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| Nom de naissance |
Jacques Julien Weitzmann |
| Pseudonyme |
Jacques Derogy |
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Parti communiste français (jusqu'en ) |
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Jacques Derogy, de son vrai nom Jacques Julien Weitzmann, né le dans le 10e arrondissement de Paris et mort le à Neuilly-sur-Seine, est un journaliste français, pionnier du journalisme d'investigation.
Fils d'Henri Weitzmann et de Nelly Montel, il fait ses études au lycée Janson-de-Sailly, au lycée du Parc, au lycée Henri-IV et à la Faculté des lettres de Paris. Jacques Derogy fuit Paris pour l'Ardèche, s'engage dans la Résistance après avoir échappé aux rafles antisémites de Vichy — la famille Weitzmann est d'origine judéo-comtadine — et prend plus tard le pseudonyme de Derogy, sous lequel il accomplira sa carrière de journaliste.
Il interrompt des études de philosophie pour devenir journaliste à Franc Tireur, journal pour lequel il couvre en 1947 le drame de l'Exodus. Devenu communiste il entre ensuite à Libération. À la suite d'une demande d'Emmanuel d'Astier qui a fondé ce journal, il y publie, en 1955-1956, une grande enquête intitulée "Les femmes sont-elles coupables ?" dans laquelle il reprend l'affaire Bac sur laquelle la gynécologue Marie-Andrée Lagroua Weill-Hallé, proche d'Emmanuel d'Astier, s'appuie pour faire avancer la cause du contrôle des naissances en France. Jacques Derogy y fait la promotion de moyens de contraception modernes qu'il estime efficaces et y décrit les drames de l'avortement clandestin. Destinée à soutenir la création de l'association Maternité heureuse, qui deviendra en 1960 le Mouvement français pour le Planning familial son enquête est reprise dans le livre, Des enfants malgré nous, publié aux éditions de Minuit et préfacé par Marie-Andrée Lagroua Weill-Hallé. Pour Jacques Derogy, le birth control est « l'art de commander les naissances ». Le Parti communiste français se positionnant comme nataliste et maternaliste depuis l'après guerre, les propos de Jacques Derogy sont condamnés par Maurice Thorez dans L'Humanité. Le lors d'un meeting à la Mutualité à Paris Marie-Claude Vaillant-Couturier rejette le birth control, qui d'après elle ne concerne pas les femmes de milieu populaire, en prise aux difficultés matérielles d'élever les enfants qu'elles désirent. Jacques Derogy quitte alors le Parti communiste. En il couvre pour le journal Madame express l'ouverture du premier centre d'accueil du Planning familial à Grenoble. Il rejoint l'Association nationale pour l'étude de l'avortement dès sa création en 1969 ; il y œuvre notamment aux côtés d'Anne-Marie Dourlen-Rollier.
De 1959 à 1987, Jacques Derogy travaille au magazine L'Express, où il devient célèbre pour ses nombreuses enquêtes, souvent en tandem avec Jean-Marie Pontaut, venu d’un autre magazine, Le Point. Leur travail en équipe débute quand le second rejoint le premier à L’Express, devenant un nouveau symbole de complémentarité.
Il passe ensuite à L'Événement du jeudi puis Marianne.
Au long de sa carrière, il enquête sur de nombreux scandales, y consacrant reportages et livres. Il couvre entre autres l'affaire Ben Barka (avec Jean-François Kahn), la grâce accordée par Georges Pompidou au milicien Paul Touvier, les assassinats à Lyon du juge Renaud et plus tard à Marseille du juge Michel, la tuerie d'Auriol, la corruption et les crimes sur la Côte d'Azur (affaire Jacques Médecin entre autres), les diamants de Giscard, l'affaire du Rainbow Warrior, les Irlandais de Vincennes.
Françoise Giroud évoque son souvenir d'un enquêteur passionné : « Jacques Derogy, merveilleux journaliste, était par exemple toujours noyé dans ses informations, il en recueillait tellement qu'il ne savait plus où les mettre. À un moment donné, en général à la dernière minute, il entrait dans mon bureau pour me dire : « Françoise, je n'y arrive pas. » Je lui répondais alors : « Allons-y. » Il y en a eu beaucoup comme ça. Je me souviens ainsi d'avoir fait refaire trois fois un papier sur Victor Hugo à Jean-François Kahn ! Derogy et Kahn ont été les premiers à faire, à ce moment-là, du journalisme d'investigation avec l'affaire Ben Barka. »
Jacques Derogy meurt à 72 ans d'un cancer, à l'hôpital américain de Neuilly-sur-Seine. Il est enterré à Paris, au cimetière du Montparnasse. L'Humanité indique à sa mort qu'il « s’inquiétait récemment de voir les journalistes se livrer « à une course abominable » alors que « l’investigation est précisément le contraire de la vitesse ». Et Le Monde rappelle que l'année précédente, il s'était opposé à « la politique du fait accompli dans ces territoires [de la Cisjordanie, de Gaza et du Golan], considérés d'abord comme des gages en vue d'accords de paix, (qui) a transformé la salutaire victoire de la guerre de six jours en une guerre de conquête et de libération d'un nouvel Etat juif d'essence théocratique. »
Il a trois enfants : Pierre-François, Marianne (qui fut l'épouse de Marek Halter de 2023 à sa propre mort en 2024) et Jean.
L'Express, où il a travaillé plus d'un quart de siècle, a rendu hommage à Jacques Derogy en donnant son nom à un prix, doté initialement de 30 000 francs, récompensant des journalistes d'investigation. La première édition a été remise en 1998, à Valérie Lecasble et Airy Routier pour Forages en eau profonde, les secrets de l'affaire Elf,.