| Organisation |
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|---|---|
| Constructeur |
|
| Programme | ExEP |
| Domaine | énergie sombre, exoplanètes |
| Statut | En transit vers sa destination |
| Autres noms | WFIRST |
| Lancement | 30 août 2026 |
| Lanceur | Falcon Heavy |
| Durée | 5 ans (mission primaire) |
| Identifiant COSPAR | 2026-199A |
| Site |
| Masse au lancement | 9 174 kg |
|---|---|
| Dimensions | 12,4 m. (longueur) x 4,4 m. |
| Ergols | Hydrazine |
| Masse ergols | 1 116 kg |
| Contrôle d'attitude | Stabilisé 3 axes |
| Source d'énergie | Panneaux solaires |
| Puissance électrique | 4 500 watts |
| Orbite | Orbite de quasi halo |
|---|---|
| Périapside | 188 400 km |
| Apoapside | 807 000 km |
| Localisation | Point de Lagrange L2 du système Terre-Soleil |
| Période de révolution | 6 mois |
| Type | Système anastigmatique à trois miroirs |
|---|---|
| Diamètre | 2,36 m |
| Focale | 8,90 m |
| Longueur d'onde | Visible et proche infrarouge (0,48–2,3 micromètres) |
| WFI | Spectroscope imageur |
|---|---|
| CGI | Coronographe |

Nancy-Grace-Roman (NGRST pour l'anglais Nancy Grace Roman Space Telescope, ou RST pour Roman Space Telescope), anciennement Wide Field Infrared Survey Telescope (WFIRST), est un télescope spatial infrarouge développé par l'agence spatiale américaine, la NASA. Ce télescope spatial, qui constitue pour la NASA un instrument d'astrophysique majeur de la classe du JWST et de Hubble, est lancé le . Il doit poursuivre les investigations menées jusque-là par ses prédécesseurs sur l'énergie sombre, les exoplanètes et plus généralement l'astrophysique. L'énergie sombre représente les trois quarts de la masse/énergie de l'Univers. Au lancement du projet en 2014, comme en 2019, sa nature reste une des principales énigmes dans le domaine de la cosmologie.
Le développement de Roman par la NASA a pour origine le rapport décennal de 2010 du Conseil national de la recherche des États-Unis qui donne, pour l'astrophysique spatiale, la plus haute priorité à l'étude de l'énergie sombre. Cette forme d'énergie, dont l'existence a été découverte de manière indirecte en 1998, est une composante majeure de l'Univers mais sa nature relève de spéculations. Roman a également pour objectif d'effectuer un recensement statistique (masse et distance de leur étoile) des exoplanètes situées dans le bulbe galactique par l'observation des microlentilles gravitationnelles et d'identifier et de caractériser celles situées à proximité du système solaire à l'aide d'un coronographe. Le troisième objectif est de cartographier et caractériser les sources infrarouge de la Voie lactée.
Le télescope spatial Roman a une masse de 9,2 tonnes et est long de 12,4 mètres. Il dispose d'un miroir primaire de 2,4 mètres cédé par la NRO et est équipé de deux instruments : un imageur/spectrographe et un coronographe. Les observations sont effectuées en lumière visible et dans le proche infrarouge (0,48 à 2 micromètres). Pour remplir ses objectifs Roman dispose d'une focale courte avec un champ de vue étendu et un détecteur de 288 mégapixels. Ses instruments lui permettent de produire des images de la qualité du télescope Hubble en couvrant environ 100 fois plus de surface (0,281 degré carré). Le coronographe expérimental combine plusieurs techniques lui permettant de masquer une étoile 100 millions de fois plus brillante que les planètes qui gravitent autour d'elle.
Roman, dont le coût est estimé à 4,3 milliards de dollars américains, est entré dans une phase de développement actif en . Il est placé en orbite autour du point de Lagrange L2 du système Terre-Soleil à 1,2 million de kilomètres de la Terre. Sa mission primaire a une durée de 5 ans mais il emporte des consommables (ergols) garantissant son fonctionnement durant 10 ans. Le télescope porte le nom de l'astrophysicienne américaine Nancy Grace Roman (1925-2018) qui a développé les premiers observatoires spatiaux de la NASA (Orbiting Solar Observatory) et a joué un rôle moteur dans le lancement du projet du télescope spatial Hubble.

Le télescope spatial Roman résulte de la convergence de plusieurs projets d'observatoires spatiaux ayant pour objectif l'étude de l'énergie sombre (un phénomène découvert au début des années 1990, également appelée énergie noire, qui représente les trois quarts de la masse/énergie de l'Univers et dont la nature reste une des principales énigmes dans le domaine de la cosmologie), la détection des exoplanètes par l'observation des microlentilles gravitationnelles et la cartographie du ciel dans l'infrarouge. En 2000, le projet de télescope spatial GEST (Galactic Exoplanet Survey Telescope), dont l'objectif est à la fois l'exploitation des microlentilles gravitationnelles et l'étude de l'énergie sombre est proposé à la NASA mais n'est pas retenu. Ce projet est modifié au cours de la décennie suivante et devient MPF (Microlensing Planet Finder) qui est proposé au moment de l'élaboration du rapport décennal 2010 fixant les priorités dans le domaine de l'astronomie et de l'astrophysique pour la décennie suivante.
Peu après avoir découvert en 1998 l'énergie sombre Saul Perlmutter (Prix Nobel de physique en 2011 pour cette réalisation), propose avec Michael Levi le développement de l'observatoire spatial SNAP (Supernova Acceleration Probe). L'étude de ce projet est réalisée au sein du Département de l'Énergie. Sa fusion avec une étude similaire menée au sein de la NASA débouche sur le projet JDEM (Joint Dark Energy Mission) dirigé par Neil Gehrels du centre de vol spatial Goddard. La découverte de l'énergie sombre entraîne également de multiples propositions d'observatoires spatiaux au sein des centres de recherche américains : ADEPT (Advanced Dark Energy Physics Telescope) est proposé par une équipe de l'université Johns-Hopkins. Des chercheurs du National Optical Astronomy Observatory proposent Destiny (Dark Energy Space Telescope). JEDI (Joint Efficient Dark Energy Investigation) est proposé par un chercheur de l'université de l'Oklahoma. La NASA et l'Agence spatiale européenne (ESA) envisagent brièvement de fusionner leurs projets JDEM et Euclid (pour l'ESA) au sein de IDECS (International Dark Energy Cosmology Surveyor). Cette fusion n'aboutit pas, mais les deux agences décident de coopérer à leurs projets respectifs. La cartographie du ciel dans l'infrarouge, le troisième objectif de Roman, est l'objet du projet NIRSS (Near Infrared Sky Surveyor), proposé par Daniel Stern du Jet Propulsion Laboratory.
Il s'écoule 16 ans entre les premières études et le lancement du télescope Roman. Le projet Roman de la NASA est élaboré en réponse à la priorité donnée en 2010 par la communauté scientifique à l'étude de l'énigmatique énergie sombre. Il repose initialement sur un miroir de 1 à 1,5 mètres. Mais la NRO cède gracieusement en 2012 à l'agence spatiale deux miroirs de 2,4 mètres qui devaient être utilisés par des satellites de reconnaissance optique qui n'ont finalement pas été construits. Le changement de taille du miroir ainsi que ses capacités moindres dans l'infrarouge, imposent une révision en profondeur des spécifications de l'observatoire spatial. La phase de développement du projet débute officiellement en 2016. Le projet entre rapidement dans une phase de turbulence principalement due au doublement du budget alloué qui atteint plus de 4 milliards US$ malgré les coupes opérées dans les capacités du coronographe, un des deux instruments de l'observatoire. La présidence des États-Unis tente sans succès d'annuler le projet dans ses propositions budgétaires de 2019 et de 2020. Au cours des années suivantes, le projet se poursuit sans événement significatif. Renommé en 2020 en l'honneur de l'astrophysicienne américaine Nancy Grace Roman, la phase de réalisation et de test s'achève début 2026.
Les priorités dans le domaine de l'astronomie et de l'astrophysique sont définies tous les dix ans dans un rapport publié par le Conseil national de la recherche des États-Unis et rédigé par la communauté scientifique. Le rapport publié en 2010 et baptisé New Worlds, New Horizons (« Nouveaux mondes, nouveaux horizons »), fixe les priorités pour la décennie 2015-2025. Il recommande la fusion des objectifs des projets NIRSS, MPF et JDEM dans un seul projet qui est baptisé WFIRST (Wide Field Infrared Survey Telescope) c'est-à-dire télescope d'étude infrarouge grand champ) auquel est donnée la priorité la plus élevée. WFIRST doit étudier la nature de l'énergie sombre en utilisant trois techniques en parallèle : la mesure des oscillations acoustiques baryoniques, la mesure des distances des supernova et l'étude des lentilles gravitationnelles faibles. L'objectif est de déterminer l'impact de l'énergie sombre sur l'évolution de l'Univers. Un autre objectif de WFIRST est l'étude des exoplanètes dans le bulbe central de notre galaxie à travers l'observation des lentilles gravitationnelles. Pour y parvenir le télescope envisagé disposera d'un miroir primaire de 1,5 mètre de diamètre avec un champ de vue étendu. Il peut observer le proche infrarouge et a une capacité de spectroscopie avec une résolution spectrale basse. Le cout du projet est évalué à 1,6 milliard US$ et le lancement est prévu pour 2020,. Une phase d'étude menée par six personnes débute au sein de la NASA. Le projet fait partie du programme Exoplanet Exploration (ExEP) qui comprend également le télescope spatial Kepler et l'interféromètre LBTI du télescope terrestre Large Binocular Telescope.
La conception initiale de WFIRST, dite IDRM car décrite dans le rapport (Interim Design Reference Mission Report) de 2011, repose sur une optique dotée d'un miroir primaire de 1,1 à 1,5 mètre de diamètre. Mais en l'agence américaine National Reconnaissance Office (NRO) cède à la NASA, sans contrepartie financière, deux télescopes optiques d'une valeur unitaire de 250 millions US$. Ceux-ci ont été fabriqués par la société ITT/Exelis pour le projet de satellite de reconnaissance FIA-Optical arrêté en cours de développement. L'optique du satellite FIA-Optical, qui comprend un miroir primaire de 2,4 mètres de diamètre, est conçue pour fournir des images couvrant de grandes surfaces dans le but de compléter les images beaucoup plus détaillées produites par la famille de satellites de reconnaissance de la NRO KH-11 Kennen et Crystal qui sont en opération depuis 1976. Ce miroir de 2,4 mètres a une taille identique à celui du télescope Hubble, qui avait été également fourni par une source militaire. La cession ne porte que sur le miroir primaire de l'optique du futur observatoire spatial : l'instrumentation scientifique, le reste de l'optique (miroir secondaire) ainsi que le bus (module de service) restent à concevoir et fabriquer par la NASA.
| Caractéristique | IDRM | AFTA |
|---|---|---|
| Optique | Miroir ∅ 1,3 m hors axe | Miroir ∅ 2,4 m dans l'axe |
| Instruments | Imageur WFI avec prisme 2 spectrographes | WFI avec grisme Spectrographe à champ intégral Coronographe |
| Spectre observé | 0,6-2,0 micromètres | |
| Champ de vue | 0,291 degré² | 0,281 degré² |
| Résolution spatiale | 0,18 seconde d'arc | 0,11 seconde d'arc |
| Pixels image | 120 millions | 300 millions |
| Orbite | Point de Lagrange L2 | Orbite géostationnaire |

La NASA décide d'adapter son projet WFIRST, qui est rebaptisé temporairement WFIRST-AFTA (Astrophysics Focused Telescope Assets), afin d'utiliser un des deux ensembles optiques (la deuxième optique faute de moyens financiers ne sera pas utilisée par l'agence spatiale). Cette nouvelle configuration doit théoriquement permettre de réduire le coût évalué à ce moment à 1,7 milliard $ tout en améliorant les performances de télescope spatial. Une étude détaillée de l'architecture incorporant ce nouvel élément publiée en confirme l'intérêt de ces modifications et l'agence spatiale américaine décide l'adoption de l'optique cédée par la NRO. Toutefois l'utilisation du nouveau miroir augmente en fait considérablement le coût du projet. Par ailleurs l'optique cédée n'est pas optimisée pour l'observation dans l'infrarouge alors que ce rayonnement est essentiel pour l'étude des galaxies lointaines et donc de l'énergie sombre. Le télescope spatial ne devait disposer que d'une caméra équipée pour la spectroscopie. Pour compenser la réduction des performances dans l'infrarouge, la NASA décide d'ajouter un coronographe qui doit permettre d'étudier les exoplanètes.
Initialement le télescope spatial est conçu pour être placé sur une orbite géosynchrone avec une inclinaison orbitale de 28,5°. Par rapport à une orbite autour du point de Lagrange L2, l'orbite géosynchrone présente plusieurs avantages. Le principal porte sur le volume de données transféré, un facteur très important pour WFIRST : sur une orbite géosynchrone, le télescope spatial survole toujours la même région de la Terre ce qui permet de transférer de manière continue des données. Autour du point de Lagrange L2, le transfert doit être effectué lors de vacations limitant le volume et imposant l'emport d'une mémoire de masse de très grande capacité. Le principal avantage de l'orbite autour du point de Lagrange L2, est la suppression des contraintes d'observation liées à la proximité de la Terre et de la Lune. L'étude de 2015 n'avance aucune préconisation mais, par la suite, l'orbite géosynchrone est abandonnée.
La NASA poursuit en 2014 la phase d'étude. Elle dispose, dans le budget proposé pour 2015, de fonds nécessaires pour poursuivre la conception du coronographe et des détecteurs des instruments mais qui ne lui permettent toutefois pas de lancer la construction du télescope spatial. Compte tenu de la durée de la phase de conception et de fabrication la mise en orbite du télescope n'est pas prévue avant le milieu de la décennie 2020 (évaluation 2014). Le projet entre officiellement dans une phase de développement le .
Le développement du coronographe, qui du fait de ses innovations nécessite une phase de mise au point complexe, les adaptations nécessaires de l'optique et certaines options retenues par l'équipe de la NASA au fil de l'étude - télescope conçu pour une maintenance en cours de vie, possibilité d'associer un coronographe externe (starshade), choix hybride (interne/externe) des fournisseurs, sélection de deux centres pour le traitement des données, etc. - entrainent un dérapage du budget et du planning. Selon un rapport d'évaluation externe d' qui pointent les dérives du projet, le coût de celui-ci atteint désormais 3,9 milliards US$ soit près du double de l'enveloppe de 1,6 milliard US$ définie en 2010. Par ailleurs ce coût n'inclut pas la provision pour risque de 300 millions US$ qui est systématiquement incluse dans un projet de cette envergurer. Toutefois ce surcoût est attribué à hauteur de 1,1 milliard US$ à des causes "normales" (dont 0,7 milliard US$ pour l'inflation, 0,3 milliard US$ pour l'adaptation du projet au miroir de 2,4 m et 0,1 milliard US$). Les responsables de la NASA décident de plusieurs mesures pour réduire à la fois les coûts et les risques. La mesure la plus importante consiste à faire du coronographe un simple démonstrateur technologique, le CDTI (Coronograph Technology Demonstration Instrument). Un plafond de 3,2 milliards US$ est fixé au coût global du projet. Compte tenu des décisions prises, les responsables de la NASA décident en que le projet peut entrer en phase B (Conception préliminaire).
Un deuxième événement vient menacer le projet Roman. L'observatoire spatial infrarouge James-Webb subit un dérapage budgétaire qui réduit les ressources financières de la division astrophysique de la NASA. Pour trouver les sommes manquantes une première tentative d'annulation du télescope Roman a lieu lors de la préparation du budget 2019 de l'agence spatiale par la présidence Obama (voté en ) et elle est réitérée lors de la définition du budget 2020 par la présidence Trump (voté en ). Les deux propositions d'annulation suscitent une réaction vigoureuse de la communauté scientifique qui rappelle que le projet a été défini comme une priorité pour la décennie à venir. Dans les deux cas le Congrès américain vote les fonds permettant la poursuite du projet. En , alors que les développements sont pratiquement achevés, une dernière tentative d'annulation du projet par la présidence Trump est repoussée par le Congrès.
Durant la phase de développement qui débute en 2018 le projet est géré par le Centre de vol spatial Goddard, établissement de la NASA chargé traditionnellement des missions d'astrophysique de la NASA. Il est assisté par le Jet Propulsion Laboratory en charge de la gestion du coronographe. En un contrat de 23 millions US$ est passé par la NASA avec la société Teledyne pour la fourniture de 72 détecteurs infrarouge qui analyseront la lumière collectée par l'instrument WFI. La NASA confie en à la société Ball Aerospace (devenu filiale de BAE Systems en 2023) le développement, les tests et le support opérationnel de la partie opto-mécanique de l'instrument principal WFI pour un montant de 113,2 millions US$. La France contribue à la mission via le laboratoire d’astrophysique de Marseille qui fournit six des petits miroirs utilisés par le coronographe. Début 2019, le projet dispose d'une marge de neuf mois par rapport à son objectif de lancement de 2025. Le , la NASA confie à la société Harris (établissement de Rochester dans l'état de New York) la fourniture de l'optique (OTA) du télescope spatial pour un montant de 195,9 millions US$. Le , le projet passe avec succès l'étape de la revue préliminaire de conception malgré les deux tentatives d'annulation de la présidence. Le confinement associé à l'épidémie de COVID-19 touche de plein fouet le cout et le planning du projet. Son cout total passe de 3,9 à 4,3 milliards US$. Le lancement est prévu pour . En la NASA choisit le lanceur Falcon Heavy de la société SpaceX pour le lancement du télescope spatial. Le montant du contrat est de 255 millions US$. A la veille du lancement le coût total du projet en incluant cinq années d'opération dans l'espace s'établit à 4,5 milliards US$ soit trois fois l'estimation initiale du projet WFIRST. Cette somme se ventile de la manière suivante : 3,2 milliards pour le développement, 255 millions US$ pour le lancemenet et 1 milliard US$ pour la gestion de la phase opérationnelle.

Le télescope spatial prend en 2020 le nom de l'astrophysicienne américaine Nancy Grace Roman (1925-2018). Roman est la première femme à avoir mené un programme scientifique majeur au sein de l'agence spatiale américaine. Responsable du développement des premiers télescopes spatiaux de la NASA (projets OSO et OAO) elle a également joué un rôle moteur dans le lancement du projet du télescope spatial Hubble en mobilisant la communauté des astronomes,,.
Le fonctionnement du télescope Roman nécessite que les réseaux de stations terriennes soient en mesure de recevoir un volume de données sans précédent. Il est prévu que le télescope transmette chaque jour 1 375 gigaoctets de données soit 20 fois plus que le James Webb (50 Go) et 80 fois plus que Hubble (17 Go). Pour parvenir à collecter ces données il est prévu des sessions de télécommunications s'appuyant sur quatre réseaux d'antennes : les réseaux de la NASA Deep Space Network (6 heures par jour) et Near Space Network (7 heures/jour), le réseau de l'Agence spatiale européenne ESTRACK (4 heures/jour) et la station terrienne Usuda de l'agence spatiale japonaise (4 heures par jour). Mais aucun de ces réseaux, dans sa configuration prévue pour la date de lancement de Roman en 2024, ne dispose des capacités nécessaires, c'est pourquoi des travaux d'amélioration sont nécessaires. Le rapport du projet par le service d'audit interne de la NASA publié en met en avant que les retards pris sur leur réalisation ou même leur programmation constituent désormais le principal obstacle à la réalisation des objectifs de la mission.
Contrairement aux deux autres grands télescopes spatiaux opérationnels de la NASA, Hubble et James Webb, le télescope Roman n'est pas un observatoire généraliste c'est-à-dire qu'il n'a pas la capacité d'étudier des objets célestes très différents. Il est conçu pour balayer de grandes régions du ciel dans le but d'étudier la matière noire et l'énergie sombre, de découvrir jusqu'à 100 000 exoplanètes en utilisant les méthodes du transit et de la lentille gravitationnelle faible et d'observer environ 200 millions d'étoiles sources de lumière infrarouge situées dans la Voie lactée.
L'Univers est en expansion et, du fait des forces de gravitation, le taux de cette expansion devrait décroître, mais ce n'est pas ce qui est constaté. Ce phénomène, découvert au début des années 1990, a été baptisé « énergie sombre » (ou «énergie noire »). L'énergie sombre représente les trois quarts de la masse/énergie de l'Univers. Au lancement du projet en 2014, comme en 2026, sa nature reste une des principales énigmes dans le domaine de la cosmologie. L'objectif principal de Roman est de tenter de répondre aux principales interrogations soulevées par l'énergie sombre : est ce que celle-ci varie dans le temps ? Est ce qu'elle nécessite une modification de la théorie de la relativité générale d'Einstein ou s'agit-il effectivement d'un nouveau type d'énergie ? Pour y répondre le télescope spatial va utiliser trois techniques afin de déterminer le taux d'expansion de l'Univers à travers les âges et la vitesse d'accroissement des grandes structures (galaxies, groupes de galaxies). Ces méthodes sont :

Courant 2026 un peu plus de 6000 exoplanètes ont déjà été découvertes. Mais du fait de la faible taille/masse des planètes, les instruments utilisés jusque là n'ont permis de découvrir que des corps célestes aux caractéristiques éloignées (très grande taille, proximité de leur étoile) de ceux de notre système solaire. Le télescope Roman, grâce à la qualité de son optique et de ses instruments, devrait permettre la découverte d'un très grand nombre d'exoplanètes et en particulier de corps aux caractéristiques proches de celles de la Terre très recherchés par la communauté scientifique. L'observatoire spatial doit utiliser deux méthodes de détection : la méthode du transit souvent mise en œuvre jusque là et l'utilisation du phénomène de lentille gravitationnelle faible. La combinaison des ces deux méthodes devait fournir un recensement plus représentatif de la population des exoplanètes dans notre galaxie. Par ailleurs il est prévu que le coronographe très performant embarqué permette d'obtenir des images directes de certaines exoplanètes.
Roman doit effectuer un recensement des exoplanètes situées dans le bulbe galactique en exploitant le phénomène de lentille gravitationnelle faible. Celle-ci repose sur le fait que la lumière d'une étoile est magnifiée lorsqu'un corps céleste (étoile ou planète) plus proche de l'observateur (= télescope) passe devant elle du fait de la courbure du rayonnement émis sous l'effet de la gravité (cf. schéma 1). Si cette dernière étoile comporte un cortège de planètes, le passage de chacune d'entre elles devant l'étoile en arrière-plan entraîne également une amplification proportionnelle à sa masse. Cette technique permet de mesurer la masse et la distance à leur étoile de planètes de petite masse (à partir d'un dixième de la taille de la Terre) à condition qu'elles se situent à plus de 0,5 unité astronomique de leur étoile. Le programme d'observation prévoit la surveillance de sept régions du bulbe galactique (sept fois le champ de vue du télescope soit environ 2 deg2). Des prises de vue seront effectuées sur plusieurs saisons à chaque fois durant 72 jours consécutifs avec une fréquence de 15 minutes. Cette dernière est choisie parce qu'elle permet de détecter avec la méthode des micro-lentilles une planète de la taille de Mars. Chaque région sera ainsi photographiée 2 800 fois par mois. Selon les modèles utilisés pour prédire le nombre de planètes, ce programme devrait permettre de découvrir chaque mois en moyenne 100 planètes tournant autour de leur étoile et 16 planètes vagabondes expulsées de leur système d'origine. Le ratio entre nombre de planètes vagabondes et celui des planètes en orbite autour de leur étoile pourrait avoir un impact important sur la modélisation de la formation des exoplanètes. Les observations effectuées devraient également permettre de détecter 1 200 planètes par le biais d'éclipses secondaires,.
La méthode du transit est jusqu'à présent la technique la plus utilisée pour la découverte des exoplanètes. C'est celle qui a permis par exemple au télescope spatial Kepler de la NASA de détecter plus de 3 000 exoplanètes. Alors que la microlentille gravitationnelle permet de découvrir des planètes circulant sur une orbite éloignée de leur étoile ou des planètes errantes, la méthode du transit est optimale pour les planètes très proches de leur étoile. Dans cette méthode une exoplanète est découverte lorsqu'elle passe devant son étoile (dans la ligne de visée du télescope) entrainant une faible variation de la luminosité de celle-ci. Il est prévu que Roman observe plusieurs centaines de millions d'étoiles et détecte par cette méthode environ 100 000 exoplanètes. Les trois quarts de ces découvertes devraient porter sur des géantes gazeuses, analogues à Jupiter et Saturne, ou des géantes glacées comme Uranus et Neptune. La plupart des autres exoplanètes seront des corps quatre à huit fois plus massifs que la Terre (mini-Neptune).
Les exoplanètes sont très difficiles à observer de manière directe car elles sont à la fois très éloignées et noyées dans la lumière de leur étoile qui est des milliards de fois plus brillantes. Aussi presque toutes les exoplanètes découvertes jusque là l'ont été de manière indirecte via l'induit induit sur leur étoile (mouvement oscillatoire de celle-ci, variation de sa luminosité). Le coronographe de Roman, qui bénéficie de progrès technologiques récents, doit permettre d'obtenir une image directe et un spectre électromagnétique des planètes gravitant autour d'étoiles proches de notre système solaire. Le coronographe masque la majorité de la lumière émise par l'étoile autour de laquelle gravite la planète et permet ainsi de visualiser cette dernière sous réserve que le rapport de luminosité entre les deux corps célestes (étoile et planète) n'excède pas un certain seuil et que la distance apparente entre la planète et son étoile soit suffisamment importante. À titre de référence, à une distance de 30 parsecs (98 années-lumière), la Terre se situe à 0,1 seconde d'arc du Soleil et a un rapport de luminosité de 10−10 avec celui-ci. La performance des coronographes terrestres actuels est comprise entre 107 et 108. Les missions flagship (à coût élevé) étudiées envisagent une performance de 1010. CGI est un démonstrateur technologie visant à atteindre des valeurs comprises entre 108 et 109 soit 20 à 100 fois plus importantes que les coronographes existants tout en pouvant collecter des longueurs d'onde plus courtes. Les performances prévues (qui sont meilleures que celles pour lesquelles l'instrument a été testé), sont de 109 avec une distance entre la planète et son étoile de 0,15 seconde d'arc. Ces performances seraient atteintes avec des étoiles brillantes (magnitude apparente = 5). Pour les étoiles moins brillantes, les performances attendues sont plus incertaines. Le coronographe doit être testé durant trois mois au cours des 18 premiers mois de la mission. Si les résultats sont satisfaisants des observations scientifiques pourront être conduites par la suite avec cet instrument,.
Roman doit permettre d'effectuer une étude systématique et détaillée (images et spectre électromagnétique) des sources d'infrarouge situées dans la Voie lactée ainsi que des objets célestes présents au tout début de l'univers. Cet objectif doit être rempli en exploitant les observations effectuées pour remplir les deux premiers objectifs complétés par des programmes d'étude consacrés à ce sujet.
L'observation de sources lumineuses de faible intensité (notamment l'espace profond) impose des prises de vue avec de très longues poses qui nécessitent de monopoliser l'utilisation d'un télescope sur de longues périodes. Les performances de Roman sont bien meilleures que Hubble qui s'est pourtant illustré avec les meilleurs résultats produits dans ce domaine. La durée des campagnes d'observation menées par Hubble, comme COSMOS (2007), CANDELS-Wide (2011), 3-D HST (2016), FIGS (2017) et PHAT (2012), auraient été divisées par un facteur compris entre 125 et 1 475 si elles avaient été réalisées avec Roman en donnant les mêmes objectifs de sensibilité. Les campagnes d'observation de Roman devraient donc fournir 100 à 1 000 fois plus d'informations que celles de Hubble.

Le coronographe Roman doit contribuer à mettre au point cinq nouvelles technologies qui seront déployées sur ce type d'instrument dans le cadre de futures missions : mesure ultra précise du front d'ondes, miroir déformable de grande taille (DMs), masque de coronographe à contraste élevé, détecteur de type EMCCD à très faible bruit et post traitement des données collectées.


Les caractéristiques du projet ont fortement évolué au cours de la phase d'étude. Dans sa version finale Roman est un engin spatial de grande taille (longueur de 12,7 mètres en orbite avec le pare-soleil et la parabole déployés pour un diamètre de 4,4 mètres) et sa masse atteint 9 174 kilogrammes dont 1 116 kg d'hydrazine utilisée par sa propulsion (masse à vide de 8 085 kg) ce qui en fait un des trois plus grands télescopes spatiaux déployés dans l'espace avec Hubble et le JWST. Le télescope spatial comprend d'une part la plateforme (bus) qui rassemble les principaux équipements servant de support (télécommunications, propulsion, contrôle d'attitude, avionique, etc.) et d'autre part les instruments et l'optique. La complexité de cet engin spatial est reflété par le fait qu'il comporte 32 000 câbles et 900 connecteurs dont la masse totale atteint près de 500 kilogrammes.
La plateforme (bus) du télescope spatial a la forme d'un prisme hexagonal de 4 mètres de diamètre et de 2 mètres de haut avec une masse de 3,8 tonnes. L'énergie est fournie par six panneaux solaires (dimension unitaire 2 × 3 mètres) qui recouvrent la face du télescope exposée au Soleil. Les 3 902 cellules photovoltaïques produisent au total 4 500 watts. La propulsion est assurée par huit moteurs-fusées à ergols liquides de 22 newtons de poussée alimentés en hydrazine par simple détente. Roman emporte 1 116 kg d'ergols, utilisés pour la correction de la trajectoire de transit entre la Terre et sa destination, l'insertion puis le maintien sur l'orbite retenue et les modifications d'orientation (désaturation des roues de réaction). La quantité emportée doit permettre à l'observatoire spatial de fonctionner durant au moins 10 ans. Roman est stabilisé sur trois axes et utilise des roues de réaction pour contrôler son orientation. La précision de pointage atteint 3 secondes d'arc. Une des caractéristiques principales du télescope spatial est le volume de données généré par les observations : 11 térabits de données sont générés quotidiennement par les instruments. Celles-ci sont transmises vers les stations terrestres en bande Ka via une antenne parabolique grand gain orientable de 1,7 mètres de diamètre réalisée en fibre de carbone et pesant 10,9 kg. Celle-ci permet un débit de 290 mégabits par seconde. Le système de télécommunications repose sur deux tubes à ondes progressives fournis par la société française Thales Alenia. La plateforme dispose d'un système d'amarrage permettant à un engin spatial de s'accoupler pour procéder à des opérations de maintenance,,.
L'optique de Roman est de type anastigmatique à trois miroirs. Un télescope anastigmatique comprend trois miroirs courbes, permettant de minimiser les trois principales aberrations optiques – l'aberration sphérique, la coma et l'astigmatisme. Cette conception est principalement utilisée pour obtenir de larges champs de vue une des caractéristiques principales de Roman. Le télescope utilise un miroir primaire de 2,36 m de diamètre dont la fabrication s'est achevée en 2014. Le miroir a été recouvert d'une mince couche d'argent de 400 nanomètres d'épaisseur (soit 200 fois moins que le diamètre d'un cheveu humain). Ce matériau a été choisi car il réfléchit bien la lumière émise dans le proche infrarouge. Pour obtenir l'image la plus nette possible, le miroir primaire est poli avec une extrême précision : les irrégularités ont une hauteur inférieure à 1,2 nanomètre. De taille similaire à celui de Hubble le miroir primaire ne pèse qu'un cinquième de son poids car la technologie a fortement progressé dans ce domaine. La sensibilité et la résolution spatiale sont similaires à celles de Hubble mais le champ de vue est 100 fois plus étendu. Le champ de vue effectif est de 0,281 deg2 (avec la lacune centrale 0,32 deg2). La longueur focale de l'ensemble de l'optique est de 7,9. Le rayonnement observé comprend la lumière visible et le proche infrarouge (0,45 à 2,3 micromètres). Un mécanisme permet de modifier la position du miroir secondaire avec six degrés de liberté pour ajuster son alignement en orbite et effectuer la mise au point fine,,.
Le rayonnement lumineux réfléchi par le miroir secondaire est divisé en deux sous-ensembles envoyés vers d'une part un imageur/spectroscope à grand champ WFI (Wide Field Instrument) et d'autre par un coronographe CGI (Coronagraph Instrument). Les deux instruments peuvent donc fonctionner simultanément.

L'instrument WFI (Wide Field Instrument) est un spectrographe imageur qui comprend (Schéma 6) :

Le coronographe CGI (Coronagraph Instrument) est le premier instrument de ce type utilisant des masques optimisés par l'utilisation de techniques numériques. La partie optique de l'instrument comprend un miroir orientable (FSM Fast Steering Mirror), un miroir plat (FCM Flat focusing Mirror) et deux miroirs déformables chacun par 48 x 48 actuateurs (DM1 et DM2 Deformable Mirror). L'instrument qui est développé sous la supervision du Jet Propulsion Laboratory, dispose de trois modes d'observation :
Les détecteurs du coronographe sont conçus pour permettre l'utilisation d'un coronographe externe (starshade) comme celui qui serait employé par le futur télescope HabEx (projet en cours d'évaluation).
Bien que la taille du miroir primaire soit identique à celle du télescope Hubble, les progrès dans le domaine de la technologie des détecteurs depuis la conception de ce dernier (décennie 1980) permettent à ce dernier d'observer une portion du ciel près de 200 fois plus importante (0,281 deg² contre 0,002 deg²) avec une résolution spatiale équivalente. De plus sa vitesse de pointage est beaucoup plus rapide. Avec ces deux caractéristiques combinées, Roman effectue des relevés astronomiques mille fois plus vite que Hubble. En 1 mois il peut observer ce qui mettrait un siècle pour Hubble. Cette rapidité permet à l'observatoire de visiter à fréquence rapprochée (tous les un ou deux mois) une même portion du ciel facilitant la détection des changements intervenus (supernovae, transit de planète, , etc.) ainsi que d'affiner la modélisation de l'énergie sombre.
Le télescope James Webb de son côté, qui est opérationnel depuis 2021, dispose d'une résolution spatiale meilleure que Roman (0,063 secondes d'arc contre 0,11) sur une partie du spectre électromagnétique observé grâce à la surface de son miroir sept fois plus grand. Cette caractéristique lui permet d'observer la faible lumière émise par des objets lointains. Par ailleurs sa capacité dans l'infrarouge moyen lui permet également d'étudier des objets caractérisés par un décalage vers le rouge important. Par contre son champ de vue est environ 100 fois plus réduit (0,0032 deg² contre 0,281 deg²). Les deux instruments se complètent : Roman peut réaliser des observations fréquentes de vastes portions du ciel et lorsque quelque chose d'intéressant est détecté Webb peut être utilisé pour obtenir plus de détails.
| Caractéristique | Roman | Hubble | JWST | Euclid | Xuntian,, |
|---|---|---|---|---|---|
| Agence spatiale | |||||
| Date lancement | 2026 | 1990 | 2021 | 2023 | 2027 |
| Principaux objectifs scientifiques | énergie sombre, exoplanètes, cartographie sources infrarouge de la Voie lactée | Mesure de l'âge et de la vitesse d'expansion de l'Univers, composition de celui-ci, cycle de vie des étoiles | Formation des premières étoiles et des galaxies, formation et évolution des cortèges planétaires et composition de l'atmosphère des exoplanètes. | énergie sombre, formation des structures cosmiques | Cosmologie, énergie sombre, Développement des galaxies |
| Longueurs d'onde | Visible (0,48 – 0,9 µm) Proche infrarouge (0,9 – 2,3 µm) | Ultraviolet (0,2 - 0,4 µm) Visible (0,4 – 0,9 µm) Proche infrarouge (0,9 – 1,7 µm) | Visible (0,6 – 0,9 µm) Proche infrarouge (0,9 – 3 µm) Infrarouge moyen /long (3 – 28 µm) | Visible (0,55 – 0,9 µm) Proche infrarouge (0,9 - 2 µm) | Ultraviolet (0,255 - 0,4 µm) Visible (0,4 – 0,9 µm) Proche infrarouge (0,9 – 1,7 µm) |
| Type télescope | Anastigmatique à trois miroirs | Ritchey-Chrétien | Anastigmatique à trois miroirs | Korsch | Korsch Hors axe |
| Ouverture | 2,36 m | 2,4 m | 6,5 m | 1,2 m | 2 m |
| Longueur focale | 7,9 m | 57,6 m | 131,4 m | 25,4 m | 28 m |
| Champ de vue | 0,281 deg² | 0,002 deg² | 0,0032 deg² | 0,57 deg² | 1,1 deg² |
| Résolution spatiale | 0,11 seconde d'arc | 0,04 à 0,13 seconde d'arc | 0,063 seconde d'arc | 0,1 seconde d'arc | 0,15 seconde d'arc |
| Résolution spectrale | 450 - 850 | 1 550–24 000 (ultraviolet) | 150-2 700 | 380 | 200 |
| Instruments | Imageur, Spectrographe / Coronographe | Imageur, spectrographe | Imageur, spectrographe dont multi-objets, coronographe | Imageur, spectrographe | Imageur, spectrographe |
| Détecteurs | 288 mégapixels (instrument WFI) | 8 mégapixels (WFC3) | 16 mégapixels (NIRCam) | 576 mégapixels (VIS) 64 mégapixels (NISP) | |
| Masse | 10,5 t | 11 t | 6,2 t | 2 t | 15,5 t |
| Orbite | Point de Lagrange L2 | Orbite terrestre basse | Point de Lagrange L2 | Orbite terrestre basse | |
| Maintenance | Oui | Oui | Non | Non | Oui |
| Coût approximatif phase opérationnelle comprise jusqu'à la date indiquée | ~4 milliards d’euros (2031) | ~10 milliards d’euros (2025) | ~10 milliards d’euros (2026) | ~1,5 milliards d’euros (2029) | |

Roman est placé en orbite le à 11h26 (UTC) par le lanceur spatial lourd Falcon Heavy décollant depuis le pas de tir LC 39 du centre spatial Kennedy en Floride. Les deux propulseurs d'appoint de la fusée reviennent se poser en Floride et pourront être réutilisés tandis que le premier étage central, qui ne peut être récupéré du fait de la masse à placer en orbite, s'abîme en mer. Environ une demi-heure après le lancement, le deuxième étage de la fusée est rallumé pour injecter le télescope spatial sur une trajectoire à destination du point de Lagrange L2 situé à 1,5 million de km de la Terre (environ 5 fois la distance Terre-Lune). Les quatre panneaux solaires jusque là repliés sur le corps de l'observatoire sont déployés. Le 31 aout les moteurs-fusées du télescope spatial sont mis à feu durant trois minutes pour réaliser la première des deux corrections de trajectoire prévues durant le transit. Peu après l'antenne parabolique est déployée. Le premier septembre trois entretoises sont déployées grâce à des ressorts entrainant la mise en place du pare-soleil (dans le prolongement des panneaux solaires) qui faisait office jusque là d'obturateur de l'optique. Il s'agit là de la dernière opération mettant en jeu des mécanismes. Moins de deux heures plus tard le processus d'activation du coronographe est lancé. La première opération est une décontamination : il s'agit de faire en sorte que la poussière et les molécules issues du dégazage des matériaux constitutifs de la surface des structures ne viennent pas se déposer sur les optiques. Lorsque celle-ci est achevée, 12 jours après le lancement (t+12), l'instrument WFI est à son tour activé puis est progressivement amené à sa température de fonctionnement jusqu'à t+26. Les deux instruments réalisent alors des opérations d'alignement optique et d'étalonnage. Arrivé à sa destination (environ 30 jours après le lancement) le télescope spatial commence à circuler sur orbite de quasi halo de 188 400 × 807 000 km autour du point de Lagrange L2 du système Terre-Soleil,.
La mission scientifique commence environ 100 jours après le lancement. Il est prévu que les premières images prises par le télescope soient diffusées fin 2026/début 2027. La mission primaire a une durée de 5 ans toutefois le télescope emporte des consommables (ergols) garantissant son fonctionnement durant 10 ans. Les différents équipements du télescope spatial sont conçus de manière à permettre sa maintenance par une mission spatiale robotique en cours de vie,.

Le télescope spatial Roman circule autour du point de Lagrange L2 comme plusieurs autres télescopes spatiaux lancés précédemment (JWST, Euclid, Gaia). Sur cette orbite le télescope reste en permanence sur la ligne joignant le Soleil à la Terre à une distance moyenne de 1,5 million de kilomètres de cette dernière. Cela permet de maintenir de manière continue sans manœuvre la face recouverte de panneaux solaires vers le Soleil tandis que face opposée comporte l'antenne parabolique qui peut être en permanence pointée vers la Terre. Le télescope bénéficie par ailleurs d'un environnement thermique stable du fait de son éloignement de notre planète.Le point de Lagrange L2 présente deux inconvénients par rapport à l'orbite terrestre basse sur laquelle circule le télescope Hubble : l'éloignement de la Terre nécessite un émetteur radio plus puissant et une antenne de plus grande taille et pour les mêmes raisons toute mission de maintenance en orbite est à la fois plus complexe et plus couteuse.

Pour tout à la fois protéger l'optique du rayonnement solaire, maintenir sa température en dessous de la valeur nécessaire pour l'observation du rayonnement infrarouge et permettre aux panneaux solaires de fournir une énergie suffisante, le télescope est pointé en permanence dans une direction faisant un angle compris entre 54° et 126° par rapport à la direction du Soleil (0°) et le mouvement de roulis de Roman est limité à plus ou moins 15° (cf Schéma 9). L'orientation du télescope dans la troisième dimension est complètement libre. La région du ciel non observable du fait de la présence de la Terre et de Lune est négligeable. Compte tenu de toutes ces contraintes, les microlentilles gravitationnelles situées dans le bulbe de la Voie lactée peuvent être observées durant deux périodes de 72 jours chaque année (découle de la rotation du télescope autour du Soleil qui suit l'orbite de la Terre autour de cet astre). Les supernovæ sont observées dans une zone de ±20˚ entourant les pôles de l'écliptique.
Pour passer d'une région observée à une autre, l'orientation du télescope doit être modifiée. La vitesse avec laquelle le pointage du télescope peut être modifié est plafonnée par le couple fourni par les roues de réaction (1,566 Nm) et le moment d'inertie du télescope (40 000 kg.m²). La plupart des changements de pointage sont inférieurs à 1 degré. Lorsque la modification est supérieure à 1 degré, la vitesse de rotation peut être limitée à une valeur inférieure à la capacité des roues de réaction pour éviter des phénomènes de résonance dans la structure ou dans le contenu des réservoirs d'ergols. A titre d'exemples un changement de 0,4 degrés prend 39,3 secondes. Cette durée passe à 77,8 secondes pour une modification du pointage de 2 degrés et à 646 secondes pour une modification de 30 degrés.


Quatre types de relevé astronomique sont effectués :
Durant la mission primaire, environ 25 % du temps d'observation sera réservé à des propositions de scientifiques extérieurs au projet. Celles-ci seront sélectionnées par un comité scientifique. Une fois la mission primaire achevée, l'ensemble du temps d'observation sera rendu disponible.
Le programme d'observation durant la mission primaire de cinq ans, au cours duquel environ 20 000 teraoctets de données seront collectés, est résumé dans le tableau suivant :
| Type de relevé | Objectif | Région | Superficie | Durée | Type observation |
|---|---|---|---|---|---|
| Relevé champ large aux hautes latitudes (HLWAS) | |||||
| Medium | Galaxies locales, populations stellaire de la Voie lactée, relation entre les galaxies et la matière noire | Hautes latitudes | 2 400 deg2 | 17 mois | Bandes spectrales Y, J, H, spectroscopie (grisme) |
| Profond | Étalonnage pour les relevés médium et large, populations d'étoiles peu lumineuses et galaxies lointaines, quasars | ? | |||
| Large | Étude des objets peu lumineux, échantillonnage temporel des systèmes stellaires | 2 700 deg2 | Bande spectrale H, spectroscopie (grisme) | ||
| Relevé dans le domaine temporel aux hautes latitudes (HLTDS) | |||||
| Large | Origine de l'énergie sombre | Hautes latitudes | Pole nord 10,68 deg² Pole sud 7,59 deg² | 6 mois | Périodicité 5 jours, bandes spectrales R, Z, Y, J et H, spectroscopie (4,5 deg²) |
| Profond | Pole nord 1,97 deg² Pole sud 4,5 deg² | Périodicité 5 jours, bandes spectrales Z, Y, J, H et F, spectroscopie (0,56 deg²) | |||
| Relevé dans le domaine temporel du bulbe galactique (GBTDS) | |||||
| Cadence élevée | Démographie des exoplanètes par la méthode de microlentille gravitationnelle | Bulbe galactique | 6 saisons | Périodicité 12,1 minutes, bande spectrale W périodicité 12 heures, bandes spectrales Z et K | |
| Cadence lente | Recherche des événements à durée longue et autres phénomènes variables | 4 saisons | Périodicité 3 jours, bandes spectrales W et K | ||
| Instantanés | bCaractérisation des étoiles : température, métallicité, vitesse radiale | 30 instantanés dans les 5 bandes spectrales non utilisées par les relevés rapides et lents, 30 spectrographes (grisme) | |||
| Relevé du plan galactique (GPS) | |||||
| Large | Structure galactique, extinction, nuages moléculaires, population stellaires, etc. | Plan galactique : élévation ±2 degrés, longitude entre 50,1 et -271 deg | 691 deg² | 541 heures | Bandes spectrales Y, H, F184 et J |
| Temporel | 19,1 deg² | 130 heures | Bandes spectrales R, Z, Y, J, H, F184 et W | ||
| Profond | 4,8 deg² | 30 heures | Bandes spectrales R, Z, Y, J, H, F184 et W | ||
| Bandes spectrales : R = 0,48-0,76 μm, Z = 0,76-0,977 μm, Y = 0,927-1,192 μm, J = 1,131-1,454 μm, H = 1,380-1,774 μm, F184 = 1,683- 2 μm, W(ide) = 0,927-2 μm | |||||
Les échanges entre le télescope et le sol sont pris en charge par trois stations terriennes réparties à la surface de notre globe de manière à ce qu'une liaison puisse être maintenue en continu. Ces stations sont White Sands de la NASA située au Nouveau-Mexique (États-Unis), la station New Norcia de l'Agence spatiale européenne en Australie et la station GREAT de l'Agence spatiale japonaise au Japon. Les données scientifiques recueillies (1,4 teraoctets par jour soit 1 400 gigaoctets) sont ensuite traitées et distribuées par deux centres rattachés à la NASA : le STScI, connu notamment parce qu'il traite et distribue les données du télescope Hubble, et l'IPAC qui est un centre spécialisé dans le traitement des données fournies par les télescopes fonctionnant dans l'infrarouge. Toutes les données, une fois traitées, seront rendues immédiatement publiques sans la traditionnelle période initiale de restriction limitant l'accès aux scientifiques ayant contribué à la mission. Pour permettre la consultation de l'énorme volume de données produites, celles-ci seront stockées sur une plateforme de cloud dédiée baptisée Roman Nexus.
Spécifications (2015)
Caractéristiques techniques du télescope spatial
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