Le Tabarin ou Cabaret à Paris est une peinture à l'huile sur toile majeure réalisée par le jeune peintre postimpressionniste français Émile Bernard en 1889.
Il s'agit d'une composition tout en longueur au format frise. La peinture s'inspire directement de l'effervescence nocturne de la Butte Montmartre et du quartier de Pigalle. Elle représente plus précisément l'atmosphère du Tréteau de Tabarin, un célèbre cabaret de chansonniers de l'époque (à ne pas confondre avec le grand dancing Bal Tabarin qui sera construit au même emplacement un peu plus tard, en 1904). La composition met en scène une foule de spectateurs habillés de noir avançant par petits groupes. Au centre de la toile, le regard est attiré par une jeune femme vêtue de rose installée à une table. En arrière-plan, on distingue la scène du cabaret où une danseuse lumineuse se produit devant son public.
Cette période (1888-1889) est cruciale dans la carrière d'Émile Bernard. De retour de son premier séjour à Pont-Aven où il a collaboré de près avec Paul Gauguin, Bernard s'éloigne définitivement de l'impressionnisme. Avec cette scène de cabaret, il applique les principes fondateurs du synthétisme et du cloisonnisme : l'œuvre ne cherche pas à copier fidèlement la réalité, mais à en livrer une synthèse visuelle simplifiée en utilisant des aplats de couleur et des contours marqués, souvent peints de mémoire.
Entre 1886 et 1888, Émile Bernard étudie à l'atelier de Fernand Cormon à Paris, où il se lie d'amitié avec Henri de Toulouse-Lautrec et Vincent van Gogh. Cette période d'émulation artistique intense résonne profondément dans Le Tabarin. La composition et l'atmosphère du tableau reflètent directement les obsessions partagées par ce trio. Tout comme Toulouse-Lautrec, qui fait des bordels et des salles de spectacle de Montmartre son sujet de prédilection, Bernard s'immerge ici dans la vie nocturne pigalloise. On retrouve le même regard sans concession sur la faune des cafés-concerts. La construction du tableau rappelle immédiatement le style de Toulouse-Lautrec. Le premier plan, avec cette femme isolée à une table et les silhouettes sombres des spectateurs coupées par le cadre, crée une sensation d'immersion immédiate et de voyeurisme, une technique que Lautrec perfectionnera au Moulin-Rouge. C'est à cette époque que Bernard développe le cloisonnisme. Van Gogh, fasciné par les estampes japonaises et le travail de son jeune ami Bernard, adoptera une démarche similaire en simplifiant ses formes et en exacerbant la couleur. Dans Le Tabarin, le contraste saisissant entre la robe rose vif de la femme et l'arrière-plan ténébreux préfigure les audaces chromatiques que Van Gogh déploiera dans son célèbre Café de nuit à Arles (peint à la même période, en septembre 1888).
Initialement acquise directement auprès d'Émile Bernard pour la collection Vasella à Zurich, l'œuvre est restée dans la famille par descendance auprès de Tino Alfredo Vasella avant d'entrer en dans la célèbre collection du grand mécène suisse Samuel Josefowitz. Conservée par ce dernier pendant plus de vingt ans, la toile est présentée en vente publique chez Christie's à Paris le (lot 14) et adjugée 183 400 €. Plus récemment, son importance historique est confirmée lors de son dernier passage aux enchères chez Sotheby's à New York en : estimée initialement entre 250 000 et 350 000 USD, la peinture dépasse ses prévisions pour être adjugée à 336 000 USD, rejoignant ainsi une éminente collection privée nord-américaine.