| Picard ch'ti, ch'timi, rouchi | |
| Pays | France, Belgique |
|---|---|
| Région | Hauts-de-France, Hainaut |
| Nombre de locuteurs | 700 000 (1998) |
| Nom des locuteurs | picardophones |
| Typologie | SVO |
| Classification par famille | |
| Codes de langue | |
| IETF | pcd
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| ISO 639-2 | roa
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| ISO 639-3 | pcd
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| Étendue | Individuelle |
| Type | Vivante |
| ISO 639-5 | roa
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| Linguasphere | 51-AAA-he
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| Glottolog | pica1241
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| État de conservation | |
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Langue sérieusement en danger (SE) au sens de l’Atlas des langues en danger dans le monde
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| Échantillon | |
| Article premier de la Déclaration universelle des droits de l'homme (voir le texte en français) : Ches honmes pi ches fanmes is vient't tertous au monne libe, aveuc ches minmes droèts pi l'minme dingnité. Leu raison pi leu conscienche is font qu'is ont l'dévoér dé s'conduire inter eus conme des frères. |
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| Carte | |
L'aire de répartition du picard. | |
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Le picard (ech picard, el picard en picard) est une langue romane traditionnellement parlée en France dans une partie de la région Hauts-de-France ainsi que dans l’ouest de la Belgique romane (plus précisément dans la province de Hainaut, à l’ouest d’une ligne Rebecq-Beaumont-Chimay). Le picard est un élément de l'ensemble dialectal traditionnellement désigné comme langue d'oïl.
Pour désigner cette langue, on utilise picard dans la région Picardie et dans le Hainaut et le plus souvent les mots ch’ti et ch’timi dans les départements du Nord et du Pas-de-Calais (rouchi dans la région de Valenciennes). Cependant, la plupart des locuteurs concernés ont le sentiment d'user d'un patois – terme péjoratif délibérément utilisé par les linguistes à l'époque où l'Instruction publique avait pour mission de répandre l'usage du français sur l'ensemble du territoire et notamment dans les campagnes. Les linguistes, quant à eux, emploient le terme picard. En effet, qu’on l’appelle picard ou ch’ti, il s’agit de la même langue, les variétés parlées en Picardie, dans le Nord-Pas-de-Calais ou en Belgique étant largement intercompréhensibles et partageant des caractéristiques morphosyntaxiques fondamentalement communes.
Son utilisation quotidienne ayant fortement décliné, le picard est considéré par l'Unesco comme une langue « sérieusement en danger ».
Le picard fait partie de l'ensemble linguistique de la langue d’oïl (comme le français) et appartient à la famille des langues gallo-romanes. C’est d’ailleurs à la langue d’oïl que l’on fait référence lorsque l’on parle d’ancien français. Certains linguistes classent le picard dans le sous-groupe septentrional de la langue d'oïl.
La langue picarde est un ensemble de variétés utilisées à l’écrit (scriptae) dans le nord de la France dès avant l’an 1000 et bien sûr marquées par des traits dialectaux picards ; ces scriptae voisinaient avec d’autres variétés écrites, comme le champenois et l’anglo-normand (le sud de la France utilisait alors un ensemble de variétés, hétérogènes elles aussi, souvent désignées comme constituant la langue d’oc, ou occitan). À l'échelle locale, on a conscience de parler picard à Lille dès le XIIIe siècle, dans le Livre Roisin; coutumier lillois rédigé vers 1283; un serment juridique à prononcer sur les reliques explicite : « Et s'il fust aucuns qui devant eschevins plaidast et ne seuist riens dou langage pikart, si doit-il y estre rechus à son sierment faire par le langage que il mius set. »
Il est impossible de définir avec certitude les délimitations précises du picard à l'époque médiévale, mais on pense que la frontière sud du picard englobait autrefois au moins le Laonnois et la Thiérache. Gossen note dans Nouveau dénombrement du Royaume par généralités, élections, paroisses et jeux de Saugrain, publié en 1720, que l'on situait encore en Picardie les élections de Beauvais, Compiègne, Senlis, Soissons, Laon, Noyon, Crépy-en-Valois, Clermont et Guise; alors dans le gouvernement d'Île-de-France. Mais le dialecte picard aurait été par la suite refoulé jusque sur les bords de l'Oise, et que seules les anciennes élections de Clermont, Beauvais, Noyon et Guise figurent encore aujourd'hui en intégralité dans le domaine linguistique picard. Jules Corblet, dans son Glossaire étymologie et comparatif du patois picard, estime que l'idiome picard était compris dans l'ancienne Picardie du XIVe siècle, et qu'il comprenait par conséquent l'Amiénois, le Ponthieu, le Boulonnais, le Vimeu, le Marquenterre, le Santerre, le Vermandois, la Thiérache, le Pays reconquis, le Tournaisis, l'Artois, la Morinie, le Laonnois, le Senlisis, le Soissonnais, le Valois et le Calaisis.

La communauté française de Belgique a reconnu officiellement le picard comme langue régionale endogène à part entière le 24 décembre 1990, aux côtés du wallon, du gaumais, du champenois et du francique. En France, l'Éducation nationale a inscrit le le picard parmi les langues régionales pouvant être enseignées à l'école, au collège et au lycée des académies d'Amiens et de Lille. Cette disposition a été rendue possible par l'adoption de la loi sur les langues régionales, dite loi MOLAC. Elle se base sur le rapport sur les langues de la France rédigé par Bernard Cerquiglini, directeur de l'Institut national de la langue française (branche du CNRS), à l’intention du ministre de l’Éducation nationale, de la recherche et de la technologie et du ministre de la Culture et de la Communication () :
« L’écart n’a cessé de se creuser entre le français et les variétés de la langue d’oïl, que l’on ne saurait considérer aujourd’hui comme des « dialectes du français » ; franc-comtois, wallon, picard, normand, gallo, poitevin-saintongeais, bourguignon-morvandiau, lorrain doivent être retenus parmi les langues régionales de la France ; on les qualifiera dès lors de « langues d’oïl », en les rangeant dans la liste des langues régionales de la France. »
Le picard bénéficie, comme toutes les autres langues de France, des actions menées par la Délégation générale à la langue française et aux langues de France du ministère de la Culture.
La langue picarde est parlée en Belgique dans la province de Hainaut. En France, son aire linguistique s'étend en majorité dans la région Hauts-de-France, et une petite partie de la région Normandie, le Talou en Seine-Maritime.
Son aire recoupe la grande majorité de la Picardie culturelle, sauf les pays du Laonnois, du Soissonnais et du Valois.

Le picard se manifeste comme un ensemble de variétés, influencées par les parlers limitrophes tels que le normand, le flamand, le wallon, le champenois, et le français. Une énumération précise reste difficile en l’absence d’études spécifiques sur la variation dialectale, mais on peut probablement distinguer provisoirement les principales variétés suivantes : Amiénois, Vimeu-Ponthieu, Vermandois, Thiérache, Beauvaisis, chtimi/artésien urbain (ex-bassin minier), variétés circum-lilloises (Roubaix, Tourcoing, Mouscron, Comines), « rouchi » (Valenciennes, Saint-Amand, Lille, Tournai, Cambrai, Douai) et Borain, Artésien rural, Saint-Polois, Audomarois et formes spécifiques du littoral (Gravelines, Grand-Fort-Philippe, Calais et Boulogne-sur-Mer). Ces variétés se définissent par des traits phonétiques, morphologiques ou lexicaux spécifiques, et parfois par une tradition littéraire particulière.
De nombreux mots sont aussi passés entre les différentes langues. Par exemple, l'ancien picard cachier (prononcé catchyér) ~ ancien français chacier (prononcé tchatsiér, lequel deviendra plus tard chasser, forme du français moderne).
Le mot rescapé est passé en français avec la catastrophe de Courrières et il correspond au picard usuel récapé et au français central réchappé (participe passé du verbe réchapper) qui ne s'emploie pas de manière substantivée. Le verbe réchapper est déjà lui-même un emprunt au picard datant du Moyen Âge, puisqu'il est attesté dès le XIIIe siècle sous la forme d'ancien picard rescaper chez Le Reclus de Moliens. Le français standard n'a pas cessé d'emprunter au picard (ou au normand, car il est parfois difficile de déterminer l'origine géographique de l'emprunt). Ainsi de nombreux termes français révèlent leur caractère normanno-picard : cabaret, emprunt au picard, lui-même du moyen néerlandais caberet, cabret, déjà issu du picard cambrette « petite chambre » ; cauchemar (de l'ancien picard cauchier ou cauquier « fouler, presser » et mare « cauchemar », emprunt au moyen néerlandais mare « fantôme qui provoque le cauchemar ») ; quai, emprunt à l'ancien picard kay « levée de terre faite le long d'une rivière » équivalent étymologique du français chai ; etc. En revanche caillou est un emprunt au normand occidental, comme le montre le suffixe -ou, le picard ayant -eu : cailleu, qui a supplanté l'ancien français chail, chaillou.
Le picard ne possède pas d'orthographe unifié, ce qui fait que l'on retrouve souvent plusieurs orthographes aux mêmes mots. L’une des orthographes s’inspire directement des mots français. Diverses réflexions orthographiques ont été menées depuis les années 1960 pour tenter d'unifier l'écriture de la langue : aujourd'hui, la graphie dite Feller-Carton est la plus utilisée. Ce système, qui donne aux prononciations spécifiques au picard des graphies en rapport, mais reste lisible pour qui ne maîtrise pas entièrement la langue, est l’œuvre du professeur Fernand Carton, qui a adapté au picard l’orthographe du wallon mise au point par Jules Feller. Une autre méthode existante est celle de Michel Lefèvre (où [kajεl] « chaise » est noté eun' kayel, contre eune cayelle dans le système Feller-Carton). Soulignons les efforts significatifs du chanoine Haigneré (1824-1893), du professeur Henri Roussel et du docteur Jean-Pierre Dickès pour décrire et conserver cette langue par écrit.
Le picard marque une évolution moins marquée des phénomènes de palatalisation, en comparaison aux autres langues d’oïl : /k/ ou /g/ devant /j/ (son initial de yacht), /i/ et /e/ toniques, ainsi que devant /a/ [y inclus /ɔ/ (o ouvert de porte] ← /aw/ [cf. joie ← gaudia, mais corps ← corpus]) :
On peut résumer ces effets de palatalisation ainsi :
En picard, comme en wallon unifié, les graphies voyelle+nn, voyelle+nm et voyelle+mm marquent la nasalité (il ne faut donc pas lire ces groupes de lettres comme en français).
| Picard | Prononciation | API | Français | |
|---|---|---|---|---|
| unne | <<un'n>> | [ɛ̃n] | une | |
| tranner | <<tran-né>> | [trãnɛ] | trembler | |
| grainne | <<grin-n'>> | [grɛ̃n] | graine [grɛn] | |
| minme | <<min-m'>> | [mɛ̃m] | même | |
| ganme | <<gan-m'>>, <<gan-b'>> | /ɡanb/ | [gãm] | jambe |
Pour rappeler cette nasalisation, on utilise parfois une graphie picarde avec un point disjonctif :
Exemples de prononciation de mots dans la variété du Vimeu :
| Picard du Vimeu | API | Français | |
|---|---|---|---|
| gueugue | /ɡɶɡ/ | [ɡɶɡ] | noix |
| chatchun | /ʃatʃøŋ/ | [ʃatʃœ̃] | chacun |
| chatcheune | [ʃatʃøŋ] | chacune | |
| triangue | /trianɡ/ | [triãɡ] | triangle |
| ej te connouos | [eʒ.te.kɔ̃.nwɔ] | je te connais | |
| o ll'a rtrouvè | [ol.lar.tru.vɛ] | on l'a retrouvé | |
Ces traits consonantiques caractéristiques sont appelés normanno-picards par la linguistique traditionnelle et sont matérialisés par une isoglosse appelée ligne Joret qui coupe la Normandie en deux du nord au sud, traverse l'Amiénois, la Thiérache, ainsi que le sud-ouest de la Belgique à l'ouest de Rebecq, Beaumont et Chimay.
La 1re personne du pluriel apparaît souvent en picard parlé sous la forme de la 3e personne neutre « in », en revanche, à l'écrit, on utilise souvent « os » (de même qu'en français où l'on utilise « on » ou « nous »).
D'autre part, la graphie des verbes conjugués va dépendre de la prononciation qui change dans le domaine picard ; on va donc écrire en picard du sud il étoait ou il étoét et en picard du nord il étot. De même, on aura (i sro / i sra), (in o / in a),... Ceci est noté comme des variantes dans la suite.
On trouvera la conjugaison des verbes picards dans des grammaires ou des méthodes de langue.
| Conjugaison : ète (être) | ||||||||||
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Indicatif | Subjonctif | Impératif | ||||||||
| Présent | Imparfait | Futur | Conditionnel | Présent | ||||||
| Nord | Sud | Nord | Sud | Variantes | Variantes | |||||
| je | ej su(s) | j'éto(s) | j'étoé / étoais | ej srai | ej séro(s) | ej sroé | qu'ej soéche | qu'ej fuche / seuche | ||
| tu | t'es | t'étos | t'étoés / étoais | tu sros | té séros | tu sroés | eq tu soéches | eq tu fuches / seuches | soéche | fus / fuche |
| il | il est | il étot | il étoét / étoait | i sro | i sérot | i sroét | qu'i soéche | qu'i fuche / seuche | ||
| elle | al est | al étot | al étoét / étoait | ale sro | ale sérot | ale sroét | qu'ale soéche | qu'ale fuche / seuche | ||
| on | in est | in étot | in étoét / étoait | in sro | in sérot | in sroét | qu'in soéche | qu'in fuche / seuche | ||
| nous | os sonmes | os étonmes | os étoèmes | os srons | os séronmes | os sroinmes | qu'os soéyonche | qu'os fuchonche / seuchonche / sonche | soéyons | fuchons |
| vous | os ètes | os étotes | os étoètes | os srez | os sérotes | os sroétes | qu'os soéyèche | qu'os fuchèche / seuchèche | soéyez | fuchez |
| ils | is sont | is étotte | is étoètte / étoaitte | is sront | is sérotte | is sroétte | qu'is soéch'tte | qu'is fuch'tte / seuch'tte | ||
| Conjugaison : avoèr (avoir) | ||||||||||
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Indicatif | Subjonctif | Impératif | ||||||||
| Présent | Imparfait | Futur | Conditionnel | Présent | ||||||
| Nord | Sud | Nord | Sud | Nord | Sud | Nord | Sud | |||
| je | j'ai | j'ai | j'avo(s) | j'avoés / avoais | j'arai | j'érai | j'aros | j'éroé | eq j'euche | |
| tu | t'as | t'os | t'avos | t'avoés | t'aras | t'éros | t'aros | t'éroés | eq t'euches | aye |
| il | il a | il o | il avot | il avoét | il ara | il éro | il arot | il éroét | qu'il euche | |
| elle | al a | al o | al avot | al avoét | al ara | al éro | al arot | al éroét | qu'al euche | |
| on | in a | in o | in avot | in avoét | in ara | in éro | in arot | in éroét | qu'in euche | |
| nous | os avons | os avons | os avonmes | os avoèmes | os arons | os érons | os aronmes | os éroinmes | qu'os euchonche / ayonche | ayons |
| vous | os avez | os avez | os avotes | os avoètes | os arez | os érez | os arotes | os éroétes | qu'os euchèche / ayèche | ayez |
| ils | is ont | is / il ont | is avotte | is avoètte | is aront | is éront | is arotte | is éroétte | qu'is euch'tte | |
| Conjugaison : s'in aler (s'en aller) | ||||||||||
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Indicatif | Subjonctif | |||||||||
| Présent | Imparfait | Futur | Conditionnel | Présent | ||||||
| Nord | Sud | Nord | Sud | Nord | Sud | Nord | Sud | |||
| je | j'm'in vas | ej m'in vos | j'm'in alos | ej m'in aloès / aloais | j'm'in irai | j'm'in iros | ej m'in iroès | qu'ej m'in ale | qu'ej m'in voaiche | |
| tu | té t'in vas | tu t'in vos | té t'in alos | tu t'in aloès | tu t'in iros | té t'in iros | tu t'in iroès | qu'té t'in ale | qu'tu t'in voaiches | |
| il | i s'in va | i s'in vo | i s'in alot | i s'in aloèt | i s'in iro | i s'in irot | i s'in iroèt | qu'i s'in ale | qu'i s'in voaiche | |
| elle | ale s'in va | ale s'in vo | ale s'in alot | ale s'in aloèt | ale s'in iro | ale s'in irot | ale s'in iroèt | qu'ale s'in ale | qu'ale s'in voaiche | |
| on | in s'in va | in s'in vo | in s'in alot | in s'in aloèt | in s'in ira | in s'in irot | in s'in iroèt | qu'in s'in ale | qu'in s'in voaiche | |
| nous | os nos in alons | os nos in alons | os nos in alonmes | os nos in aloèmes | os nos in irons | os nos in ironmes | os nos in iroèmes | qu'os nos in allotte | qu'os nos in alonche | |
| vous | os vos in alez | os vos in alez | os vos in alotes | os vos in aloètes | vos vos in irez | os vos in irotes | os vos in iroètes | qu'os vos in allotte | qu'os vos in alèche | |
| ils | is s'in vont | is s'in vont | is s'in alotte | is s'in aloètte | is s'in iront | is s'in irotte | is s'in iroètte | qu'is s'in allote | qu'is s'in voaich'tte | |
On peut voir deux grands groupe de variétés de picard : le picard du nord (bassin minier, Saint-Omer, Nord, Hainaut) d’une part, et le picard du sud (Arras, Montreuil, Somme, Oise et Aisne) d’autre part. On remarque surtout plusieurs différences régulières et nettes entre les deux types de parlers, ainsi :
| Variantes | Sud | Nord | Français |
|---|---|---|---|
| oé / o | j’étoé, j'étoai ou j'éteu | j’étos | j’étais |
| ieu / iau | câtieu | câtiau | château |
| tch / k | tchien | kien | chien |
| oin / on | boin | bon | bon |
| Picard | Français | Signification |
|---|---|---|
| Frunme èt bouke : tin nez i vo kère / tchère eddins ! | Ferme ta bouche ton nez va tomber dedans ! | La ferme ! Tais toi! |
| I n’feut mie qu’chés glinnes is cantte pus fort qu'ech co ! | Il ne faut pas que les poules chantent plus fort que le coq ! | Le mari ne doit pas se faire mener par son épouse |
| Tu pus toudis chifler poupoule ! | Tu peux toujours siffler après une poule ! | Tu peux toujours courir |
| I mint conme un arracheux d' dints ! | Il ment comme un arracheur de dents ! | Mentir pour rassurer (comme un dentiste / arracheur de dents) |
| Muche tin tchul v'lo ch’garde | Cache ton derrière, voilà le garde qui arrive | Se dit aux enfants qui se promènent cul nu |
| Tu vus m’ l’intitcher pèr éch gros bout ! | Tu veux l'introduire par l'extrémité la plus large ! | Tu veux me faire croire à des choses invraisemblables ! |
| Tu vus m’foaire gober des eus durs / durs eus ! | Tu veux me faire gober des œufs durs ! | Tu veux me faire croire à des choses invraisemblables ! |
| Tu vus m’foaire cratcher des alunmètes dins l'ieu ! | Tu veux me faire craquer des allumettes dans l'eau ! | Tu veux me faire croire à des choses invraisemblables ! |
| Picard | Français | Picard | Français |
|---|---|---|---|
| Adof | Adolphe | Ghilanne, Ghilangne | Ghislaine |
| Alekchinte | Alexandre | Augusse, Gusse / Eudjusse, Djusse | Auguste |
| Batisse | Baptiste | Madlanne, Madlangne | Madeleine |
| Edziré | Désiré | Madorite | Marguerite |
| Fine | Joséphine | Marchelle | Marcelle |
| Flaviye | Flavie | Mariye | Marie |
| Flippe | Philippe | Pièarre | Pierre |
| Foantin | Florentin | Ernesse | Ernest |
| Françoés | François | Tiofile, Tiofi | Théophile |
| Germanne, Germangne, Germainne | Germaine | ||
Selon les historiens, il est probable que l’école républicaine obligatoire ait fait disparaître au XXe siècle les locuteurs picards monolingues.
Avec la mobilité des populations et l'enseignement obligatoire du français à l'école, les différentes variétés du picard tendent à s’uniformiser. Dans sa pratique quotidienne, le picard tend à perdre de sa spécificité en se confondant avec un français régional. D’ailleurs, de nos jours, si la plupart des locaux peuvent comprendre le picard, de moins en moins sont capables de le parler et ceux pour qui le picard est la langue maternelle sont de plus en plus rares. Cependant, le picard, parlé dans les campagnes comme dans les villes, est loin d’être une langue disparue, et constitue un élément encore important et vivant de la vie quotidienne et du folklore de cette région.
En 1958, alors qu’un Atlas linguistique du Picard était en cours (lancé par Robert Loriot, dont la thèse de Doctorat a porté sur l’étude phonétique des parlers populaires de l’Oise) de même qu’un Inventaire général du Picard (compilé par Raymond Dubois (Sus-Saint-Léger) et Robert Loriot) était fondé à Arras aux Archives du Pas-de-Calais une Société de Dialectologie Picarde (présidée par Mario Roques). Cette société s'était donnée mission de susciter, encourager et publier tous travaux relatifs à la dialectologie picarde « offrant les garanties scientifiques qui s’imposent ». La langue picarde fait de nos jours l’objet d’études et de recherches dans les Universités de Lettres de Lille et d’Amiens ainsi que dans des universités étrangères comme à Indiana University aux États-Unis.
Depuis la circulaire de 2021, le picard est enseigné dans des établissements scolaires de 1er et 2e degré des académies d'Amiens et de Lille. Une formation universitaire est également proposée à l'Université de Picardie Jules Verne à Amienset l'UPHF, à Valenciennes, propose un module de picard.
Depuis 2016, l'Agence régionale pour la langue picarde se donne pour mission de « promouvoir la langue picarde dans tous les secteurs de la société » dans l'ensemble des Hauts-de-France. Ils organisent les festivals Chés Wépes, rédigent des publications sur la langue, et mettent en valeur la langue auprès des communes avec la charte Ma commune aime le picard, un engagement par la commune signataire à effectuer des actions pour la langue picarde, souvent matérialisée par la double signalisation français-picard. Cette charte a été signée par Amiens et 25 autres communes dans la Somme, le Pas-de-Calais, le Nord et l'Aisne.
Dans le folklore du Nord de la France et de Belgique, le géant est une figure gigantesque qui représente un être fictif ou réel dont les noms sont souvent en picard :
Le sobriquet « rouches boyaus » (boyaux rouges) est très ancien, il remonte au XVIe siècle et désigne les habitants du sud de l'Artois dans le Pas-de-Calais. Ce sobriquet est indépendant de la définition des « ch'ti » voisins.
L'origine de ce sobriquet se perd dans le temps. Les trois explications les plus courantes sont en rapport avec les histoires suivantes :
La radio Ici Picardie diffuse une émission d'une heure en picard chaque samedi et dimanche, T'es d'min coin. Elle publie « le mot en picard » sur les réseaux sociaux. Ici Nord diffuse une chronique, le mot ch'ti chaque matin.
Le picard est véhiculé par écrit à travers des textes littéraires comme Les Fougères noires, un recueil de « poésies patoises » (selon les termes utilisés sur la couverture de l'ouvrage dans son édition de 1931) de Jules Mousseron. Plus récemment, la bande dessinée a connu des éditions en picard, avec par exemple des albums des aventures de Tintin (Les pinderleots de l'Castafiore, El' sécrét d’la Licorne et El’ trésor du rouche Rackham), ou encore d'Astérix (Astérix, i rinte à l'école, Ch’village copé in II et Astérix pi Obélix is ont leus ages - ch'live in dor ).
Le premier album d'Astérix en picard s’est vendu à 101 000 exemplaires ce qui représente la plus grosse vente de toutes les traductions en langue régionale, selon l’éditeur Albert René.
À l’origine, la période médiévale puis celle correspondant au moyen français sont riches de textes littéraires en picard : par exemple, la Séquence de sainte Eulalie (880 ou 881), premier texte littéraire écrit en langue d’oïl, ou les œuvres d’Adam de la Halle. Le picard, cependant, n’a pas réussi à s’imposer face à la langue littéraire interrégionale qu’était devenu le français, et a été peu à peu réduit au statut de « langue régionale ». Des célèbres romans octosyllabiques, priés des surréalistes, La Manekine et Jehan et Blonde, du poète Philippe de Remy, sont émaillés de termes picards.
Plus de soixante-dix théâtres de cabotans se fixent en deux siècles à Amiens. Beaucoup de théâtres ont disparu avec la Première Guerre mondiale et l'invention du cinématographe. Lafleur connut une renaissance et un vif succès populaire local, de 1930 à 1960, grâce au Théâtre des Amis de Lafleur en 1930 et au Théâtre de Chés Cabotans d'Amiens en 1933. C'est avec Maurice Domon, fondateur de Chés Cabotans d'Amiens que le répertoire devient une réelle critique sociale.
Le picard a aussi su s'intégrer dans la modernité par le domaine de la chanson-rock ou blues et ce dès le début des années 1980 avec des groupes comme Dejouk (amiénois), ou encore Killer Ethyl. Mais c'est le chanteur, poète et revuiste Christian Edziré Déquesnes qui pousse l'expérience le plus loin après sa rencontre avec Ivar Ch'Vavar vers le milieu des années 1990 en créant le groupe Chés Déssaquaches, devenu ensuite Chés Éclichures, (2) Brokes et aujourd'hui Chés Noértes glènnes. Dernièrement le slameur Serial crieuR (pcd) a également créé un (pcd) [vidéo] « Clip tout en picard », sur YouTube. Kamini utilise quelques phrases picardes dans la chanson Marly-Gomont.
[pcd] dans la base de données linguistique Ethnologue.