemhat dans la famille d'Amenemhat-Sobekhotep. Il était donc peut-être lié familialement à ses prédécesseurs chez lesquels plusieurs Amenemhat sont présents, mais sans pour autant connaître exactement la nature de ces liens.
De plus, un certain Ânkhou, «scribe du temple» de SésostrisIII, puis «Directeur des Champs», indique que sa mère Mérestékhi est devenue «sœur du roi» mais n'a jamais été fille de roi. Ainsi, l'un des successeurs de SésostrisIII n'était pas d'origine royale. Or Ânkhou indique également qu'il a servi AmenemhatIII alors qu'il n'était qu'un jeune prince,,, excluant de fait ce roi. Il reste donc qu'AmenemhatIV, Néférousobek et les premiers rois de la XIIIedynastie. Si certains chercheurs prennent le parti de faire de cette Mérestékhi la sœur d'AmenemhatIV, d'autres sont plutôt enclin à faire de ce roi et de Néférousobek les enfants d'AmenemhatIII,,, et donc de faire de Mérestékhi une sœur d'un roi du début de la XIIIedynastie.
Sépulture
Lors de fouilles menées en 2013 à Abydos, une équipe d'archéologues dirigée par Josef W. Wegner de l'université de Pennsylvanie a découvert la tombe d'un roi du nom de Sobekhotep. Bien qu'Amenemhat-Sobekhotep ait été désigné comme propriétaire de la tombe dans plusieurs articles de presse depuis ,,,,,, des investigations supplémentaires ont rendu plus probable le fait que la tombe appartient plutôt au roi Khâneferrê Sobekhotep.
Sa sépulture est peut-être située dans une zone située entre le sud de Saqqarah et Mazghouna, où plusieurs pyramides du début de la dynastie sont situées (un certain nombre d'entre elles étant anonymes). Quant à Detlef Franke, il assigne à Sobekhotep une pyramide (AI I?) au sud-est de la pyramide de Khendjer à Saqqarah.
↑Certains chercheurs traduisent l'inscription comme le fait qu'Ânkhou a servi un fils d'AmenemhatIII (Siesse 2019, p.128); si les deux traductions sont grammaticalement correctes, Ryholt indique que, dans le cas où la seconde traduction est la bonne, il serait très étonnant que le nom du prince soit omis, ce qui fait pencher ce chercheur et d'autres vers la première traduction, c'est-à-dire Amenemhat III en tant que prince (Ryholt 1997, p.211-212).
Julien Siesse, La XIIIedynastie: Histoire de la fin du Moyen Empire égyptien, Paris, Sorbonne Université Presses, coll.«Passé Présent», (ISBN9791023105674);
(en) Julien Siesse, «Throne Names Patterns as a Clue for the Internal Chronology of the 13th to 17th Dynasties (Late Middle Kingdom and Second Intermediate Period)», Göttinger Miszellen (GM), no246, , p.75-98 (lire en ligne);
(de) Anthony Spalinger, «Sobekhotep II», dans Wolfgang Helck (éditeur), Lexikon der Ägyptologie, vol.5, Wiesbaden, Harrasowitz, (ISBN3-447-02489-5);
(en) Stephen Quirke, «In the Name of the King: on Late Middle Kingdom Cylinders», dans E. Czerny, I. Hein, H. Hunger, D. Melman, A. Schwab (editeurs), Studies in Honour of Manfred Bietak, vol.I, Leuven, Paris/ Dufdley, Peeters, , 263-274p. (ISBN9789042917309);
(en) Darrell D. Baker, The Encyclopedia of the Pharaohs: Volume I: Predynastic to the Twentieth Dynasty 3300–1069 BC, Stacey International, , 587p. (ISBN978-1-905299-37-9);
(en) Josef W. Wegner, «A Royal Necropolis at South Abydos», Near Eastern Archaeology, no78 (2), , p.68-78 (lire en ligne);
(de) Silke Roth, Die Königsmütter des Alten Ägypten von der Frühzeit bis zum Ende der 12. Dynastie, Wiesbaden, (ISBN3-447-04368-7);
Pierre Tallet, Sésostris III et la fin de la XIIedynastie, Paris, Pygmalion, coll.«Les grands pharaons», (réimpr.2015, édition augmentée et mise à jour) (1reéd. 2005), 334p., 24 cm (ISBN978-2-7564-1692-2);
(en) Stefania Pignattari, Amenemhat IV and the End of the Twelfth Dynasty: Between the End and the Beginning, Oxford, BAR Publishing, coll.«BAR International Series 2906», (ISBN978-1407-31635-2).