| Langue(s) |
Berbère (langue officielle et populaire) Punique (langue officielle) |
|---|---|
| Religion | Dieux berbères , Dieux carthaginois (Baal, Tanit..) |
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Thagaste (en tifinagh : ⵜⴰⴳⴰⵙⵜ, Tagast ; en arabe : طاغاست) était une ancienne ville romano-berbère de Numidie, située à l'emplacement de l'actuelle ville de Souk Ahras, en Algérie, qui a été édifiée sur ses ruines. La ville est principalement connue pour être le lieu de naissance d'Augustin d'Hippone, qui devint par la suite évêque d'Hippone. Elle se trouve à environ 100 km au sud-est d'Hippone, actuelle Annaba.

Le toponyme Thagaste est attesté sous plusieurs formes dans les sources antiques, notamment Thagaste, Thagastis, Thagastem, Tagaste, Tagastae et Tagastis ; les formes des ethnonymes correspondants sont Thagastensis, Tagastensis et Tagastenus.
Des rapprochements ont été proposés entre Thagaste et plusieurs toponymes des îles Canaries, notamment Tegueste à Tenerife ainsi que Tagaste, Igueste et Teguisse. Une étude de Carles Múrcia publiée en 2025 considère que Tegueste est probablement apparenté au toponyme numide Thagaste et propose pour cet ensemble une étymologie amazighe reconstruite à partir d'une notion de « pente » ou de « terrain en déclivité ».
Une proposition antérieure d'Ignacio Reyes García faisait dériver Tegueste de Tegăsət, avec le sens de « humide ». Cette proposition est discutée et écartée par Múrcia au profit d'une reconstruction différente fondée sur la notion de pente ou de déclivité.
Le nom de la cité est attesté sous la forme Thagaste dans les sources antiques latines. La forme Tagaste est également employée comme variante du nom, notamment dans la tradition consacrée à Augustin d'Hippone, né dans la cité en 354,,.

Les origines de Thagaste sont mal documentées. Serge Lancel relève que le nom de la cité est un toponyme préromain, dans un territoire numide où les traces d'une culture antérieure à la présence romaine subsistaient encore à l'époque d'Augustin. Il signale notamment la présence d'inscriptions libyques dans la région ainsi que la survivance de la langue punique dans les campagnes. Les sources disponibles ne permettent toutefois pas de restituer avec précision l'histoire de l'établissement avant son intégration au monde romain.
Thagaste est mentionnée par Pline l'Ancien ainsi que par l'Itinéraire d'Antonin. Son emplacement antique correspond à celui de l'actuelle Souk Ahras. Cette identification, longtemps discutée, a été établie au XIXe siècle grâce notamment à la découverte d'inscriptions portant le nom de la cité. Léon Renier publie en 1857 une inscription qui permet de déterminer l'emplacement de l'ancienne Thagaste à Souk-Harras ; une autre inscription découverte peu après mentionne explicitement l'ordo de Thagaste, confirmant cette identification,.
À l'époque impériale, Thagaste possède le statut de municipe. Les inscriptions retrouvées sur le site témoignent de l'existence d'institutions municipales et de la présence de notables locaux. Serge Lancel indique qu'au moment de la naissance d'Augustin, en 354, Thagaste était depuis environ deux siècles un municipe, c'est-à-dire une communauté municipale disposant de la citoyenneté romaine pour ses hommes libres. L'épigraphie permet également de documenter la vie civique et administrative de la cité,.
Thagaste occupe une position sur les itinéraires reliant l'intérieur de la Numidie aux régions de l'Afrique proconsulaire. Les recherches anciennes sur la localisation de Naraggara et du champ de bataille de Zama ont notamment utilisé Thagaste comme l'un des points géographiques de référence. Ces travaux ne permettent cependant pas d'identifier Thagaste elle-même à Naraggara ou à Zama.
Thagaste est surtout connue pour être la ville natale d'Augustin d'Hippone, né le . Son père, Patricius, appartenait à la curie municipale et possédait un domaine à proximité de la ville. Augustin y passa son enfance avant de poursuivre ses études à Madaura puis à Carthage.
La cité occupait également une place importante dans les relations personnelles et intellectuelles du futur évêque d'Hippone. Alypius de Thagaste, son ami et compagnon, était lui aussi originaire de Thagaste. Après son retour de Rome, Augustin séjourna de nouveau dans sa cité natale et y constitua une communauté chrétienne avec ses compagnons. Possidius rapporte notamment qu'il établit un monastère sur un domaine familial.
La vie religieuse de Thagaste s'inscrit alors dans le contexte plus large du christianisme nord-africain et des divisions entre catholiques et donatistes. Augustin évoque lui-même sa cité natale lorsqu'il rappelle que celle-ci avait autrefois appartenu au parti donatiste avant de rejoindre l'Église catholique. Au début du Ve siècle, l'évêque Alypius représente Thagaste lors de plusieurs assemblées ecclésiastiques, notamment à la conférence de Carthage de 411.

Thagaste demeure un siège épiscopal durant l’Antiquité tardive et appartient alors à la province ecclésiastique de Numidie,. Parmi les évêques connus figure Firmus, à la fin du IIIe siècle. Augustin le mentionne dans le De mendacio à propos d’un homme recherché sur ordre impérial qui s'était réfugié auprès de lui. Firmus refusa de le livrer aux appariteurs impériaux et, malgré les tortures qu’il subit, persista dans son refus. Conduit ensuite devant l'empereur, il obtint la grâce de l'homme qu’il avait recueilli Augustin ne précise pas le nom de l’empereur ; Anatole Toulotte propose d'identifier celui-ci à Maximien Hercule, en rapportant l’épisode à son intervention en Afrique à la fin du IIIe siècle.
Au début du Ve siècle, Alypius, évêque de Thagaste, fut d’abord un proche et confident d'Augustin, avant de devenir son compagnon de conversion. Les deux hommes furent baptisés ensemble à Milan à Pâques 387. De retour en Afrique du Nord, ils vécurent quelque temps en communauté à Thagaste, puis Alypius devint évêque de la cité en 394. Il demeura ensuite l’un des principaux collaborateurs d’Augustin dans son activité pastorale et dans les controverses religieuses de l’Afrique romaine,. Un autre évêque connu, Januarius, figure parmi les prélats catholiques exilés en 484 par le roi vandale Hunéric,.
À la suite de la conquête vandale de l'Afrique romaine, Thagaste passe sous l'autorité du royaume vandale établi en Afrique du Nord à partir des années 430. Avec la disparition du royaume vandale en 534, Thagaste est intégrée aux territoires africains reconquis par l'Empire romain d'Orient. La cité s'inscrit alors dans un espace régional réorganisé par les autorités byzantines, notamment à travers un réseau de fortifications destiné à contrôler les voies de communication et les territoires de l'intérieur numide. La forteresse de Thagora, située au sud-est de Thagaste, était ainsi reliée à la cité par une voie traversant les montagnes.
Les sources ecclésiastiques indiquent enfin que le siège de Thagaste existe encore vers 600, témoignant de la permanence de l’organisation épiscopale de la cité durant l'Antiquité tardive,.
À partir du milieu du VIIe siècle, l'Afrique du Nord byzantine est progressivement conquise par les forces arabes. La chute de Carthage en 698 marque la fin du pouvoir impérial byzantin en Afrique.
Les vestiges de l'ancienne Thagaste se trouvent dans l'actuelle Souk Ahras. L'identification du site avec Thagaste a notamment été établie au XIXe siècle grâce à la découverte d'inscriptions portant le nom de la cité. En 1857, Léon Renier publie ainsi une inscription découverte à Souk-Ahras qui permet d'identifier l'emplacement de l'ancienne Thagaste ; une autre inscription publiée l'année suivante mentionne explicitement le splendidissimus ordo municipii Thagastensis et confirme cette identification,.
L'épigraphie constitue une part importante de la documentation archéologique de Thagaste. Les inscriptions découvertes à Souk-Ahras comprennent notamment des textes municipaux, funéraires et chrétiens. Un autel funéraire conservé au musée du Louvre provient de Thagaste ; il porte une épitaphe latine consacrée à Caius Junius Villatticus, mort à l'âge de soixante-seize ans. La notice du musée le date de l'époque impériale et renvoie notamment aux Inscriptions latines de l'Algérie de Stéphane Gsell et au Corpus Inscriptionum Latinarum.
Les découvertes archéologiques attestent également la présence d'édifices chrétiens à Thagaste. Un compte rendu archéologique consacré à Souk-Ahras signale notamment une inscription portant la formule Beatam ecclesiam catholicam, qui était placée à l'entrée d'une basilique. Une lampe de bronze, découverte avec une partie de son candélabre dans les ruines d'un édifice chrétien de Souk-Ahras, a également été signalée à l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres en 1903,.
Les recherches archéologiques et épigraphiques ont également livré des inscriptions funéraires appartenant à la population de la cité. Plusieurs de ces documents sont aujourd'hui conservés dans des collections publiques, ils permettent notamment d'étudier les noms, les pratiques funéraires et l'organisation sociale de la population de Thagaste à l'époque romaine,.
Thagaste devient un siège épiscopal chrétien durant l'Antiquité tardive. Le diocèse relève de la province ecclésiastique de Numidie, et plusieurs de ses évêques sont connus par les sources conciliaires et littéraires. La documentation ancienne permet notamment d'identifier Firmus, Alypius et Januarius parmi les évêques de Thagaste.
L'épiscopat de Firmus est antérieur à celui d'Alypius, qui fut l'un des proches compagnons d'Augustin. Originaire lui aussi de Thagaste, Alypius devint ensuite évêque de cette cité et participa à plusieurs assemblées de l'Église africaine,. Alypius figure ensuite parmi les évêques catholiques africains engagés dans les controverses ecclésiastiques du début du Ve siècle, notamment lors de la conférence de Carthage de 411.
Januarius est également attesté comme évêque de Thagaste dans la documentation relative à l'Église d'Afrique. Il figure parmi les évêques catholiques victimes des mesures prises par le roi vandale Hunéric contre l'épiscopat africain en 484. La présence d'un évêque de Thagaste dans cette documentation témoigne de la continuité du siège épiscopal pendant la période vandale.
Le siège de Thagaste est encore attesté dans la documentation ecclésiastique de l'Antiquité tardive. Il est aujourd'hui conservé dans la tradition catholique comme siège titulaire de Thagaste, sans qu'il corresponde à un diocèse résidentiel actuel.

Une sous-espèce de lion, aujourd'hui éteinte à l'état sauvage, était autrefois répandue dans toute l'Afrique du Nord. Le dernier spécimen sauvage fut vraisemblablement abattu en 1948 dans la forêt de Souk-Ahras.
Les Romains utilisaient des lions de Barbarie dans leurs amphithéâtres pour les combats de gladiateurs. Au Moyen Âge, les lions conservés dans la ménagerie de la Tour de Londres étaient des lions de Barbarie, comme le prouvent les tests ADN effectués sur les deux crânes bien conservés dans la tour en 1937. Les crânes ont été datés par le radiocarbone de 1280 à 1385 AD et AD 1420-1480. Dr Nobuyuki Yamaguchi de la Wildlife Conservation Unit (Unité de conservation de la faune) à l'Université d'Oxford, a indiqué que la croissance des civilisations le long du Nil et dans la péninsule du Sinaï au début du IIe millénaire av. J.-C., avait ainsi isolé les populations de lions. Jusqu’au début du XXe siècle, le lion a survécu à l'état sauvage au nord-ouest de l'Afrique, zone correspondant à la Tunisie, à l'Algérie et au Maroc actuels.
Sur la colline de Sidi-Messaoud, à Souk Ahras, l'ancienne Thagaste, se trouve un olivier associé à la mémoire de saint Augustin. L'arbre est présenté par plusieurs sources comme un olivier millénaire ou multimillénaire. Selon la tradition, Augustin se serait recueilli en prière sous son ombre et y aurait dispensé ses premiers enseignements,,.
L'arbre est situé sur l'un des monticules de Souk Ahras et est associé au site de l'ancienne Thagaste. C'est un arbre à deux troncs, présenté comme presque trimillénaire. Une expertise dendrochronologique aurait été réalisée en 1953 par un laboratoire américain situé à Tucson, sous la direction du professeur Andrew Ellicott Douglass, et son âge aurait alors été estimé à plus de 2 900 ans,.
L'olivier était un lieu où Augustin se recueillait pendant son enfance avec sa mère Monique, puis après son retour à Thagaste, et plusieurs de ses écrits y auraient été inspirés. Le site de la Direction du tourisme et de l'artisanat de la wilaya de Souk Ahras présente également l'olivier comme un élément associé à la mémoire de saint Augustin.
Une tradition locale distingue cet olivier d'un autre arbre situé à proximité du mausolée de Sidi-Messaoud, également fréquenté par les visiteurs, dont la proximité peut être à l'origine d'une confusion. Certaines traditions locales associent l'olivier aux pratiques de recueillement et à la recherche de la « baraka », tandis que d'autres attribuent à Augustin la plantation de l'arbre ou rapportent simplement qu'il avait l'habitude de s'y asseoir pour méditer,.
Bataille de Zama dans la région de Naragara (actuelle Heddada).
Hannibal s'allia à Vermina, le fils et successeur de Syphax et, ensemble, ils envahirent le royaume des Massyles. Massinissa et Scipion les rejoignirent à Zama (l'actuelle Souk Ahras, en Algérie) et une grande bataille s'engagea (202 av. J.-C.). Le choc fut rude et il y eut des pertes des deux côtés, puis la bataille tourna à l'avantage de Massinissa et de Scipion. L'historien latin Tite-Live fait un récit très imagé de cette bataille :
« Un combat singulier s'engage entre Massinissa et Hannibal. Hannibal pare un javelot avec son bouclier et abat le cheval de son adversaire. Massinissa se relève et, à pied, s'élance vers Hannibal, à travers une grêle de traits, qu'il reçoit sur son bouclier en peau d'éléphant. Il arrache un des javelots et vise Hannibal qu'il manque encore. Pendant qu'il en arrache un autre, il est blessé au bras et se retire un peu à l'écart... Sa blessure bandée, il revient dans la mêlée, sur un autre cheval. La lutte reprend avec un nouvel acharnement, car les soldats sont excités par la présence de leurs chefs. Hannibal voit ses soldats fléchir peu à peu, certains s'éloignent du champ de bataille pour panser leurs blessures, d'autres se retirent définitivement. Il se porte partout, encourage ses hommes, abat par-ci, par-là ses adversaires, mais ses efforts demeurent vains. Désespéré, il ne pense qu'à sauver les restes de son armée. Il s'élance en avant, entouré de quelques cavaliers, se fraie, chemin et quitte le camp de bataille. Massinissa qui l'aperçoit se lance avec son groupe derrière lui. Il le presse, malgré la douleur que lui cause sa blessure, car il brûle de le ramener prisonnier. Hannibal s'échappe à la faveur de la nuit dont les ténèbres commencent à couvrir la nature.[réf. nécessaire] »
Carthage fut de nouveau contrainte à négocier. Mais le précédent traité fut révisé et la cité punique dut restituer à Massinissa tous les territoires qui avaient été arrachés à ses ancêtres. Hannibal se révolta et essaya de s'opposer au traité mais menacé d'être livré aux Romains, s'enfuit en Syrie où il se suicida en 183 av. J.-C.