| Artiste | |
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| Date | |
| Type | |
| Matériau | |
| Dimensions (H × L) |
81 × 60 cm |
| Propriétaire | |
| No d’inventaire |
RF 2008 53 |
| Localisation |
Autoportrait symbolique, originellement titré Vision, est une peinture à l'huile novatrice de l'artiste post-impressionniste français Émile Bernard. Réalisée en 1891 alors que l'artiste n'avait que 23 ans, cette œuvre représente un tournant crucial dans sa carrière, le faisant passer du synthétisme à un symbolisme profondément mystique.
Bernard peignait des autoportraits presque chaque année, et on en compte plus d'une soixantaine répertoriés. L'année 1891 est marquée par de profondes turbulences personnelles et professionnelles. Il est en deuil suite au décès récent de son ami proche Vincent van Gogh et a rompu amèrement ses liens avec Paul Gauguin, estimant que ce dernier s'est approprié tout le mérite de l'invention de leur style commun, le cloisonnisme. Souffrant d'isolement, Bernard rejete l'imitation davantage littérale de la réalité pour se consacrer entièrement à l'expression de sa vie spirituelle intérieure.
Le tableau est structuré comme une surprenante composition à double registre qui fonctionne comme une fenêtre sur l'esprit de l'artiste. Au premier plan, le buste soucieux et sombre du jeune artiste. Le reste de la toile se fond dans un fond rouge vif et onirique, peuplé de figures en suspension : un groupe de baigneuses nues aux tons roses, très stylisées, occupe l'arrière-plan, directement inspirées des peintures de Bernard réalisées entre 1887 et 1890. Les formes brutes et anguleuses de ces corps annoncent fortement les changements esthétiques de Munch, comme la période rose de Picasso.
Flottant au-dessus de la foule des baigneurs se dresse une grande tête éthérée, couronnée d’épines. Plutôt qu’une représentation religieuse conventionnelle, cette figure christique atypique symbolise le martyre artistique de Bernard.
En 1898, Bernard publie dans Le Spectateur catholique un sonnet intitulé Vision écrit en 1893 à Florence. Ce n'est pas innocent. Le sonnet et la toile partagent la même structure « synthétique ». Le tableau rejette le naturalisme pour projeter une « vision intérieure ». Le poème Vision utilise l'écriture poétique comme une transposition littéraire de ce même espace mental. Bernard y emploie des métaphores et des évocations allégoriques qui font écho aux formes stylisées et aux motifs (la luxure, la tentation, la pureté mystique) qui hantent le fond de sa toile. En écrivant ce texte, Émile Bernard boucle la boucle de son obsession thématique : ce que la couleur et les contours cloisonnés exprimaient de manière brute en 1891 trouve son exégèse poétique et spirituelle dans ses vers de 1893.
Jean-Jacques Brousson, écrivain et journaliste français qui fut notamment le secrétaire d'Anatole France est le tout premier propriétaire répertorié de la toile à Paris. Le chef-d'œuvre intégre ensuite la collection d'Ambroise Vollard, l'un des marchands d'art les plus influents et avant-gardistes de l'époque, qui a joué un rôle crucial dans la promotion de l'École de Pont-Aven et des post-impressionnistes. Après avoir été conservé longtemps dans des collections privées, l'œuvre est finalement remise sur le marché public à Avignon en 2003, avant d'être acquise en 2008 par le musée d'Orsay où elle est conservée.