Marc Ferro

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Marc Ferro
Marc Ferro en 2012.
Fonction
Directeur d'études
École des hautes études en sciences sociales
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Naissance
Décès
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Marc Roger FerroVoir et modifier les données sur Wikidata
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Marc Ferro, né le dans le 8e arrondissement de Paris et mort le à Maisons-Laffitte, est un enseignant-chercheur et historien français. Directeur d'études de l'École des hautes études en sciences sociales, il est spécialiste de la Russie, de l'URSS et de l'histoire du cinéma.

Biographie

Jeunesse marquée par la Seconde Guerre mondiale

Marc Roger Ferro, né le , au no 47 rue du Rocher dans le 8e arrondissement de Paris, est issu d'une famille émigrée, italo-grecque par son père et juive ashkénaze par sa mère.

Son père, Jacques Ferro, né en 1887 à Corfou (Grèce) et mort en 1930 à Argelès-Gazost (département des Hautes-Pyrénées), est agent de change. En 1924, il épouse, dans le 18e arrondissement de Paris, Oudia Fridmann, née en 1897 à Novohrad-Volynskyï (Empire russe, actuelle ville de Zviahel en Ukraine), couturière, se remarie après le décès de son époux.

En 1941, Marc Ferro habite Paris avec sa mère et son beau-père. Il est élève au lycée Carnot. Il est menacé par la politique antisémite du régime de Vichy en raison de son origine juive par sa mère. Son professeur de philosophie au lycée Carnot, Maurice Merleau-Ponty, recommande aux lycéens d'origine juive de se cacher en zone libre. Un ami de sa mère, André Bordessoule, pourtant rédacteur en chef d'un journal antisémite, lui propose de traverser la ligne de démarcation dans le coffre de sa voiture pour rejoindre Saint-Yrieix, la ville dont il est maire,. Parvenu en zone non occupée, Marc Ferro se rend à Grenoble où il poursuit ses études. Sa mère est détenue à la caserne des Tourelles à Paris, puis déportée, par le convoi no 55, en date du , de Drancy vers Auschwitz, où elle meurt le . Toute sa vie, il refusera de connaître les circonstances de la mort de sa mère.

C'est à la faculté des lettres et sciences humaines de l'université de Grenoble que Marc Ferro prépare sa licence d'histoire-géographie. Âgé de 19 ans en 1944, il est sous la menace d'une réquisition par le Service du travail obligatoire (STO). Une amie communiste, Annie Kriegel, anime un réseau de résistants à Grenoble. Elle le recrute en raison de sa connaissance de la langue allemande. Il est chargé d'identifier des cibles potentielles pour le réseau parmi les soldats qui stationnent aux portes de la ville. Mais une partie du réseau est arrêtée et Marc Ferro, à partir de début juillet 1944, part rejoindre la Résistance dans le maquis du Vercors. Sa capacité à lire les cartes d'état-major décide de son affectation. Il reçoit pour mission de pointer avec précision sur les cartes les mouvements des forces en présence. Il est aussi chargé de transmettre les ordres du lieutenant-colonel François Huet, alias Hervieux, commandant la défense du Vercors. Quelques jours à peine après l'arrivée de Marc Ferro, l'armée allemande prend d'assaut le massif du Vercors pour réduire entièrement le bastion de la résistance. Marc Ferro effectue de périlleux ravitaillements. Le réseau reçoit l'ordre de se disperser. Marc Ferro retourne alors à Grenoble. Il participe à la libération de Lyon, alors déserté par les Allemands, le , puis reprend ses études et devient ensuite professeur malgré sept échecs successifs à l'agrégation d'histoire,.

Après la guerre, il épouse le Yvonne France Blondel (1920-2021) à Déville-lès-Rouen (Seine-Maritime).

Carrière universitaire

Il enseigne à Oran au lycée Lamoricière entre 1948 et 1956. Il y déclencha l'hilarité générale lorsqu'il annonça à ses élèves qu'ils allaient étudier ensemble la culture arabe. « Mais, m'sieur, les Arabes, ils ne sont pas civilisés… ». Il découvre l'Algérie française de l'époque et prend conscience du fait colonial. Après les événements violents de la Toussaint en 1954, il participe à la fondation de Fraternité algérienne, un mouvement progressiste dit de la troisième voie, hostile à la fois au système colonial en cours et à la guerre radicale menée par le FLN.

Bien que très attaché à cette terre, il la quitte, car il est nommé professeur à Paris, aux lycées Montaigne, puis Rodin. Après avoir enseigné à l'École polytechnique, il est directeur d'études à l'École des hautes études en sciences sociales (EHESS) — groupe de recherches Cinéma et Histoire —, président de l'Association pour la recherche à l'EHESS et codirecteur des Annales, où il est nommé par Fernand Braudel en 1970. Il est un utilisateur régulier de la bibliothèque de la Fondation Maison des Sciences de l'homme créée par ce dernier. Ancien directeur de l'Institut du monde soviétique et de l'Europe centrale, il est également membre élu de l'Academia Europaea.

Étude de la Révolution russe

Concomitamment à son professorat, il travaille à sa thèse. L'historien contemporanéiste Pierre Renouvin lui propose de la consacrer à la Révolution russe de 1917.

Ainsi il se spécialise au début des années 1960 dans l'histoire soviétique, domaine dans lequel il a tenté de porter un discours non idéologique et de montrer par les archives audiovisuelles et écrites que la révolution prolétarienne est faite non par la classe ouvrière, mais par des femmes, des soldats et des paysans. Ses études dans le domaine de l'histoire sociale tranchent avec les analyses alors dominantes de l'« école » du totalitarisme.

Selon lui, l'insurrection d'Octobre ne se réduit pas au coup d'État bolchevique, car elle est indissociable du mouvement révolutionnaire et populaire en cours. Il analyse également le processus de bureaucratisation-absolutisation du pouvoir à partir du sommet, mais aussi de la base. Il n'en consteste pas moins dans deux ouvrages et un article le massacre de la famille impériale russe à Ekaterinbourg en . D'après ses analyses et l'examen d'archives inédites, seul le tsar russe Nicolas II a été fusillé, quand sa famille d'ascendance germanique a été épargnée et transférée à Perm pour un échange avec l'Allemagne.

Engagement politique

Il s'affirme de gauche non communiste. En , lors de la campagne présidentielle française, il signe avec 150 intellectuels un appel à voter pour la candidate socialiste Ségolène Royal, « contre une droite d'arrogance », pour « une gauche d'espérance » après avoir soutenu en 2002, la candidature de Jean-Pierre Chevènement.

Autres engagements

Marc Ferro dans les années 1970.

En , il fait partie des 34 signataires de la déclaration rédigée par Léon Poliakov et Pierre Vidal-Naquet pour démonter la rhétorique négationniste de Robert Faurisson. Il est plus tard l'un des auteurs de la pétition Liberté pour l'histoire.

Mort

Marc Ferro meurt dans la nuit du à Maisons-Laffitte, « emporté par une complication du Covid-19 »,,,.

Apport à la connaissance historique

Marc Ferro a lancé la réflexion sur le cinéma et l'histoire. Il utilise le cinéma comme instrument de connaissance de l'histoire des sociétés, considérant que le cinéma livre un témoignage au même titre que des sources traditionnelles. Il a présenté à la télévision, d'abord sur la Sept à partir de 1989, puis sur Arte à partir de 1992, une émission historique de visionnage d'archives avec un décalage de 50 ans, nommée Histoire parallèle : son démarrage correspond à la veille de la Seconde Guerre mondiale, avec l'analyse d'actualités cinématographiques des différents camps, puis d'archives moins anciennes pour pouvoir comparer les époques. En 1993, il est co-scénariste du film Pétain de Jean Marbœuf.

Publications

Classement secondaire par date de première publication.

Communisme, Union des républiques socialistes soviétiques et Russie

Monde arabe et colonisation

Première Guerre mondiale

Seconde Guerre mondiale

Histoire et cinéma

Sur l'écriture et le rôle de l'histoire

Autres thèmes

Mémoires

Audiovisuel

Cinéma

Distinctions

Décorations

D'après Pierre Assouline, Marc Ferro a refusé la décoration à l'ordre du Mérite de la République fédérale d'Allemagne en en raison du fait que sa mère, d'origine juive et née le à Novohrad-Volynsky, a été arrêtée à Paris puis déportée en et gazée à Auschwitz.

Récompenses et distinctions

  • 1975 : Prix de la ville de Paris du film d'histoire ;
  • 1987 : Prix Clio pour la biographie de Pétain, ;
  • 1994 : Prix Europe, pour la série Histoire parallèle ;
  • 2007 : Prix de la Paix, pour l'ouvrage Le ressentiment dans l'histoire. Comprendre notre temps ;
  • 2011 : Prix Saint-Simon.

Docteur honoris causa

Hommages

Le nom de Marc Ferro a été donné à la médiathèque de Saint-Germain en Laye en .

Notes et références

Note

Références

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  3. ↑ Archives de Paris, « État civil du 18e arrondissement, registre des mariages du 9 au 21 août 1924, vue 28 / 31, 18M 535 » Accès libre, sur https://archives.paris.fr (consulté le )
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  6. ↑ L'Histoire n°188, mai 1995, p.20 : "Dans la tourmente de la Seconde guerre mondiale, Marc Ferro devra d'avoir la vie sauve à son professeur de philosophie au lycée Carnot, Maurice Merleau-Ponty. Un jour, en pleine classe, il a recommandé à ceux qui avaient un père ou une mère israélite de se cacher en zone libre"
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  9. ↑ L'Histoire n°188, mai 1995, p.20 : "
  10. ↑ Voir, Serge Klarsfeld. Le Mémorial de la déportation des Juifs de France. Beate et Serge Klarsfeld : Paris, 1978. Nouvelle édition, mise à jour, avec une liste alphabétique des noms. FFDJF (Fils et Filles des Déportés Juifs de France), 2012.
  11. ↑ Arrêté du 23 avril 2013 portant apposition de la mention « Mort en déportation » sur les actes et jugements déclaratifs de décès, JORF no 0162, 14 juillet 2013, p. 11826, texte no 23, sur Légifrance : « Ferro, née Firdmann (Oudia) le à Novogradvolinsk (Russie), décédée le à Auschwitz (Pologne) ».
  12. ↑ L'Histoire n°188, mai 1995, p.20 : "Marc Ferro n'a jamais voulu connaître les circonstances exactes de cette fin tragique. Aujourd'hui encore, il s'interdit de lire les livres sur le génocide, ou de questionner des survivants. "La douleur me submergerait" avoue-t-il."
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  14. ↑ L'Histoire n°188, mai 1995, p.20 : "L'historien se souvient de tout : la progression prudente le long des maisons d'une ville désertée par les Allemands."
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Voir aussi

Bibliographie

Articles connexes

Liens externes

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