Le mot symbolique peut prendre différentes significations.
Pour tous les sens pris par ce mot en adjectif : « Qui n'a de valeur que par ce qu'il exprime ou ce qu'il évoque. »
Pour le substantif, la (ou parfois “le”) symbolique peut renvoyer aux sens et domaines suivants, :
La symbolique est un ensemble de symboles propre à un domaine, un système de signes particulier. Elle peut concerner, du côté des objets désignés, un être naturel (ex. : la symbolique du lion), un art ou une technique (ex. la symbolique architecturale), une religion (la symbolique chrétienne), etc. ou, du côté de ceux qui désignent, un peuple (la symbolique viking), un groupe humain (ex. : la symbolique des alchimistes), une école (la symbolique des romantiques), une époque (la symbolique médiévale), etc.
Les symboles ont tendance à s'organiser en constellations, ils ne sont pas isolés, ils forment des réseaux ; par exemple, la symbolique de la naissance concerne des vivants, des moments, des personnes, des pensées, etc. reliés de façon significative.
Chaque culture a une symbolique. Pour Lévi-Strauss, « toute culture peut être considérée comme un ensemble de systèmes symboliques au premier rang desquels se placent le langage, les règles matrimoniales, les rapports économiques, l'art, la science, la religion. Tous ces systèmes visent à exprimer certains aspects de la réalité physique et de la réalité sociale, et plus encore, les relations que ces deux types de réalité entretiennent entre eux et que les systèmes symboliques eux-mêmes entretiennent les uns avec les autres. » Pierre Bourdieu a développé cette analyse des systèmes symboliques en en montrant le pouvoir et la violence.
Les symboles de propitiation de toutes les religions, d'intercession devenue ciment culturel, se groupent en systèmes essentiellement religieux quelquefois politiques, qui forment un langage cohérent : mythe, rituel, rêve, récit initiatique, poème, tableau, etc.
Les symboles naturels, de la Nature sans artefact de l'homme, tout autant, sont perçus comme des systèmes non chaotiques : les « Quatre Éléments » s'appellent les uns les autres, les parties d'un arbre (racines, tronc, branches ; feuilles, fleurs, fruits) entrent en relations organisées, etc. Les couleurs constituent un monde.
Les symboles forment donc des systèmes, à savoir des complexités variées, interactives, organisées, totales et finalisées.
Une première loi est, peut-être, l'opposition. Chaque symbole signifie une chose et aussi, du moins en partie, son contraire : l'eau donne la vie comme la mort. De sorte qu'un système de symboles comprend à la fois ses symboles et ses contraires. Une deuxième loi serait la chaîne.
Les symboles se suivent les uns les autres selon une certaine affinité, qui semblerait peu logique, rationnelle, causale. Jacques Chevalier donne ces exemples de chaînes : « "taureau-lune-nuit-fécondité-sacrifice-sang-semence-mort-résurrection-cycle, etc.", "foudre-nuages-pluie-taureau-fécondité, etc." »
Cette logique obéirait à la ressemblance, à la contiguïté spatiale ou temporelle, à la causalité (théorie de l'association d'idées de David Hume) ou à la parenté et à la sympathie, aux correspondances et analogies (théorie des analogies et correspondances Pierre A. Riffard), ou aux pulsions inconscientes (théorie freudienne de l'association libre Sigmund Freud).
La notion de champ lexical peut s'avérer pertinente.
Les Chinois listent :
On trouve donc des catégories (animaux, céréales…), des listes (céréales : riz, blé), des correspondances (feu, sud, rouge, amer, poulet, sept qui se correspondent).
Quand le mot « symbolique » désigne l'art d'interpréter, on se trouve face à une discipline précise, l'herméneutique. « On distingue sens ou valeur symbolique et interprétation symbolique. Une interprétation symbolique dépend entièrement de son auteur, qui est le lecteur, alors que le symbole comme procédé dépend de l'auteur du texte (ou d'une œuvre) et demande à être perçu par le lecteur » (Bernard Dupriez).
Quand le mot « symbolique » désigne une théorie des symboles, il désigne la symbologie, qui décrit ou étudie les symboles dans leur histoire, leur classification, leur morphologie, etc.
Dans la psychanalyse freudienne on parle plutôt de travail de symbolisation pour mettre en évidence un processus et notamment éviter une vision « symboliste » qui n'a rien à voir avec les théories de Sigmund Freud ou celles de Melanie Klein. La vision « symboliste » est le fait des théories de la psychologie analytique de Carl Gustav Jung où les symboles présentent une dimension mythologique convergente dans l'inconscient collectif.
Pour Jung la symbolique est l'ensemble des symboles [mots, images, gestes, rituels, œuvres d'art...] à signification constante qui peuvent être retrouvés dans diverses productions de l'inconscient [fantasmes, rêves, actes manqués, mots d'esprit, symptômes...], et qui structurent, irriguent les mythes récurrents ou comparables de diverses civilisations, jusqu'à esquisser certains contours de l'Anthropos universel cher à Edgar Morin dans un autre contexte théorique.
Selon Jacques Lacan (médecin psychanalyste et structuraliste), qui a poursuivi l'étude du « forclos » psychanalytique, le symbolique est l'un des trois « registres essentiels » qu'il distingue dans le champ de la psychanalyse, avec l'imaginaire et le réel. Le symbolique change de sens, de genre et désigne alors « l'ordre des phénomènes auxquels la psychanalyse a à faire en tant qu'ils sont structurés comme un langage ». Même si le travail théorique de Lacan se situe délibérément dans le prolongement et la filiation des théories freudiennes, il a été noté par leurs commentateurs et continuateurs des nuances et différences marquées sur le concept majeur de symbole et sur le rôle qu'ils lui attribuent dans leurs systèmes respectifs. Ainsi, « entre la symbolique freudienne et le symbolique de Lacan, il y a une différence manifeste : Freud met l'accent sur le rapport unissant (...) le symbole à ce qu'il représente, alors que pour Lacan, c'est la structure du système symbolique qui est première ; la liaison avec le symbolisé (...) étant seconde et imprégnée d'imaginaire ».
Le symbolique est un registre de l'ordre de l'inconscient, celui des signifiants. Il concerne la capacité de représentation. Il est lié à l'acte de parole. Dès 1953 dans son Séminaire 22, Lacan distingue les trois registres : « le réel », « le symbolique », « l'imaginaire », regroupés dans le schéma « RSI ». Le fait d'apprendre le langage nous coupe en quelque sorte du monde : ainsi naît « le Réel », ce qui ne peut être nommé, ou le référent absolu, ce qui ne relève pas du langage (même si le langage ne cesse de pointer vers les éléments du réel). Le langage dans lequel nous naissons contient des valeurs, cela organise le monde dans lequel nous vivrons avant même que nous soyons né. Cette dimension organisatrice et de distribution de la valeur, Lacan l'appelle « le symbolique », soit l'ordre qui utilise les symboles « topo ° logique ». Et ainsi que le rappelle Philippe Sollers dans Éloge de l'Infini (chez Gallimard en 2001, p. 808) : « comme l’a dit Lacan un jour, “ce qui est forclos du symbolique ressurgit dans le réel”. »
Quant à l'« imaginaire », il désigne « la manière dont le sujet se perçoit par le truchement des autres et du langage dans lequel il se trouve ». Par exemple, en 1956-1957, Lacan différencie un « père réel » (le géniteur), un « père symbolique » (qui vaut comme fonction) et un « père imaginaire » (à la limite du « voulu »).