Mongo Beti

Mongo Beti
Biographie
Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 69 ans)
DoualaVoir et modifier les données sur Wikidata
Nom de naissance
Alexandre Biyidi AwalaVoir et modifier les données sur Wikidata
Pseudonymes
Eza Boto, Mongo BetiVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalités
Formation
Université d'Aix-Marseille (d)
Université d'Aix-MarseilleVoir et modifier les données sur Wikidata
Activités
Conjoint
Autres informations
A travaillé pour
Distinction
Œuvres principales

Alexandre Biyidi Awala (en littérature Mongo Beti ou Eza Boto), né dans le village de Akometam, commune de Mbalmayo au Cameroun français le et mort à Douala le est un écrivain franco-camerounais d'expression française.

Romancier renommé, il est également essayiste engagé, enseignant, libraire et éditeur, et a créé plusieurs revues durant son parcours. Certains de ses ouvrages ont été interdits en France. Ces ouvrages, caractérisés aussi par leur humour, sont à la fois contre tout colonialisme et n'hésitent pas non plus à dénoncer les avatars démocratiques de l’Afrique après l'obtention par plusieurs pays de l'indépendance.

Biographie

Alexandre Biyidi Awala, Eza Boto ou Mongo Beti en littérature, fils d’Oscar Awala et de Régine Alomo, naît en 1932 à Akométam, petit village situé à 15 km de Mbalmayo, lui-même distant de 45 km de Yaoundé, la capitale du Cameroun. Il prend le pseudonyme de Beti qui est le nom du groupe ethnique auquel il appartient : Béti.

Études

Après des études primaires à l’école missionnaire de Mbalmayo, il entre en 1945 au lycée Leclerc à Yaoundé. Bachelier en 1951, il s’installe en France pour y poursuivre des études supérieures de lettres à Aix-en-Provence, puis à la Sorbonne à Paris. En 1966, il devient professeur agrégé en lettres classiques.

Débuts en littérature

Il commence sa carrière littéraire avec la nouvelle Sans haine et sans amour, portant sur la répression de la Révolte des Mau Mau et publiée dans la revue Présence africaine, dirigée par Alioune Diop, en 1953. Un premier roman, Ville cruelle, sous le pseudonyme d’Eza Boto suit en 1954, publié aux éditions Présence africaine.

Écrivain anticolonialiste

Mais c’est en 1956 que la parution du roman Le Pauvre Christ de Bomba fait scandale par la description satirique qui est faite du monde missionnaire et colonial. Paraissent ensuite Mission terminée, 1957 (prix Sainte-Beuve, 1958) et Le Roi miraculé, 1958. Il travaille alors pour la revue Preuves, pour laquelle il effectue un reportage en Afrique, et qui donne lieu à deux articles, la « Lettre de Yaoundé » et « Tumutueux Cameroun » en 1959. Privé de bourse en 1958 par le gouvernement camerounais à qui ses écrits ont déplu, il travaille alors comme maître auxiliaire au lycée de Rambouillet pour préparer en candidat libre son agrégation.

En 1959, il est nommé professeur certifié au lycée Henri-Avril à Lamballe. Il passe l’agrégation de Lettres classiques en 1966 et enseigne au lycée Corneille de Rouen de cette date jusqu’en 1994. Il publie en 1974 Perpétue et Remember Ruben.

Victime de la censure et remise en cause de sa nationalité

En 1972, il revient à l’écriture. Publié par François Maspero après un refus des éditions du Seuil, son livre Main basse sur le Cameroun : Autopsie d’une décolonisation est censuré à sa parution par un arrêté du ministre de l’Intérieur français, Raymond Marcellin, sur la demande, relayée par Jacques Foccart, du gouvernement camerounais, représenté à Paris par l’ambassadeur Ferdinand Oyono,,, et interdit concrètement en France. Après une longue procédure judiciaire, Mongo Beti et son éditeur François Maspero obtiennent en 1976 l’annulation de l’arrêté d’interdiction de Main basse. L'interdiction en France s'appuie en effet sur le caractère supposé étranger de Mongo Beti, alors que celui-ci est censé de facto avoir la citoyenneté française, qui lui est toutefois contestée à l'occasion d'un renouvellement de son passeport français. À l'issue du procès qu'il finit par intenter à l'État français, sa nationalité française est confirmée, eu égard notamment à son livret de famille et à sa carrière de professeur en France. Selon Theombogü, Mongo Beti écrit à partir d'un contexte hydroponique nécessitant un entremêlement de sensibilités diverses dans la lecture de son œuvre : « La situation d’écriture de Mongo Beti implique de lire son œuvre en étant sensible à sa double appartenance nationale et au caractère biculturel qui en découle. De ce point de vue, dire que Mongo Beti est un écrivain camerounais de nationalité française, un écrivain français d’origine camerounaise, un écrivain camerouno-français, un écrivain franco-camerounais, un écrivain camerounais ou français tout court ne serait pas une méprise. Tout dépend de la perspective selon laquelle son œuvre et sa situation d’écriture sont appréhendées. »

Dénonciation du néo-colonialisme

En 1978, il lance, avec son épouse Odile Tobner, la revue bimestrielle Peuples Noirs, Peuples africains,, qu’il fait paraître jusqu’en 1991. Cette revue décrit et dénonce les maux apportés à l’Afrique par les régimes néo-coloniaux. Pendant cette période, paraissent les romans La Ruine presque cocasse d’un polichinelle (1979), Les Deux Mères de Guillaume Ismaël Dzewatama futur camionneur (1983), La Revanche de Guillaume Ismaël Dzewatama (1984), également une Lettre ouverte aux Camerounais ou la deuxième mort de Ruben Um Nyobe (1986) et le Dictionnaire de la négritude (1989, avec Odile Tobner).

Retour au Cameroun

En 1991, Mongo Beti rentre au Cameroun, son pays natal, après 32 années d’exil. Il publie en 1993 La France contre l’Afrique, retour au Cameroun. En 1994, il prend sa retraite de professeur. Il ouvre alors à Yaoundé La Librairie des peuples noirs et organise dans son village d’Akometam des activités agricoles. Il crée des associations de défense des citoyens, donne à la presse privée de nombreux articles de protestation. Parallèlement, il publie plusieurs romans : L’Histoire du fou en ⁣⁣1994⁣⁣, puis les deux premiers volumes, Trop de soleil tue l'amour (1999) et Branle-bas en noir et blanc (2000), d’une trilogie restée inachevée.

Il est hospitalisé à Yaoundé le pour une insuffisance hépatique et rénale aiguë qui reste sans soin faute de dialyse. Transporté à l’hôpital général de Douala le , il y meurt le lendemain.

Postérité et hommages

Dans le cadre de Saison Africa 2020 est inaugurée le une exposition nommée « La clairière d'Eza Boto », dans l'Orangerie du Jardin des plantes de Rouen .

Œuvres

Distinctions

Notes et références

Notes

  1. ↑ Etymologie : Akom, le rocher ; Etam, la source. Akométam, le rocher de la source. Sur les anciennes cartes de la région, le nom est encore en deux parties.

Références

  1. 1 2 3 4 5 6 Kidi Bebey, « Mongo Béti, mauvaise conscience du Cameroun colonial et post-indépendance », sur Le Monde,
  2. ↑ « Mongo Beti », sur Encyclopædia Universalis (consulté le )
  3. 1 2 3 Karine Ramondy, Lancelot Arzel, Nadeige Laure Ngo Nlend et Patrick Junior Ngouné, « Contrôler la vie politique, civile et médiatique », dans . Ramondy, La France au Cameroun (1945-1971) : Rapport de la Commission "Recherche" sur le rôle et l'engagement de la France dans la lutte contre les mouvements indépendantistes et d'opposition au Cameroun de 1945 à 1971, Hermann, , 244 p. (DOI 10.3917/herm.ramon.2025.01.0207, lire en ligne)
  4. ↑ Mongo Beti, « Lettre de Yaoundé - Cameroun 1958 », Sambe - Bulletin des amis de Mongo Beti, nos 9-10,‎ , p. 1-8 (lire en ligne)
  5. ↑ « Main basse sur le Cameroun : autopsie d’une Hydre coloniale », sur La Cene Littéraire, (consulté le )
  6. ↑ Jean Copans, « Mongo Béti.- Main basse sur le Cameroun : autopsie d'une décolonisation », Cahiers d'études africaines,‎ (www.persee.fr/doc/cea_0008-0055_1973_num_13_49_2734_t1_0167_0000_3)
  7. ↑ Armelle Cressent, « Penser une guerre de libération et (ré)écrire l’histoire : le cas de Mongo Beti », Études littéraires, vol. 35, no 1,‎ , p. 55–71 (ISSN 0014-214X et 1708-9069, DOI 10.7202/008633ar, lire en ligne, consulté le )
  8. ↑ Karine Ramondy, « La France au Cameroun (1945-1971) », dans La France au Cameroun (1945-1971), Hermann, (ISBN 979-10-370-4159-3, DOI 10.3917/herm.ramon.2025.01.0822, lire en ligne), p. 822-833
  9. ↑ « La nationalité française est reconnue à M. Mongo Beti. », Le Monde,‎ (ISSN 1950-6244, lire en ligne, consulté le )
  10. ↑ Theombogü, Remember Kamerun. Mongo Beti, Imbolo Mbue, Blick Bassy, Classiques Garnier, (ISBN 978-2-406-18108-8, lire en ligne), p. 315
  11. ↑ Alain Mabanckou et Abdourahman Waberi, « Mongo Beti », dans Dictionnaire enjoué des cultures africaines, Paris, Fayard, (ISBN 978-2-213-70604-7 et 978-2-213-70775-4), p. 61-64 [lire en ligne sur Google Livres Accès limité].
  12. ↑ Kidi Bebey, « « Trop de soleil tue l’amour », l’anti-enquête sans concession de Mongo Beti », sur Le Monde,
  13. ↑ Jacques Chevier, « Mongo Béti », sur Le Monde,
  14. ↑ Rouen sur les traces de l’écrivain camerounais Mongo Beti Sylvie Rantrua Le Point, le 04/06/2021
  15. ↑ Charly Gabriel Mbock, Comprendre “Ville cruelle” d'Eza Boto, Les Classiques africains, Versailles, 1992, 95 p. (ISBN 2-85049-217-5)
  16. ↑ Fallou Mbow, « Les voix/voies de la dénonciation des dérives politiques dans le roman négro-africain », dans Margareta Kastberg Sjöblom, Alpha Barry et Andrée Chauvin-Vileno (dir.), Nouvelles voix/voies des discours politiques en Afrique francophone, t. I, Besançon, Presses universitaires de Franche-Comté, (ISBN 978-2-84867-989-1, DOI 10.4000/books.pufc.53076, lire en ligne), p. 123-138
  17. ↑ Olivier Le Naire, « Cette France qui lit », L'Express, no 2495,‎ , p. 102-105 (lire en ligne)

Annexes

Bibliographie

Articles connexes

Liens externes