Scanisaurus nazarowi
| Règne | Animalia |
|---|---|
| Embranchement | Chordata |
| Classe | Sauropsida |
| Super-ordre | † Sauropterygia |
| Ordre | † Plesiosauria |
| Famille | † Elasmosauridae |
Scanisaurus est un genre fossile douteux de plésiosaures ayant vécu durant l'étage Campanien du Crétacé supérieur dans ce qui sont aujourd'hui la Suède et la Russie. Le nom générique Scanisaurus signifie « lézard de Scanie », en référence à la province la plus méridionale de la Suède, d'où la majorité des fossiles référés au taxon sont issues. L'unique espèce connue est Scanisaurus nazarowi, initialement décrite en 1911 comme une espèce de Cimoliasaurus sur la base d'une vertèbre cervicale découverte près de la ville russe d'Orenbourg. Le taxon est par la suite transféré dans un genre distinct en 1959 après que des différences furent trouvées entre la vertèbre russe, les nouveaux fossiles de Scanie ainsi que ceux de l'espèce type de Cimoliasaurus. En raison du matériel type limité et du manque de traits diagnostiques le distinguant avec certitude des autres élasmosauridés du Crétacé supérieur, Scanisaurus est depuis reconnu comme douteux, bien qu'il continue d'être mentionnée dans la littérature scientifique.
Les fossiles de Scanisaurus proviennent principalement du bassin de Kristianstad (en), dans le nord-est de la Scanie, où ils représentent les fossiles de plésiosaures les plus communs. Scanisaurus partageait son environnement avec une faune marine diversifiée, incluant également de nombreux autres reptiles marins. Il aurait été un prédateur de niveau trophique moyen, long d'environ 4 à 5 m, et qui aurait été capable de se nourrir à la fois en eau libre comme dans le fond marin, se nourrissant probablement de proies de petite taille telles que des poissons ou des bélemnites. Une fontaine ayant deux sculptures dépeignant et portant le nom de l'animal fut bâtie en 1971 dans la ville suédoise de Bromölla.
En 1911, le paléontologue russe Nikolaï Bogolubov (d) décrit une vertèbre cervicale postérieure d'un plésiosaure datant du Crétacé supérieur, découverte près d'Orenbourg, en Russie, et l'attribue à une nouvelle espèce de Cimoliasaurus qu'il nomme C. nazarowi. L'auteur compare cette vertèbre avec celles d'autres plésiosaures et conclut qu'il présente les plus grandes affinités avec une vertèbre attribuée à Cimoliasaurus sp. provenant de la formation de Quiriquina (en), d'âge Cénomanien, sur l'île éponyme au Chili, ainsi qu'avec des vertèbres rapportées à C. magnus, l'espèce type du genre. Le principal caractère distinctif retenu par Bogolubov pour justifier la création de cette nouvelle espèce réside dans la plus grande largeur de son corps vertébral par rapport à ceux attribués aux autres espèces de Cimoliasaurus.

En 1959, le paléontologue suédois Per Ove Persson étudie les restes fragmentaires de plésiosaures du Crétacé supérieur de la Scanie, dans le sud de la Suède, provenant principalement de gisements du bassin de Kristianstad (en), dont plusieurs situés sur l'île d'Ivö (en), ainsi que du sud-ouest de la province. Il constate que les vertèbres cervicales découverts en Scanie correspondent si étroitement à celui décrite par Bogolubov qu'ils « doivent appartenir à un seul et même genre ». Persson relève toutefois plusieurs différences entre la vertèbre décrite par Bogolubov, les fossiles suédois et ceux attribués à C. magnus. Il estime dès lors que C. nazarowi est suffisamment distinct pour justifier son transfert dans un genre séparé, qu'il nomme Scanisaurus. Le nom générique vient de la Scanie, la province suédoise d'où proviennent la majorité des fossiles concernés, et du mot en grec ancien σαῦρος / saûros, « lézard », le tout signifiant « lézard de Scanie ». Persson souligne que S. nazarowi demeure une espèce « indéfinissable », puisqu'elle repose uniquement sur un unique vertèbre. Il considère néanmoins avec assurance que les spécimens suédois peuvent lui être attribués, ceux-ci ne différant du fossile de Bogolubov par aucun caractère essentiel. Il les désigne ainsi provisoirement sous le nom de S. cf. nazarowi, cette attribution étant jugée « assez fortement probable ».
Persson retient trois principaux caractères pour distinguer Scanisaurus de Cimoliasaurus. Premièrement, chez Cimoliasaurus, les côtes sont soudées aux vertèbres au moins jusqu'aux vertèbres prépectorales, tandis que chez Scanisaurus, les côtes cervicales ne sont reliées aux corps vertébraux que par des sutures. Deuxièmement, chez Cimoliasaurus, la longueur des vertèbres cervicales postérieures diminue en direction de la tête, alors que la tendance inverse est observée chez Scanisaurus. Enfin, les vertèbres cervicales de Scanisaurus sont proportionnellement plus larges par rapport à leur longueur que ceux correspondants de Cimoliasaurus.
Les vertèbres référées à S. cf. nazarowi étant beaucoup plus abondants que ceux des autres plésiosaures dans les gisements du Crétacé supérieur de Scanie, Persson conclut que ce taxon constitue « manifestement le plésiosaure le plus commun » de cette région à cette époque. Sur cette base, il attribue également à cette espèce le type de dents de plésiosaures le plus fréquemment rencontré dans ces gisements, certaines ayant été découvertes en association avec des vertèbres de S. cf. nazarowi, ainsi que des pièces osseuses associées correspondant à des humérus et des fémurs.
En 1995, à l'occasion d'une révision du matériel attribué à l'espèce invalide Plesiosaurus houzeaui, découverte en Belgique, la paléontologue française Nathalie Bardet et son collègue belge Pascal Godefroit examinent également plusieurs autres espèces européennes de plésiosaures dont la validité est incertaine. Ils soulignent que, bien que Persson ait attribué les fossiles suédois à plusieurs genres d'élasmosauridés, notamment Scanisaurus et Elasmosaurus, ces restes ne possèdent que les caractères permettant de les rapporter à la famille des Elasmosauridae, sans qu'il soit possible de les assigner avec certitude à un genre ou à une espèce particuliers. Bien que le matériel attribué à S. cf. nazarowi, composé de vertèbres, de dents et d'os des membres, soit plus complet que celui rapporté à Elasmosaurus, il est considéré comme dépourvu de caractères diagnostiques permettant de le distinguer des autres élasmosauridés du Crétacé supérieur. Pour cette raison, Scanisaurus est généralement considéré comme un nomen dubium, bien que ce nom continue d'être employé dans la littérature scientifique.
En 1996, Persson attribue provisoirement à Scanisaurus sp. un crâne de reptile fortement écrasé découvert dans la carrière d'Ignaberga, au sein du bassin de Kristianstad. Cette attribution repose sur deux fragments de dents associés au spécimen, dont les stries présentent le même motif que celles observées sur les dents rapportées à S. cf. nazarowi. Bien que l'état d'écrasement du crâne ne permette d'en tirer que peu d'informations anatomiques, il s'agit du seul fossile crânien attribué à Scanisaurus, à l'exception des dents. Il montre en outre que la tête de cet animal est proportionnellement plus grande que celle des autres plésiosaures de type dolichodiriens.

Scanisaurus est un plésiosaure de type dolichodirien, c'est-à-dire à long cou, bien que celui-ci soit relativement plus court que chez certains de ses proches parents, tels qu’Elasmosaurus. L'animal est parfois décrit comme un plésiosaure de type mésodirien, en raison de sa tête proportionnellement plus grande et de son cou plus court que chez la plupart des autres dolichodiriens. Il présente vraisemblablement une morphologie comparable à celle d'autres élasmosauridés à cou relativement court, tels que Cimoliasaurus et les représentants de la sous-famille des Aristonectinae. D'après les dimensions de ses fossiles et par comparaison avec les proportions d'autres plésiosaures, Scanisaurus atteint probablement une longueur comprise entre 4 à 5 m.

Persson estime que la plupart des caractères connus de Scanisaurus correspondent à ceux des Elasmosauridae. Il considère toutefois que ce genre ne représente pas un élasmosauridé typique, soulignant qu'il s'en distingue par un caractère majeur : ses vertèbres cervicales étants plus courts et plus larges que ceux des autres membres de la famille. Sur cette base, il suggère que Scanisaurus pourrait représenter une nouvelle famille de plésiosaures du Crétacé supérieur, peut-être intermédiaire entre les pliosaures, tels que les polycotylidés, et les élasmosauridés. Néanmoins, en raison de ses plus grandes affinités avec ces derniers, il attribue provisoirement le genre aux Elasmosauridae.
En 1960, Persson transfère Cimoliasaurus et Scanisaurus dans une nouvelle famille de plésiosaures mésodiriens, les Cimoliasauridae. Trois ans plus tard, il y rattache également Aristonectes, en raison des similitudes qu'il perçoit entre ce genre et les fossiles de Cimoliasaurus et de Scanisaurus, notamment dans le rapport entre la longueur et la largeur des vertèbres cervicales. Les Cimoliasauridae sont alors considérés comme le groupe frère des Polycotylidae. Toutefois, en 2009, une révision des fossiles types de Cimoliasaurus menée par le paléontologue américain F. Robin O'Keefe et sa collègue canadienne Hallie P. Street montre que ce genre appartient en réalité aux Elasmosauridae, ce qui fait des Cimoliasauridae un synonyme plus récent de cette famille. En 2011, le paléontologue suisse Christian Foth et ses collègues allemands Johannes Kalbe et René Kautz réexaminent les vertèbres cervicales attribuées à Scanisaurus et concluent que son rattachement aux Elasmosauridae est plausible. Les marges articulaires fortement ossifiées, les faces articulaires des corps vertébraux en forme de sablier ainsi que la faible longueur relative de ces derniers constituent en effet des caractères partagés avec d'autres élasmosauridés. Les études récentes tendent ainsi à considérer Scanisaurus comme un élasmosauridé, bien que sa position exacte au sein de cette famille demeure incertaine,.
Une étude de 2017 réalisée par les paléontologues suédois Benjamin P. Kear, Dennis Larsson, Johan Lindgren et leur collègue slovaque Martin Kundrát interprète Scanisaurus comme un prédateur occupant un niveau trophique intermédiaire, capable de s'alimenter aussi bien en pleine eau que sur le fond marin,. Cette interprétation repose sur le fait que les dents des élasmosauridés sont à la fois plus fragiles sur le plan structural et plus lentes à être remplacées que celles des autres reptiles. Selon les auteurs, des élasmosauridés tels que Scanisaurus privilégient ainsi des proies faciles à maîtriser afin de limiter le risque d'endommager leur dentition, ce qui les spécialise écologiquement comme prédateurs aquatiques de niveau trophique intermédiaire. Les dents longues et acérées de Scanisaurus indiquent qu'elles servent à transpercer ou à saisir de petites proies, telles que des poissons de petite taille ou des bélemnites. Les contenus stomacaux connus chez d'autres plésiosaures révèlent d'ailleurs un régime alimentaire varié comprenant des invertébrés benthiques, notamment des gastéropodes et des bivalves, ainsi que des poissons, des ptérosaures et des ammonites.
La principaux fossiles attribués à S. cf. nazarowi proviennent de gisements du bassin de Kristianstad (en), où, selon Persson, ils constituent les restes de plésiosaures les plus abondants,. Au Campanien, ce bassin correspond à une mer intérieure peu profonde, de climat subtropical à tempéré, abritant une faune marine diversifiée caractéristique des communautés du plateau continental interne. Celle-ci comprend notamment des algues, des brachiopodes, des bryozoaires, des mollusques (incluant des bivalves, des gastéropodes, des bélemnites et des ammonites), de oursins, des serpulidés, des décapodes et des éponges,. Les poissons, incluant une grande variété de requins, y sont également abondants. De nombreux reptiles, principalement marins, sont aussi représentés, notamment des mosasaures, des tortues de mer, des crocodylomorphes et quelques dinosaures. Trois à cinq autres espèces de plésiosaures coexistent avec Scanisaurus, dont deux espèces historiquement attribuées à Elasmosaurus, une ou deux espèces de polycotylidés et, potentiellement, une seconde espèce de Scanisaurus, représentée par le crâne décrit en 1996 et des dents isolées. Des traces de morsures de mosasaures ont par ailleurs été observées sur plusieurs os de plésiosaures découverts dans le bassin de Kristianstad.

En 1971, l'artiste suédois Gunnar Nylund (en) réalise à Bromölla, une ville située à proximité de l'Ivö (en), une fontaine baptisée Scanisaurus. Celle-ci représente deux plésiosaures, un mâle et une femelle, se reposant au soleil sur un rocher de l'ancienne île d'Ivö. Les sculptures sont constituées d'environ 3 000 éléments de céramique façonnés et assemblés sur des structures en béton armé. En Suède, les plésiosaures, et en particulier Scanisaurus, sont couramment désignés sous les noms vernaculaires de « svanödlor » (« lézards cygnes ») ou « svanhalsödlor » (« lézards à col de cygne »).
: document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.