Dapoya Naaba

Dapoya Naaba
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Dapoya Naaba, également écrit Dapoya Naba ou Daporé Naaba, est un titre coutumier des Moose du Burkina Faso. Dans le royaume de Ouagadougou, son titulaire est un dignitaire de la cour du Mogho Naaba, traditionnellement chargé de la sécurité, de fonctions policières et de l’administration du quartier de Dapoya, à Ouagadougou.

Histoire

La fonction de Dapoya Naaba est liée à l’organisation des anciens captifs et captifs affranchis, appelés dapoya ou dapor-damba. Intégrés à la société mossi, ceux-ci constituaient des troupes de confiance placées au service des souverains. À Ouagadougou, les dapoya de Kamsaoghin, du Kambo Naaba et de Daporé formaient notamment l’armée personnelle du Mogho Naaba, indépendamment des troupes commandées par les principaux dignitaires militaires.

Les captifs affranchis participaient également à l’administration du palais, au maintien de la discipline et à l’exécution de certaines décisions du souverain. La résidence de ces groupes a progressivement donné son nom au quartier de Dapoya et à son chef coutumier.

Des dignitaires portant les formes Daporé Naaba ou Dapoya Naaba sont également attestés dans d’autres chefferies mossi. Ils y exerçaient notamment des fonctions de chef des captifs, de représentant du souverain et d’officiant lors de certains sacrifices.

Descriptions

Fonctions traditionnelles

Le Dapoya Naaba est généralement présenté comme le responsable de la sécurité auprès du Mogho Naaba. Il travaillait en relation avec le Poé Naaba, dignitaire chargé de la justice. Il pouvait mener des enquêtes, recueillir les éléments apportés par les familles des personnes accusées et organiser l’exécution des sentences prononcées par le souverain.

Selon une intervention du Dapoya Naaba rapportée en 2017, l’application matérielle des condamnations à mort était confiée à des captifs placés sous son autorité. Le Dapoya Naaba remplissait ainsi des fonctions comparables à celles de la police, tout en demeurant subordonné à l’autorité judiciaire et politique du Mogho Naaba.

Le titulaire est également chef coutumier du quartier de Dapoya. À ce titre, il administre ses sujets, règle certains différends et représente le quartier auprès de la cour royale.

Quartier de Dapoya

Dapoya est l’un des anciens quartiers coutumiers de Ouagadougou. Il est historiquement associé aux captifs affranchis et aux serviteurs de confiance du Mogho Naaba. Le quartier a connu d’importantes transformations durant la période coloniale. L’ancien hameau a notamment été déplacé et reconstruit au nord-est de la ville sous le nom de Dapoya II.

Le titre de Dapoya Naaba demeure étroitement lié à ce territoire : après son intronisation au palais du Mogho Naaba, le nouveau titulaire rejoint traditionnellement sa cour dans le quartier de Dapoya.

Institution contemporaine

La fonction subsiste au sein de la chefferie coutumière de Ouagadougou. Le Dapoya Naaba est choisi selon les règles successorales du quartier, puis officiellement reconnu et intronisé par le Mogho Naaba. Une intronisation conjointe du Dapoya Naaba et du Gounghin Naaba s’est ainsi tenue au palais royal le .

Dans la société contemporaine, le Dapoya Naaba intervient comme représentant coutumier dans des activités de médiation, de sensibilisation et de promotion de la cohésion sociale. Il peut également représenter le Mogho Naaba lors de rencontres publiques consacrées à la paix ou au dialogue communautaire.

Notes et références

  1. 1 2 3 Yamba Tiendrébéogo (rédaction de Robert Pageard), « Histoire traditionnelle des Mossi de Ouagadougou », Journal de la Société des africanistes, vol. 33, no 1,‎ , p. 7-46 (DOI 10.3406/jafr.1963.1365, lire en ligne, consulté le ).
  2. ↑ Jean-Marie Kohler, Activités agricoles et transformations socio-économiques dans l’Ouest mossi, Office de la recherche scientifique et technique outre-mer, , PDF (lire en ligne), p. 31-33.
  3. 1 2 3 Fédération internationale de l’Action des chrétiens pour l’abolition de la torture, Peine de mort au Burkina : sensibiliser pour l’abolition, FIACAT et ACAT Burkina, , PDF (lire en ligne), p. 7.
  4. 1 2 Pierre-Erwann Meyer, « De Bancoville à la ville moderne », dans Florence Fournet, Aude Meunier-Nikiema et Gérard Salem, Ouagadougou (1850-2004) : une urbanisation différenciée, Marseille, IRD Éditions, (ISBN 978-2-7099-1763-6, lire en ligne).
  5. ↑ Donald Wendpouiré Nikiema, « Palais du Mogho Naaba Baongo : le vice-chef des armées intronisé », sur Quotidien Sidwaya, (consulté le ).
  6. ↑ Rémi Zoeringre, « Promotion endogène de la paix : le gouvernement échange avec des autorités morales », sur Quotidien Sidwaya, (consulté le ).

Voir aussi

Articles connexes

Bibliographie

Ouvrages

  • Florence Fournet, Aude Meunier-Nikiema et Gérard Salem, Ouagadougou (1850-2004) : une urbanisation différenciée, Marseille, IRD Éditions, , 143 p. (ISBN 978-2-7099-1763-6)
  • Titinga Frédéric Pacéré, Les Tansoba, guerriers traditionnels au Burkina Faso, Paris, L’Harmattan, , 219 p. (ISBN 978-2-296-10678-9)
  • Antoine Augustin Dim Delobsom (préf. Robert Randau), L'Empire du Mogho-Naba : Coutumes des Mossi de la Haute-Volta, Paris, Domat-Montchrestien, coll. « Études de sociologie et d'ethnologie juridiques » (no 11), , 303 p. (présentation en ligne)
  • (en) Elliott P. Skinner, The Mossi of the Upper Volta : The Political Development of a Sudanese People, Stanford, Stanford University Press, , 236 p.
  • Michel Izard, Introduction à l'histoire des royaumes mossi, Paris et Ouagadougou, CNRS et Centre voltaïque de la recherche scientifique, coll. « Recherches voltaïques » (no 12-13), , 434 p. (présentation en ligne)
  • Michel Izard, Gens du pouvoir, gens de la terre : Les institutions politiques de l'ancien royaume du Yatenga (Bassin de la Volta Blanche), Cambridge et Paris, Cambridge University Press et Éditions de la Maison des sciences de l'homme, , 594 p. (ISBN 978-2-7351-0120-7)
  • Michel Izard, Moogo : L'émergence d'un espace étatique ouest-africain au XVIe siècle : étude d'anthropologie historique, Paris, Karthala, coll. « Hommes et sociétés », , 394 p. (ISBN 978-2-84586-449-8)

Articles

  • Yoporeka Somet, « Le Morho-Naba et sa Cour : un commentaire du texte de Dim Delobsom à la lumière de l'égyptologie », ANKH, nos 21-22,‎ 2012-2013, p. 80-125 (lire en ligne [PDF], consulté le )