Baloum Naaba

Baloum Naaba
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Baloum Naaba (également orthographié Baloum Naba) est un titre porté par un haut dignitaire de la cour du Mogho Naaba, souverain du royaume mossi de Ouagadougou, au Burkina Faso. Dans l’organisation politique de la cour, le titulaire est traditionnellement chargé de l’intendance du palais, de l’administration de la cour intérieure, de la sécurité interne et du protocole. Il exerce également une fonction d’intermédiaire entre le souverain, les autres dignitaires et les personnes relevant de l’autorité du palais.

La fonction est parfois rapprochée en français de celles de ministre, de grand intendant ou de maire du palais. Ces équivalents ne rendent cependant qu’une partie de ses dimensions politiques, administratives et cérémonielles.

Description

Fonctions et position à la cour

La cour du Mogho Naaba est organisée autour de dignitaires dont les titres déterminent le rang, les responsabilités politiques et la place dans les cérémonies royales. Les traductions françaises de ces titres par des catégories administratives européennes restent approximatives, car les charges de la cour mossi associent des fonctions gouvernementales, rituelles et relationnelles.

Le Baloum Naaba dirige l’administration de la cour intérieure du palais royal. Il est responsable de l’intendance, de la sécurité interne et du protocole. Il exerce aussi une autorité sur les personnes et les sujets placés sous la responsabilité directe du palais.

Cette position place le Baloum Naaba dans les circuits d’audience, de transmission des décisions et de représentation du souverain. La fonction dépasse ainsi la seule gestion matérielle du palais et participe au fonctionnement politique de la monarchie de Ouagadougou.

Tradition dynastique

Selon la tradition dynastique recueillie à Ouagadougou par Yamba Tiendrébéogo, les Baloum Naaba descendraient du premier fils de Naaba Ouedraogo. Celui-ci aurait renoncé à exercer une chefferie pour se consacrer à la danse. Le récit associe cette lignée à la conservation d’un masque familial et à l’exécution d’une danse pendant une fête du Mogho Naaba.

Cette généalogie relève de la tradition orale. Elle inscrit la charge dans l’histoire dynastique du royaume et relie son titulaire à des fonctions cérémonielles transmises au sein d’une même lignée.

Titulaires

La conquête française ne supprime pas la cour du Mogho Naaba. L’administration coloniale s’appuie sur certains de ses dignitaires pour transmettre ses décisions, représenter la population et faciliter les relations avec le souverain. Les responsables de la cour intègrent progressivement des conseils administratifs et des institutions consultatives créés en Afrique-Occidentale française.

Le Baloum Naaba Tanga Ouédraogo, titulaire de la charge de 1910 à 1950, participe à cette évolution. Il devient membre d’organes consultatifs coloniaux et représente la cour dans les relations avec l’administration française. Sa position lui permet de transmettre la parole du Mogho Naaba tout en intervenant dans les débats concernant la colonie de Haute-Volta.

En 1945, Tanga Ouédraogo se présente aux élections de la première Assemblée constituante française. Soutenu par la chefferie de Ouagadougou, il est battu de peu par Félix Houphouët-Boigny, candidat du Rassemblement démocratique africain. Cette candidature témoigne de l’intégration de certains dignitaires de la cour dans la compétition politique de la fin de la période coloniale.

L’évolution de la charge pendant la colonisation étend ainsi son champ d’action. Aux responsabilités exercées dans le palais s’ajoutent des fonctions de représentation auprès de l’administration et des institutions politiques coloniales.

Notes et références

  1. ↑ Olivia Guérin, « Un Français à la cour du Morho Naba », Mots. Les langages du politique, no 82,‎ , p. 23-36 (DOI 10.4000/mots.762, lire en ligne, consulté le )
  2. 1 2 Boubié Bazié, « Le chemin de fer du Mossi : enjeux politiques et territoriaux d’une infrastructure coloniale en Haute-Volta (1919-1954) », Revue d’histoire contemporaine de l’Afrique, no 8,‎ , p. 1-16 (DOI 10.51185/journals/rhca.2023.varia10, lire en ligne, consulté le )
  3. 1 2 3 Benoît Beucher, « Trajectoires impériales croisées : l’historicité d’un État africain hybride (pays moaaga, actuel Burkina Faso, fin du XIXe siècle à nos jours) », Cahiers d’histoire. Revue d’histoire critique, no 128,‎ , p. 105-124 (DOI 10.4000/chrhc.4614, lire en ligne, consulté le )
  4. ↑ Yamba Tiendrébéogo, « Histoire traditionnelle des Mossi de Ouagadougou », Journal de la Société des Africanistes, vol. 33, no 1,‎ , p. 7-46 (DOI 10.3406/jafr.1963.1365, lire en ligne, consulté le )

Voir aussi

Articles connexes

Bibliographie

Ouvrages

  • Antoine Augustin Dim Delobsom (préf. Robert Randau), L'Empire du Mogho-Naba : Coutumes des Mossi de la Haute-Volta, Paris, Domat-Montchrestien, coll. « Études de sociologie et d'ethnologie juridiques » (no 11), , 303 p. (présentation en ligne)
  • (en) Elliott P. Skinner, The Mossi of the Upper Volta : The Political Development of a Sudanese People, Stanford, Stanford University Press, , 236 p.
  • Michel Izard, Introduction à l'histoire des royaumes mossi, Paris et Ouagadougou, CNRS et Centre voltaïque de la recherche scientifique, coll. « Recherches voltaïques » (no 12-13), , 434 p. (présentation en ligne)
  • Michel Izard, Gens du pouvoir, gens de la terre : Les institutions politiques de l'ancien royaume du Yatenga (Bassin de la Volta Blanche), Cambridge et Paris, Cambridge University Press et Éditions de la Maison des sciences de l'homme, , 594 p. (ISBN 978-2-7351-0120-7)
  • Michel Izard, Moogo : L'émergence d'un espace étatique ouest-africain au XVIe siècle : étude d'anthropologie historique, Paris, Karthala, coll. « Hommes et sociétés », , 394 p. (ISBN 978-2-84586-449-8)

Articles

  • Yoporeka Somet, « Le Morho-Naba et sa Cour : un commentaire du texte de Dim Delobsom à la lumière de l'égyptologie », ANKH, nos 21-22,‎ 2012-2013, p. 80-125 (lire en ligne [PDF], consulté le )
  • Yamba Tiendrebeogo, « Histoire traditionnelle des Mossi de Ouagadougou », Journal de la Société des Africanistes, vol. 33, no 1,‎ , p. 7-46 (DOI 10.3406/jafr.1963.1365, lire en ligne, consulté le )