Toponymie normande

Drapeau de la Normandie

La toponymie normande est l'étude de noms de lieux de Normandie. Elle se distingue essentiellement de la toponymie française par un apport particulier d’appellatifs toponymiques issus de l’ancien scandinave et du vieil anglais, ainsi que par la présence d’anthroponymes norrois et anglo-scandinaves dans des composés. Ce superstrat spécifique est parfois qualifié de toponymie norma[n]nique.

Historique

Article détaillé : Toponymie française.
Principales villes anciennes de Normandie, cinq d'entre-elles : Dieppe (nom ancien inconnu), Cherbourg (attesté Coriallo au Haut Moyen Âge), Honfleur (nom ancien inconnu) et Barfleur (nom ancien inconnu) portent un nom d'origine scandinave (ou anglo-scandinave) ; Harfleur (attesté Caracotinum encore au Haut Moyen Âge), important port avant la fondation du Havre à côté, n'est pas mentionné sur la carte.

La toponymie normande est fondée sur un substrat celtique et gallo-roman conséquent, ainsi que sur un apport plus limité de toponymes (comme Hodeng, Barc, Bouafles, Avesnes, etc.) et d'appellatifs toponymiques affixés (comme -bourg, -ham, etc.) empruntés aux langues germaniques occidentales (vieux bas francique, vieux saxon) notamment dans le pays de Bray et le Bessin. En revanche, les anthroponymes germaniques entrant dans la formation des noms de domaines basés sur des appellatifs romans affixés (comme -court, -ville, -bosc, -mesnil) au Moyen Âge, sont beaucoup plus nombreux (pour toute cette partie, se référer à toponymie française). Ces caractéristiques générales ne concernent pas tous les pays normands de manière uniforme, ainsi les anthroponymes d'origine scandinave ou anglo-scandinave dominent dans le pays de Caux, le Roumois, l'estuaire et la basse vallée de la Seine, le Clos du Cotentin, les côtes ouest du Cotentin et les environs de Caen. Ils se combinent généralement à des appellatifs toponymiques issus du vieux scandinave, de l'anglo-saxon ou du gallo-roman pour former un ensemble caractéristique propre à la seule Normandie, qualifié parfois de toponymie norman[n]ique. On y rencontre également des adjectifs qui procèdent aussi du vieux scandinave et de l'anglo-saxon en composition avec des appellatifs de même origine. Dans ces régions, les éléments normaniques ont souvent supplanté les toponymes antérieurs. Ils restent des témoins de l'emploi d'une variété ou de plusieurs variétés de langues nordiques jusqu'au XIe siècle, même si le clerc tourangeau Benoît de Sainte-Maure affirme que l'on parlait encore « danois » sur les côtes normandes au XIIe siècle. Par contre, les pays normands du sud (Campagne de Saint-André, pays d'Ouche, Hiémois, Bocage virois, Domfrontais, pays d'Houlme, pays d'Andaine, Mortainais), ainsi que l'Avranchin et le Bessin non côtier ont été peu touchés par l'installation des colons nordiques et ils ont conservé un substrat pré-normanique significatif et à l'inverse, ne recèlent guère, à des degrés divers, d'éléments scandinaves et anglo-scandinaves. Le Perche ornais et les régions limitrophes (Île-de-France, Picardie, Bretagne et Maine) sont exempts de superstrat nordique, hormis quelques transferts de toponymes et quelques microtoponymes issus de l'ancien normand et non pas du scandinave (exemple : le Becquet à Saint-Paul (Picardie, Oise), la Houlle à Cancale (Bretagne) ou la Hogue à Aleth, Saint-Malo (Bretagne), etc. Ces formations toponymiques avec l'article défini roman (le ou la) sont apparues vers l'an 1000. Ailleurs en France, les spécialistes de l'onomastique ne décèlent aucune trace linguistique (toponyme, microtoponymes et anthroponymes) d'une implantation des Scandinaves.

Le présent article n'a pas pour sujet les créations toponymiques postérieures aux XIe et XIIe siècles, comme les noms en -ière basés sur un patronyme ou encore ces noms de famille pris absolument que l'on rencontre principalement dans les microtoponymes.

La spécificité régionale des noms en -ville

Noms de communes de France composés avec l'appellatif -ville. Manque sur la carte, les formations languedociennes et gasconnes en -viale, -vielle et -fielle.

Les formations toponymiques les plus répandues en Normandie sont les composés médiévaux en -ville qui signifient anciennement « domaine rural ». Cet appellatif toponymique a été employé du VIIIe siècle au XIIe siècle en Normandie, et plus particulièrement entre le IXe siècle et le Xe siècle. Les toponymes en -ville, formés sur le roman villa, sont « déjà en pleine productivité à l'époque franque », avant de se voir associer à un anthroponyme scandinave. Ils trouvent leur origine étymologique dans le latin villa rustica « grand domaine rural ».

L'exemple le plus anciennement cité (précisément daté) dans cette province est celui de Bourville en 715, sous la forme latinisée Bodardi villa et qui se traduit par « le domaine rural de Bodard(us) », Bodard(us) étant un anthroponyme germanique qui se poursuit dans les patronymes Bouard et Buard. Parmi les attestations très anciennes, on note aussi antérieurement au XIe siècle, Mondeville (Calvados, Caen, Amondevilla 989, Amundi villa en 990) composé avec le nom de personne scandinave Ámondi ou encore Ingouville (Seine-Maritime, pays de Caux, Ingulfi villam 990) avec le nom de personne norrois Ingulfr / IngulfR.

Les colons anglo-scandinaves ont donc perpétué l'usage de -ville, que les autochtones gallo-francs avaient initié. C'est de l'époque de leur installation aux IXe, Xe et XIe siècles que datent la plupart de ces formations toponymiques. L'appellatif suffixé -ville (parfois préfixé Ville- dans l'Avranchin ex : Villechien) est généralement précédé d'un nom de personne ou beaucoup plus rarement d'un autre appellatif ou d'un adjectif. Parfois, on rencontre plusieurs toponymes contigus basés sur le nom du même personnage dans les limites d'une seule commune ou de deux communes voisines, ils forment généralement des couples toponymiques ou paires toponymiques, voire exceptionnellement des triplets, quadruplets, etc. Il arrive ainsi de voir associés : Gatteville et son étang de Gattemare; Illeville-sur-Montfort et sa mare d’Illemare; Bretteville-du-Grand-Caux et sa mare de Brettemare; Ricarville (pays de Caux, Ricartville 1431) et sa mare de Ricartmare (Ricartmare vers 1379); Honnaville (pays d’Auge, Gonneville-sur-Honfleur) et sa rivière de Honfleur; Crémanville (pays d’Auge, Ablon) et sa rivière de Crémanfleur (pays d’Auge, la Rivière-Saint-Sauveur, Cramefleu, Cremafleu 1454); Muneville-sur-mer (Cotentin, Mulevilla, s. d., Mulleville sur la Mer 1503) et son ruisseau Le Mulambec; Catteville (pays de Caux, Crosville-sur-Scie) et la colline de Cathehoulle; Vatteville (Vexin normand) et son port de Vatteport; Étoupeville (Cotentin, à Sotteville, Estobavilla 1093) et son bois d’Étoublon (Stobelont vers 1000); Cideville et Cidetot (pays de Caux); Hattenville et Hattentot (pays de Caux); Iville et Vitot (Campagne du Neubourg); Acqueville (Cinglais, Achevilla 1190, Akevilla 1204) et Achelunda en 1070 - 79; Hondouville (Evrecin) et Hondemare, etc. Triplet : Appeville, Aptot et Aptuit (Roumois), etc..

Pour les formes attestées dans des documents rédigés en latin médiéval (cartulaires, chartes, pouillés, etc.), les scribes et les clercs ont utilisé de manières diverses des formes latines pour les noms aujourd'hui en -ville Le latin VILLA est systématiquement noté villa selon l'étymon latin, En revanche, le premier élément, quand il s'agit d'un nom de personne, a souvent reçu la désinence -i du génitif masculin des noms latins terminé par -us, par exemple Amundi villa en 990 (Mondeville, Calvados), ou parfois la désinence -a qui correspond à l'accord féminin avec le nom commun villa, tout comme un adjectif, donc un nominatif, par exemple Helgavilla en 1035 (Heuqueville, Eure). La désinence -us a été ajoutée aux anthroponymes d'origine germanique par les clercs, et ce, partout en France et ils sont cités de cette manière par Marie-Thérèse Morlet ou Ernest Nègre, mais pas par Albert Dauzat. Les noms de personnes scandinaves en -i (nominatif norrois) Amundi et Helgi devraient être latinisés au nominatif latin en Amundus et *Helgus, ce qui semble être rarement le cas, du moins pour le nom Helgi, qui est encore porté par un personnage Petrus Helge de Fayo mentionné dans un document latin en 1227. Le [i] scandinave était déjà passé à [ə] en normand noté e dès les plus anciennes attestations comme en témoigne la mention Amundevilla de 989. Le nominatif latin en -a des anthroponymes scandinaves en -i qui s'accorde, comme un adjectif, avec -villa, par exemple : Stalavilla en 1185 (Étalleville); Helgavilla en 1035 (Heuqueville); Cara villa vers 1024 (Carville, Darnétal); Caravilla en 1107 (Carville, Calvados); Barnavilla en 1023 - 1026 (Barneville-Carteret, Manche, Cotentin), etc., est similaire à la désinence du génitif norrois -a des noms en -i, comme l'illustrent par exemple Káratótt (Islande) ou Karatofta (Suède) équivalents des Cartot / Carville normands.

-villa / -ville
casnorroislatin médiévalnormand
nominatif Helgi Helga adj. ...
génitif Helga Helgi ...
cas sujet ... ... Heugue- / Heuque-

Les noms de personnes anglo-scandinaves terminés par une consonne ont aussi reçu une terminaison latine en -us dans les textes, comme en témoigne par exemple Torfridus, Torfredus (vieux norrois Þórfríðr, vieux danois Thorfred), personnages évoqués à l'époque de la normandie ducale, et dont on rencontre le même nom dans les nombreux Touffreville, cependant la mention latinisée du type Toffredivilla, Turfredivilla en 1230, avec -i du génitif, pour Touffréville (Calvados) reste exceptionnelle.

Par contre, de manière générale en France, les hypocoristiques germaniques terminés par -o conservent au nominatif leur -o, mais ont souvent reçu la désinence -onis du génitif (par exemple Bouzonville, Lorraine, Moselle, Buosonis villa 1106), qui correspond au cas régime de l'ancien français en -on. Ces formes en -onis / -on (parfois -an / -en) sont exceptionnelles en Normandie, contrairement à ce que l'on observe en Lorraine ou dans la Beauce par exemple. Ainsi, l'hypocoristique Boso, extrêmement fréquent dans cette province, apparaît toujours sous la forme Beuze- comme dans les nombreux Beuzeville, typiques de l'aire normande, alors qu'ailleurs on trouve Bouzonville, Bouzanville, etc.,. On peut citer aussi les Fronville de Belgique (Fredonvilla 1066) et de Champagne qui correspondent aux Fréville normands, par exemple : Fréville (Seine-Maritime, pays de Caux, Fontaine-la-Mallet, Fredivilla, Fredevilla 1035). De sorte que, par exemple, Tronville (Valcanville, Manche, Val de Saire, Tronvilla 1189), n'est sans doute pas, malgré les formes peu anciennes dont on dispose, équivalent aux Tronville (Lorraine, Meurthe-et-Moselle), Tronville-en-Barrois (Lorraine, Meuse, Tronville 1402) et Tronville (Moselle, Gorze, Trudonisvilla 1169) qui remontent à Trudon-ville, sur le nom de personne germanique occidental Trudo au cas régime et Blangy-Tronville (Somme, Trucivilla 1105) d'origine encore différente. Tronville (Manche) pourrait s'expliquer par l'anthroponyme scandinave Þróndr (vieux danois Thrond), en tout cas plus vraisemblable que Trudo, à moins qu'il ne s'agisse de tout autre chose.

En ce qui concerne la nature des noms de personnes trouvés dans les formations en -ville, François de Beaurepaire a émis l'hypothèse d'un lien familial entre propriétaires de domaines fonciers, lorsque l'on identifiait un même élément au sein de toponymes (en -ville ou non) situés à proximité les uns des autres. En effet, on peut remarquer que dans quelques cas, des éléments anthroponymiques germaniques analogues se trouvent dans des noms de domaines contigus, par exemple : Heudebouville, Fontaine-Heudebourg et Heudreville-sur-Eure. On constate que l'élément de base des anthroponymes ci-dessus est le germanique hild. Or, on sait par ailleurs que ces unités linguistiques se transmettaient par filiation de génération en génération chez les Germains. On peut donc supposer qu'il s'agissait de membres d'une même famille. Le même système de dérivation anthroponymique a peut-être existé chez les Anglo-Saxons, ce que pourrait suggérer la proximité d'Allouville-Bellefosse, d'Alvimare et d'Alvimbusc, formés peut-être respectivement avec les noms Æthelwold et Æthelwin/ Alwin sur la base du même thème æthel, à moins qu'il ne s'agisse là encore de noms de personnes issus du germanique continental indépendants les uns des autres, puisque ce type de formation anthroponymique n'a sans doute pas pu se perpétuer dans le domaine roman jusqu'au Xe siècle, les appellatifs -busc et -mare n'étant pas antérieurs à cette époque.

Nombre de ces toponymes en -ville sont basés sur un nom de personne analogue, le plus souvent norrois, de sorte qu'il existe de nombreux homonymes vrais. On ne compte plus les Colleville Ce lien renvoie vers une page d'homonymie; les Amfreville Ce lien renvoie vers une page d'homonymie; les Tocqueville Ce lien renvoie vers une page d'homonymie; les Tourville Ce lien renvoie vers une page d'homonymie; les Touffreville Ce lien renvoie vers une page d'homonymie; les Trouville; les Bretteville Ce lien renvoie vers une page d'homonymie; les Beuzeville; les Épreville; les Auzouville; les Sotteville; les Anneville et les Grainville, etc. On constate aussi une fréquence remarquable des types Englesqueville Ce lien renvoie vers une page d'homonymie et Anglesqueville Ce lien renvoie vers une page d'homonymie (anciennement Englesqueville), littéralement « ferme anglaise », ainsi que Bretteville Ce lien renvoie vers une page d'homonymie « ferme du Breton », qui signalent l'installation de colons originaires de Grande-Bretagne à l'époque viking. On ne rencontre pas ces types toponymiques à l'extérieur des frontières historiques du duché de Normandie.

Les Englesqueville Ce lien renvoie vers une page d'homonymie et Anglesqueville Ce lien renvoie vers une page d'homonymie (anciennement Englesqueville) contiennent l'adjectif roman féminin ethnique englesque (Engleske-, Englesche-) « anglaise », ancien féminin de anglois « anglais » que l'on trouve par exemple dans le Roman de Rou de Wace dans l'expression la gent englesche, tout comme un autre adjectif de nationalité dans Necqueville (Danesquevilla 1257; Nesqueville XVIIIe siècle) à Hautot-Saint-Sulpice à savoir danesque « danoise » que l'on trouve par exemple dans des textes concernant la danesche parleure ou la danesche lange, c'est-à-dire la « langue danoise » et la danesche manere, danois ayant le plus souvent le sens général de « scandinave ». En revanche les Bretteville (généralement attesté sous la forme Bretevilla dès le XIe siècle) et uniquement concentrés dans la zone de diffusion de la toponymie norroise, ne sont pas formés à l'aide d'un adjectif, mais du nom commun norrois Breti « le Grand-Breton » (génitif Breta, cf. islandais Breti même sens) qui se superpose à l'ancien français Bret (cas sujet) / Breton (cas régime).

De manière générale les toponymes en -ville construit avec autre adjectif ou un appellatif sont proportionnellement assez rares. Avec pour premier élément un adjectif, on trouve quelques Belleville, Malleville, Neuville Ce lien renvoie vers une page d'homonymie, Granville, Longueville et Hauteville Ce lien renvoie vers une page d'homonymie, formés respectivement avec les adjectifs romans belle, mal, neuve, grand, longue et haute, ainsi que d'autres plus rares comme sèche dans Secqueville (normand sèque, par exemple : Secqueville-en-Bessin, Calvados, Siccavilla 1077) ou ancien français put(e) « sale » dans Put[t]eville (par exemple Saint-Maurice-en-Cotentin, ancien Puteville). Avec un autre appellatif, généralement roman, par exemple callenge « discussion, dispute » → « terre litigieuse » (forme normande de challenge) réuni à -ville dans Callengeville (Seine-Maritime, Callengeville 1500), mais peut-être aussi scandinave comme dans les Cricqueville et Querqueville qui semblent contenir l'ancien norrois kirkja « église » (islandais kirkja, norvégien Kirke, anglais dialectal kirk).

On peut enfin souligner que la Normandie est avant la Lorraine romane, la région où se concentre le plus grand nombre de formations en -ville (cf. carte ci-dessus). On estime à 20 % environ, le nombre total des communes de Normandie formées avec l'élément -ville. D'autres estimations font part de l'existence en France de 36 591 communes au total, dont seulement 1068 se terminent par -ville (si l'on exclut les variantes du Sud de la France en -fielle, -vielle et -viale). Sur 1068, 460 se trouvent en Normandie (plus d'1/3), alors qu'elle ne compte que 3 232 communes, soit 14,2 %.

On note aussi, dans l'Avranchin principalement, quelques formations toponymiques caractéristiques de la formule inverse Ville- + anthroponyme (ex : Villechien, Villebaudon). Ce type toponymique est rare en Normandie, mais fréquent dans la Beauce, l'autre grand pourvoyeur de noms en -ville en France. Villedieu (villa Dei) n'entre pas réellement dans cette liste, puisqu'il s'agit d'une formation toponymique plus tardive liée au développement de l'ordre des templiers.

Description d'appellatifs proprement normands

Carte de la Normandie aux Xe et XIe siècles, basée sur la diffusion approximative de la toponymie normannique (en bleu).

Dans les différents pays normands cités ci-dessus, on retrouve d'innombrables noms de communes ou de lieuxdits composés avec des appellatifs norrois ou vieil anglais caractéristiques. Les principaux appellatifs toponymiques suffixés (-tot; -bec; -dal[le]; -lon[de]; -fleur; -mare; -tuit; -beuf) n'apparaissent jamais dans des toponymes attestés dans les textes datant de l'époque mérovingienne ou carolingienne, mais dans des documents qui datent au plus tôt de la fin du Xe siècle. Par exemple, -tuit est relatif aux défrichements entre 900 et 1100. En revanche, les appellatifs romans (-court, -mont, -val, -ville) sont bien attestés dans les textes mérovingiens ou carolingiens (le plus souvent en latin médiéval) mais semblent se multiplier par la suite, à l'exception de -court qui n'est plus en usage aux IXe et Xe siècles en Normandie. L'appellatif d'origine scandinave le plus fréquent est -tot, -thot, Tot, Thot, on compte en effet environ 350 formations de ce type dans la région.

Formes romanes d'appellatifs issus du vieux norrois ou du vieil anglais

Exemples
NormandieGrande-Bretagne
Elbeuf (*Wellabóð) Welby
Criquebeuf (*Kirkjubóð) Kirkby Ce lien renvoie vers une page d'homonymie
Daubeuf (*Dalbóð) Dalby
Ribeuf (*Hrisbóð) Risby
Trois Elbeuf, dont (Wellebuoth-[sur-Seine] 1070-1081, cf. Welby GB); Quillebeuf [?]; Cricquebœuf et plusieurs Criquebeuf (attestés anciennement selon le lieu : Crichebu, Crichebou(m); dont Criquebeuf. Ils correspondent à l'ancien norrois kirkjubúð, islandais kirkjubúð); Quittebeuf; plusieurs Daubeuf, dont Daubeuf-près-Vatteville (latinisé en Dalbodo en 1025 dans un texte en latin médiéval); Daubeuf-la-Campagne (Dalbuoth 1011, Dalbuth vers 1025; correspondant au nom de lieu islandais Dalbúð); Lindebeuf (Lindeboue 1110, Lindebeod 1142); Ribeuf (Risbot 1171, Risbued 1207; correspondant des Risby anglais et Rieseby, Schleswig-Holstein, Rysby 1352, danois Risby); Marbeuf (Marbuet au XIe siècle); Coimbot; Butot (Seine-Maritime, Buthetot XIe siècle), etc. Si le premier élément de Carquebut (Manche, Kerkebu 1228) s'explique bien par le vieux norrois kirkja (tout comme les noms en Crique-), en revanche le second élément n'a pas la même origine que -beuf, il n'est donc pas équivalent aux Criquebeuf, Criquebœuf. En effet, selon la majorité des toponymistes, il s'agit bien plutôt du vieux norrois de l'ouest bú « résidence, village ». Il est donc un équivalent strict des Kirby / Kirkby anglais, des Kirkeby danois et Kyrkeby suédois.
  1. avec un nom de personne : Alvimare (Seine-Maritime, Alvimara 1156, NP anglo-saxon ou germanique continental Æthelwin, Adalwin ou Alwin) ; Angommare (Seine-Maritime, Ansgomare 1241, NP scandinave Ásgautr > Angot); Saint-Vincent-d'Aubermare (Seine-Maritime, Osbermara 1264, NP scandinave Ásbjorn > Osbern > Auber); Catemare (Catemara 1199, NP scandinave Kati); Colmare (Seine-Maritime, Colmare fin XIIe siècle, NP scandinave Koli) ; Lignemare (Seine-Maritime, Anedini mare 1059 Anelini ? NP germanique Anelinus) ; Mélamare (Mellomara XIIIe siècle, NP germanique *Merlo, Mello) ; Quatremare (Eure, Guitricmara 1011 ?) ; Roumare (Seine-Maritime, Rolmara 1035, NP Hrófr > Rouf > Rou); Vicquemare (Seine-Maritime, Wiguemare vers 1210, NP Vigi); Torgemare (Seine-Maritime, La Poterie-Cap-d'Antifer, NP Thorgisl > Turgis); Huboumare (Eure, mare à Écaquelon 1256); Turgomare (Seine-Maritime, ancien hameau à Criquetot-l'Esneval, 1558, NP scandinave Þorgautr > Turgot); Turmare (Seine-Maritime, Limpiville, 1540, NP scandinave Þórr); etc.
  2. avec un autre appellatif : Étainmare (Estainmare sans date, de steinn « pierre ») ; Briquemare (Cauville-sur-Mer, Bruquemare 1488, mare de Brequemare XVe siècle, brekka « pente, déclivité » [?]); Honguemare (Hanguemara vers 1060, Hanguemara [charte de Guill. le Conquérant], Hangamara [cartulaire de Saint-Georges-de-Boscherville et M. R.], Hanguemare 1320 [cartulaire du Bec]. hang- « pente » ou hanki « boucle, courbe [de rivière] » et son homonyme Hanquemare (Seine-Maritime, pays de Caux, Heuqueville, Hankemare 1269, Hanguemare 1683); Londemare (Eure, Roumois, lundr « bois » > Londe), Vignomare (*hvein, graminée, top. norvégiens en Hveina-, danois hvene. Normand vignon, vignot, vène « ajonc »); Vinemare (Seine-Maritime, forêt de Maulévrier, Vingnemare 1329 / 1568), Iglemare (à Normanville) / Ingremare (à Ailly) / Inglemare (à Fermanville, à Amfreville-la-Campagne, à Étréville, à Belbeuf et à Ocqueville), sans doute du vieux norrois *iglr, *igla « sangsue » (islandais iglur, allemand [Blut]egel) cf. la Mare Sangseuse (à Aptot); la Mare aux Sangsues (forêt du Rouvray), etc.
  3. avec un adjectif norrois ou anglo-saxon : Houllemare (holr « creux > profond »); Lillemare (à Boncourt, lítill « petit » (> norvégien lille) cf. Lilletot, Licteltot vers 1055) ; Longuemare (Langomarra Xe siècle, langr « long ») ; Ymare (Wimara vers 1240, viðr « large » ou hvítr « blanc »), etc. N.B : les appellatifs romans d'origine bas latine (-ville, -mesnil, -mont, etc.) ne sont jamais associés à des adjectifs anglo-scandinaves dans la toponymie normande.
  4. avec un adjectif roman : Fongueusemare (Fanguosemare 1252, « fangeuse mare ») ; Parfondemare (au Hanouard, « profonde mare »); Sausseuzemare (Salicosa mara 1080, « sausseuse mare », c'est-à-dire « mare aux saules » AF saus « saule »)
  5. avec un autre nom de lieu : Hectomare (Quetomare 1374, Esquetomare 1658, « la mare d'Ecquetot »)
  6. avec un élément mal identifié (anthroponyme, adjectif ou autre) : parmi les nombreux autres toponymes en -mare, souvent sans formes véritablement anciennes, on note : Aumare (Eure, Vexin normand, Daubeuf-près-Vatteville), Bauquemare (disparu, resté comme patronyme NP scandinave Balki ? Bauque, variante de bauche « poutre » ?cf. embaucher) Bimare (à Saint-Germain-des-Essourts, NP scandinave búi comme dans les Biville ?), Binemare (à Fresquiennes), Blacquemare (à Beuzeville, NP scandinave Blakkr comme dans Blactot ou couleur ?), Blésimare (à Angerville-l'Orcher), Bottremare (à Fontaine-Heudebourg), Brémare (à Saint-Aubin-de-Crétot, adjectif breiðr « large » comme dans Brestot ou NP scandinave Breði ?), Château de Brumare, Caillemare (à Saint-Ouen-de-Thouberville), Caumare (disparu, resté comme patronyme), Cliquemare (à Sainte-Hélène-Bondeville), Cornemare (à Bolleville), Croix Commare (à Foucart), Drumare (La Cerlangue), Éneaumare (à Saint-Martin-du-Manoir), Endemare (disparu, resté comme patronyme), Équinemare (à Bosc-Bordel), Étennemare (à Limesy), Flamare (à Louvetot), Havre de Flicmare (à Gatteville-le-Phare), Frémare (Forêt Domaniale d'Arques, Arques-la-Bataille), la Gaudimare (à Allouville-Bellefosse), Gattemare (à Gatteville-le-Phare), Germare (à Saint-Mards-de-Blacarville), Goudemare (à Yquebeuf), Gremare, Grémare (disparu, resté comme patronyme), Hecquemare (à Illeville-sur-Montfort), Himare (à Berville-en-Roumois), Homare (à Saint-Léger-du-Gennetey), Intremare (à Venon), Ismare (Seine-Maritime, pays de Caux, Saint-Vincent-Cramesnil, Ismare 1509), Limare (disparu, resté comme patronyme), Loumare (à Écalles-Alix), Normare (à Belbeuf), Ordemare à (Saint-Maclou-de-Folleville), Osmare (Eure, Crestot), Péromare (à Touffreville-la-Cable), Platemare (à Houetteville), Plattemare (à Millebosc), Rétimare (à Yvetot), Rucquemare (à Cliponville), Saussemare (à Saint-Aubin-sur-Mer (Seine-Maritime)), Tennemare (à Écrainville), Trottemare (à Valletot), Vandrimare, Videmare (à Oudalle), Pellamare (à Limpiville et Hattentot, Peslamare 1278), Pellemare (à Notre-Dame-de-Gravenchon), etc. Ils sont tous situés dans le pays de Caux, le Roumois, l'Entre-Caux-Vexin, le Vexin normand, le pays de Bray normand et le Cotentin dans les zones de diffusion de la toponymie anglo-scandinave.
  7. avec Mar- comme premier élément : on peut ajouter dans la même ère de diffusion les types scandinaves Martot (Pont-de-l'Arche, Marethot vers 1160) de *Marrtopt « la ferme de l'étang », Marbeuf (Le Neubourg, Marbuet XIe siècle) de *Marrbóð « la cabane de l'étang », peut-être Martonne (Eure, Roumois, Éturqueraye, homonyme ? de la Mare-Tonne en forêt de Brotonne. Dans tous ces cas, l'usage de Mar- comme premier élément d'un composé toponymique est semblable à celui de Mar- dans des toponymes danois et suédois, cf. Martofte (DK), Martofta (S) « Martot ».
  8. Grande-Bretagne : on trouve des types toponymiques parallèles en Grande-Bretagne, comme Windermere (GB) « le lac de Vinandr » ou Buttermere (GB) « le lac de Buthar »
NB : Sans rapport direct avec le latin vicus qui a donné les finales -vy ou -vic également, et dont il n'existe qu'une seule occurrence assurée en Normandie : Neuvy-au-Houlme. Ainsi, Vicques peut être expliqué par le vieil anglais wīc, anglais dialectal wick (« village, hameau, ferme ») lui-même d'origine latine, et qui explique le maintien de l'occlusive [k] dans Vicques.

Formes romanes au pluriel d'appellatifs d'origine anglo-scandinave

En latin, la désinence -as est celle de l'accusatif pluriel féminin. En vieil anglais, -as marque le pluriel de substantifs terminés par une consonne, c'est-à-dire la plupart des masculins monosyllabiques, quelques polysyllabiques et des substantifs neutres. Il explique la désinence -s du pluriel de l'anglais moderne. Exemple : masculins stān « pierre » → stanas « des pierres », hām « home, village » → hāmas « des villages », æcer « champ » → acras « des champs »; neutres : hræfn « corbeau » → hræfnas « des corbeaux »

Analyse d'éléments norrois et vieil anglais en composition dans des toponymes régionaux

Noms d'arbres norrois et vieil-anglais

Noms d'animaux norrois et vieil-anglais

La principale difficulté dans leur identification résulte du fait que ces noms d'animaux sont aussi employés souvent comme anthroponymes

Autres éléments scandinaves

Adjectifs norrois et vieil anglais

Ils sont plus rares que les appellatifs et les noms de personne de même origine et ne sont jamais associés à des appellatifs romans.

Localisation

Ces appellatifs ne se retrouvent quasiment pas au sud de la Normandie, loin des centres côtiers, dans des régions boisées restées peu peuplées au Moyen Âge (sud du pays d'Auge, sud de l'Orne, pays d'Ouche, Bocage…). Étrangement, le Bessin, qui a une importante façade maritime, présente une faible toponymie scandinave (sauf sur une étroite bande côtière), alors que les noms celtiques et de domaines gallo-romains en -*(I)-ACU (du celtique -(i)āko-, terminaisons en -y, -ay) y sont pléthoriques, seule la microtoponymie y a un caractère nettement anglo-scandinave. Il en existe aussi quelques exemples dans l'Avranchin, région très riche en toponymes celtiques et gallo-romans (suffixe -*ACU en -ey) par ailleurs.

Microtoponymes normands

Vers l'an mil

Microtoponymes en -fosse et Fosse-

-fosse ou Fosse- comme élément toponymique représente essentiellement l'ancien français fosse, issu du latin classique fossa « excavation, trou, fossé » et du latin chrétien « tombeau ». Le sens toponymique précis est obscur, mais son sens médiéval était parfois « (lieu de) mouillage » et il semble souvent associé à un nom de personne

  • -fosse : Martinfosse (Seine-Maritime, à Angiens et à Longueil); Raimberfosse (Seine-Maritime, La Gaillarde, Rainberfosse sans date); Guerout fosse (Londinières, Grouffosse 1334, Gueroufosse 1382); Richart-Fosse (Longueil, Richart fosse 1467-68); Renaud-Fosse (Paluel, A Regnaut Fosse 1406); Connifosse (Bourg-Dun, Connynfosse 1566); Huldefosse (Bourg-Dun, Huldefosse 1576), sur Huld ou Hulda nom de personne norrois ? ressemblance, sans doute fortuite, avec Huldefoss, cascade en Norvège; Houblaufosse (Saint-Valery-en-Caux, Houblaufosse 1406); Bifosse (Saint-Riquier-ès-Plains, Biffosse 1546), sur Búi nom de personne norrois ?; Blaguefosse (Bourg-Dun, Terroir de Blaguefosse 1490), sur nom de personne norrois Blakkr ? Brunfosse (Sigy-en-Bray, Burnifosse 1410); Greffosse (Ypreville-Biville); Guenefosse (Gainneville, Guenefosse 1421) à comparer avec Guenemare (Saint-Pierre-en-Port, Terreur de Guennemare 1531) ? Guieffosse (Hattenville, Sente de Guieffosse 1564) peut-être le même que Guieufosse à Ypreville, homonymie possible avec Geffosses (Manche, Givolli fossa 1084, Guiofossa vers 1160, Guinefosse vers 1280)
  • Fosse- : Fosse-Bernier (La) (Crosville-sur-Scie, id. 1535); Fossé-Obrée (Le) (Baillolet, La Fosse Obrée 1518); Fosse-Ricard (La) (Saint-Saire, La Fosse-Ricard 1235); Fosse-Houlle (La) (Mesnières-en-Bray, la Fosse-Houlle 1585) ; Fosse-Houle (La) (Doudeville, La (sic) camp de la Fosse-Houle 1286) ; Fosse-Gambart (La) (Sigy-en-Bray, Apud fossam Ganbart 1270)

Après l'an mil

L'affermissement du dialecte normand dans l'ancien duché a fait évoluer les toponymes décrits ci-dessus jusqu'à leur forme actuelle. Une lecture moderne, parfois littéraliste, de l'orthographe ancienne les déforme souvent phoniquement : l'exemple de Cosqueville ou Isneauville, dont le s ne se prononçait plus ; Menesqueville dont le s purement graphique indiquait la prononciation è [ɛ] ou encore Sauxemesnil qui se prononce [sosmeni], le [l] final s'étant amuï, comme dans la plupart des mesnil de Normandie.

Les Normands de l'époque ducale ont nommé les lieux avec les mots de leurs propres parlers, comme n'importe quel habitant de n'importe quelle région. C'est pourquoi, notamment au nord de la ligne Joret, on rencontre un certain nombre de toponymes du type :

Toponymie normande et anthroponymie

La fréquence des anthroponymes scandinaves, anglo-scandinaves et anglo-saxons dépasse nettement le cadre des appellatifs de même origine, puisque la plupart des noms de personnes scandinaves, anglo-scandinaves ou anglo-saxons se trouvent associés à des appellatifs romans d'origine latine (type : -ville ; -mesnil- ; -val ; -mont ; etc.).

Noms de personnes scandinaves : surnoms et hypocoristiques en [i]

Autres anthroponymes norrois

Noms simples

  • Baldr dans Bauville-la-Cité (Seine-Maritime, pays de Caux, Bretteville-Saint-Laurent, Bauvilla vers 1240). Les mentions, trop récentes, ne permettent pas d'identifier l'élément Bau- avec certitude. Il se superpose au nom de personne Baldo, issu du germanique continental (qui se perpétue dans le patronyme Baud), mais qui dans ce cas, associé à -ville, aurait dû aboutir à *Baudeville.
  • Bárðr, voir Bari ci-dessus.
  • Biórr ou Bjórr (variante Biúrr) « le Castor » dans Bieurville (Seine-Maritime, pays de Caux, Bosville, Bieureville 1463) et Bieurval (Seine-Maritime, pays de Caux, Cliponville, Bieurreval 1420-1456). L'absence d'attestation d'un [n] ne permet pas de proposer les noms de personnes Biǫrn ou Biarni « l'Ours ». Albert Dauzat a proposé Biarn pour expliquer Bierville (Seine-Maritime, Birvilla 1184, Biervilla vers 1210) sans tenir compte de Bierville (Essonne, Beervilla vers 1100) et du premier élément de Biermont (Oise, Bihermont 1222) qui contiennent sans doute un nom de personne issu du germanique occidental. En outre, il n'existe aucune trace du [n] de Biarn(i) dans les formes anciennes de Bierville.
  • Blaeingr, anthroponyme que l'on retrouve dans le Möðruvallabók par exemple. Il est contenu dans Blainville-sur-Mer (Manche, Blainvilla 989 - 996), en revanche les autres Blainville sont basés sur le thème BLAD. On retrouve aussi en Angleterre Blingsby, village disparu du Derbyshire : Blanghesbi, DB.
  • Blakkr (ou Blakki) dans Blactot (Manche, anciennement Blachetot en ancien français le digramme ch note souvent [k]) cf. peut-être également dans le lieu Blacktoft GB) / Blacqueville (Seine-Maritime, pays de Caux, jadis Blacrevilla XIe siècle) et Chamblac (Eure, pays d'Ouche, Campus Blaque 1234, devrait être écrit « Le Champ-Blaque » avec l'article selon l'usage local et -aque, car ce n'est pas la terminaison -ac (issue du suffixe -acum) qui n'existe pas en Normandie, où le suffixe -acum a régulièrement abouti à -ay / -ey et dans sa version (i)acum a -y / -é
  • Bleigr ou Bleikr ou *Bleyð dans Bléville (Le Havre, SM, Bleivilla avant 1164; Blevilla 1167-1180)
  • *Blundr cf. Blund- et blundr « sommeil, assoupissement » dans Blonville (Calvados, Blunvilla 1104)
  • Brandr (vieux danois Brand) : Branville (Seine-Maritime, Saint-Aubin-Épinay, Brant villa vers 1025), Branville (Eure, Branvilla XIe siècle), Branville-Hague (Manche, Cotentin, Hague), Branmaze (Seine-Maritime, pays de Caux, Manéglise, Branmoze ou Branmaze XIXe siècle) [?], Branmesnil (Seine-Maritime, pays de Caux, hameau disparu vers La Poterie-Cap-d'Antifer, Branmaisnil vers 1040 chez Jean Adigard des Gautries, 1956 p. 230).
  • Breiðr, voir Breði ci-dessus
  • Brestir dans Bertelonde (Seine-Maritime, Criquetot-sur-Longueville, Bois de Brestelonde ou Bræstelonde en 1380) ou substantif brestr « fossé », d'où le sens global possible de « bois du fossé », le relief y étant accidenté.
  • Brokkr dans Brosville à Saint-Étienne-sous-Bailleul (Eure, Brochvilla 1025); Brosville (Eure, Brocvilla 1027); Brotonne (Seine-Maritime, Broctona, Brothona 1142, Brocthon en 1203) et le nom de deux personnages mentionnés en 1025 dans la région de Bernay (Eure) : Goiffredus Broc et Hugo Broc, le second nom représentant certainement le surnom scandinave, bien établi sur ce modèle dans Petrus Helge de Fayo au XIIe siècle.
  • Brúnn (variante Brúni) dans les Brunville tels Brunville (Seine-Maritime, Brumvilla, sic pour Brunvilla 1028 ou 1034, Brunivilla 1059, Adigard des Gautries, 1956 p. 232); Brunville (Seine-Maritime, Limesy, Brunvilla vers 1060); etc.; certains Brumare; Brumpuis (Seine-Maritime, Angerville-la-Martel, Brumpuis 1300); les Brunval (Seine-Maritime, Saint-Aubin-Celloville, Brunvallem 1250)
  • Fleinn dans Flainville (Seine-Maritime, le Bourg-Dun, Fleinvilla 1154)
  • Fótr dans les Fauville (dont les formes anciennes sont toutes du type Fodvilla et Foville)
  • Gautr dans Gauville (Seine-Maritime, pays de Caux, Saint-Wandrille-Rançon Got villa 1025 - 1026; Gothvilla 1074); Goville (Calvados, Bessin, hameau du Breuil, Gosville 1147); le Petit-Goville (Seine-Maritime, pays de Bray, ferme à Neufchâtel-en-Bray, Govil 1757) et Gottot (Manche, Cotentin, Étienville). cf. pour la phonétique avec l'élément scandinave -gautr : les Angoville sur Ásgautr, dont Angoville-en-Saire (Manche, Cotentin, val de Saire, Ansgotvilla 1164). Quant à Goti « le Gotlandais », il ne convient pas, car un toponyme en -ville aurait évolué en *Gotteville comme Soti en Sotteville. L'homographie avec les Gauville de l'Eure et de la Somme est fortuite cf. Gauville-la-Campagne (Eure, Galvilla vers 1060, Wauvilla 1181) sur nom de personne norrois Valr / Vali (vieux danois Wale) ou francique Walo; Gauville (Somme, Goovilla 1146, Gohovilla 1160) sur nom de personne germanique occidental Goto / Godo ou Godulf
  • Grímr / GrímR (vieux danois Grim). Souvent sous la forme Grinius en latin médiéval, dans certains Grainville (Seine-Maritime, pays de Bray, Grainville-sur-Ry : Grinvilla 1055-1066; Seine-Maritime, pays de Caux, Grainville-la-Teinturière : Grainvilla 1060 - 66, Grinvillam 1082 - 87; Grainville, Londinières : Grinvilla vers 1034; Grainville, Brametot : Grinvilla vers 1240); Grimbosq; Graimbosc (Saint-Jean-du-Cardonnay et Malaunay, Graimbosc 1392); Mesnil-Grain, Grainval (Fécamp, Grinval vers 1040); Grintuit (Longueil, Grintuit 1467-1468); le Grimbourg (ou le Graimbourg, Cuy-Saint-Fiacre). En revanche, Grainville-sur-Odon et Grainville-Langannerie se composent plus probablement du nom de personne germanique Gairinus / Garinus
  • Hákon / Hakon (vieux danois Hakun), hypothétique, faute de formes anciennes dans Hacqueville, hameau à Granville (Manche) et Hacqueville, hameau à Pirou (Manche). Ils sont peut-être basés tous les deux sur le même personnage dénommé Hakun, Hakon qui aurait donné son nom à Agon à 18 km au sud de Pirou et à 35 km au nord de Granville [?], bien que des raisons phonétiques semblent s'y opposer.
  • Háls / Hals : Hauville (Eure, Roumois, Halsvilla 1014); Hautonne [?] (Eure, Roumois, à 8 km de Hauville)
  • Hildir : Héritot (Calvados, pays d'Auge, Cléville, Heldestot XIIe siècle), se superpose au nom de personne germanique occidental Hildarius dans Heudreville (Eure, Auvillars, Heldrevilla 1189); Heudreville (Eure, Nonancourt, Hildrevilla 1160)
  • Huldr (variante Huld), conjecturellement *Huldi, ou Hulda (nom féminin) dans Houdetot (Seine-Maritime, Huldetot vers 1025); 2 Houdemare (Seine-Maritime, Gonfreville-Caillot et Limpiville); Huldefosse (Seine-Maritime, Bourg-Dun, Huldefosse 1576)
  • Hvít(r) (vieux danois Hwit) > anglo-scandinave *Wit dans Vitot / Iville (Eure); Yville-sur-Seine (Seine-Maritime, Wit villam vers 1025), etc.
  • Ingil dans Ingleville à Tocqueville (Manche)
  • KalfR (variante Kálfr) « l'Agneau » dans Cauville (Calvados, Thury-Harcourt, Calvavilla 1082) ou bien « domaine rural chauve » c'est-à-dire « dénudé, sans arbre » cf. Caumont, Chaumont, ou « du Chauve » (ancien normand cauf « chauve »). En revanche, Cauville-sur-Mer (Seine-Maritime, Calvelvilla 1040-1066) contient certainement le nom de personne Calvel > Cauvel, variante septentrionale de Chauvel
  • Klakkr / KlakkR (vieux danois Klak) dans les Clasville / Claville, Mesnil-Claque (Seine-Maritime, Entre-Caux-Vexin, jadis Mesnilclac), Clatot, ancien hameau à Clasville cf. Clacton GB et Harald Klak
  • KlippiR / Klippir peut-être dans Cliponville (Seine-Maritime, Cliponvilla vers 1025) avec changement de finale cf. Heugon et Agon
  • Krákr dans Crasville, Craville, Crabec (Havre de, Manche), peut-être Craque-Mesnil (Manche, Brix)
  • Krókr / KrókR (vieux danois Krok) dans Cropus (Seine-Maritime), Crosville-sur-Scie (Seine-Maritime, Crocvilla vers 1020), Le Mesnil-Croc (Manche, aujourd'hui Faubourg du Pré à Saint-Lô ; Maisnillum Croc en 1174), Crosville-sur-Douve, etc.
  • Randr (vieux danois Rand) ou Rán (nom féminin) dans Ranville (Calvados, Ranvilla 1066), Rantot (Manche), Randal (Manche). Les ressemblances avec Ranville (Charente) et Rainville (Lorraine) sont fortuites, Ranville (Charente) est un ancien Aranvilla (1254) et Rainville, un ancien Ratanevilla, Redinevilla (XIe siècle)
  • Smiðr (vieux danois Smith) : Émiéville (Calvados, Esmitvilla 1129); Émainville (Eure, Smit villa vers 1024)
  • SpáR (vieux suédois Spa, donc on peut supposer un vieux norrois de l'est *Spa) : Épaville, nom de trois hameaux au moins : à Heuqueville (Seine-Maritime (Seine-Maritime, pays de Caux, Espaville 1482), à Sainte-Croix (Seine-Maritime, Montivilliers, Épaville 1620) et aux Pieux (Manche, Cotentin, Épaville)
  • Starr (vieux danois Star) : Éterville (Calvados, Starvilla XIIe siècle)
  • Spiót (variantes Spióti, Spiútr, Spiut) > anglo-scandinave *Spot dans Épouville (Seine-Maritime, Espovilla 1035, Espovillam 1178) cf. Spotland (Lancashire)
  • Teitr : Théville (Manche, Tedvilla, Teivilla, Theyvilla, Villa Teth en 1021-1025)
  • Þórr (vieux danois Thor) dans Turmare (Seine-Maritime, Limpiville 1540); Turmoulin (Seine-Maritime, Héricourt-en-Caux, Turmolin 1181-1183); tous les Tourville : les formes anciennes sont du type Tor villam 996 - 1026 (Tourville-la-Rivière); Turvilla 1025 - 1026 (Tourville-la-Chapelle); Torvilla vers 1060 (Tourville-sur-Arques) ne permettent pas de proposer comme anthroponymes Þórðr (forme contractée de Þórfreðr) ou Þórfi.
  • Þræll, rencontré dans la Rígsþula de l'Edda poétique (þræll signifiant « esclave », d'où danois træl « esclave »), dans Tréauville (Manche) si la forme Trelvilla citée en 1057 est correcte, cependant c'est plutôt *Treelville dont il s'agit.
  • Þróndr (vieux danois Thrond) dans Tronville (Valcanville, Manche, Val de Saire, Tronvilla 1189), homophonie sans doute fortuite avec Tronville et Tronville-en-Barrois, deux communes de l'est dont le nom remonte à un Trudon-ville, sur le nom de personne germanique occidental Trudo au cas régime, ce cas ne se rencontrant en principe pas en Normandie dans les formations en -ville
  • Valr ou ValR : Vaucottes (Seine-Maritime, pays de Caux, Vaucote 1461-62); Vautuit (Seine-Maritime, pays de Caux, Wautuit XIIIe siècle) / Vauville (Walvilla 1054)
  • Varr dans Varreville ? (Calvados, Neuilly-la-Forêt, Varvilla 1294)

Noms composés

  • AldulfR dans Audouville-la-Hubert (Manche, Aldulfi villa 1040 - 1053). Il se superpose au nom de personne anglo-saxon et germanique continental Aldulf, que l'on retrouve quant-à-lui dans le lieu non identifié de Picardie Aldulfi curtis attesté en 843
  • Álfmóðr, Almóðr, Almod dans Aumeville-Lestre (Manche, Almevilla 1126); Ammeville (Calvados, Almovilla 1108). Il se superpose au nom de personne germanique continental Almod(us)
  • Alfvaldr > anglo-scandinave A[l]ward, Alware dans Le Mesnil-au-Val (Manche, Mesnillo Auvar XIIe siècle, Mesnillo Awari 1220)
  • Arnketill / Arnkætill dans Arthéglise (Manche, Archetiglise vers 1150). C'est peut-être ce nom que l'on trouve sous la forme Archeter [de Guéron] (Calvados, 1066-82, Bates 91). Ce type de formation nom de personne scandinave + église ou (-glise, par aphérèse de /e/ ou /i/) se rencontre également dans Buglise (Seine-Maritime, Ecc. de Buiglise vers 1240, sur nom de personne scandinave Búi) et dans l'Ecluse, lieu-dit de la commune de Saint-Martin-le-Gréard (Manche, Coleclesia vers 1000 : *Coliglise, *Coleglise, sur nom de personne scandinave Koli). Ces formations toponymiques romanes septentrionales, de type précoce, sont parallèles aux toponymes germaniques occidentaux et scandinaves en -kirch(e), -kerk(e), -kirk « église » souvent précédés d'un nom de personne. En Normandie, ce type toponymique entièrement germanique est aussi illustré par Yvecrique (Seine-Maritime), basé sur l'ancien norrois kirkja « église » et le nom de personne d'origine germanique Ivo > Yves. L'évolution *Arnketil- > *Archete(u)- > *Artete- > *Arthe- est comparable en toponymie à celle observée pour d'autres anthroponymes comprenant l'élément ketill / kætill « chaudron » cf. ci-dessous Teurthéville-Hague (Manche, Torquetevilla XIIe siècle) ou Ancteville (Manche, Ansketevilla 1196, Anschetelvilla, sans date). Le digramme ch (ou trigramme sch) note parfois [k] (ou [sk]) (cf. aussi Ancourteville, Seine-Maritime, Anschetilvilla vers 1024 ou Turquetil d'Harcourt souvent noté Turchetel, Turchetil).
  • Ásgeirr / ÁsgæiRR : peut-être Augertot (Seine-Maritime, pays de Caux, Virville); Angerville (-la-Martel, Seine-Maritime, Ansgerivilla 1112; l'Orcher, Ansgervilla 1199); Angreville (Seine-Maritime, pays de Bray, Douvrend, Ansgeri villam vers 1034). Il se superpose au nom de personne germanique continental Ansgar que l'on trouve dans Angerville (Essonne, Ansgerii villa 1079)
  • Áskell / Áskæll > anglo-scandinave *Oskel dans Ocqueville (Seine-Maritime, pays de Caux, Oskevilla vers 1150, Osche villa 1177)
  • ÁslæikR / Asleikr dans Annebecq [?] (Orne) / tous les Anneville cf. Anneville-Ambourville (Seine-Maritime, Anslecvilla 1057). Ancien anthroponyme Anlec (attesté à Jersey en 1306 et à Hémevez vers 1320) cf. latinisation en Ansleicus.
  • Ásviðr > anglo-scandinave ou vieux norrois de l'est Oswith dans Anvéville (Seine-Maritime, pays de Caux, Ovevillam vers 1210)
  • Auðgrímr / AuðgrímR > anglo-scandinave Ougrim : Le Mesnil-au-Grain (Calvados, Maisnil Ougrin en 1198)
  • Bároðr / Bárøðr dans [Cany]-Barville (Seine-Maritime, pays de Caux, Barevilla 1177 - 1178) et Barville (Barevilla XIIIe), voir Bari ci-dessus.
  • Bifurr ou Bifliði dans Bifreville [?] (Seine-Maritime, pays de Caux, Saint-Martin-aux-Buneaux, Bifreville 1419) et Bivetot (Seine-Maritime, pays de Caux, Saint-Paër, Ham. de Byvetot 1633)
  • *Bretakollr : anthroponyme hypothétique d'après le nom de personne anglo-scandinave Bretecol attesté, dans Brectouville (Manche, Cotentin, Britecolvilla 1159)
  • Eymóðr peut-être dans Ymouville (Manche, Cotentin, Orval-sur-Sienne)
  • Fastúlfr / FastulfR (vieux danois Fastulf) : Fatouville-Grestain (Eure, Fastovilla 1140), Fatouville, etc., Fastolessart (Saint-Vaast-d'Equiqueville, XIIe siècle).
  • Flottamaðr > anglo-scandinave Floteman dans 3 Flottemanville, dont Flottemanville-Bocage (Manche, Flotemanvilla en 1147 et Flottemanvilla en 1250) et Flottemanville-Hague (Manche, villam que noncupatur Flotomannum en 1051 - 1066). Extrait du TVEGGIA P0STOLA SAGA PETRS OK PALS « Eigi em ek flottamaðr, helldr hraustr riddari mins konungs. Ef ec vissa eigi vist, at ek skyllda fyrir 4° þenna dauða koma til lifs oc dyrðar, þa munda... ». Même élément dans le toponyme anglais Flotmanby (Yorkshire). Une forme du nom commun vieil anglais est flotmån(n) « marin, pirate, Viking »
  • GangulfR (vieux danois Gangulf) dans Gauquetot (Seine-Maritime, Hameau à Riville, Gangetot 1177 - 1189; [Adam de] Gangetot, sans date) ou appellatif gangr « passage, corridor » comme Gangetoft, GB, Lincolnshire, Gangetoft 1242. Remarque l'évolution Gangulf > Gange- en 1177 ne va pas de soi, mais François de Beaurepaire constate que le second élément d'un nom de personne composé de deux éléments (-ulf dans ce cas) s'amuït souvent pour ne laisser qu'une trace sous forme de -e, par exemple : Gonneville-sur-Dives (Gonnolvilla en 1082, Gonnouvilla en 1198, Gonnevilla au XIVe siècle). Il dit implicitement qu'il a pu s'amuïr assez tôt (XIIe siècle) pour n'aboutir qu'à -e. Cf. les Gonneville, Gonnetot de Seine-Maritime
  • Geirmundr, variante GæiRmundr ou vieux danois Germund dans Grosmesnil (Saint-Romain-de-Colbosc, Germuntmesnil vers 1060) et Grémonville (Germu[n]divilla 1049). En revanche Gromesnil (Grosso masnili 1147), ancienne paroisse rattachée à Cottévrard contient l'adjectif roman gros au sens de « grand ». Remarque : il se superpose au nom de personne francique Germund. En France, le patronyme Germont est surtout attesté dans l'Orne et Grémont dans la Seine-Maritime. Régionalement Guermont est surtout attesté en Normandie.
  • Grímketill (parait attesté) / *Grimkætill (formes contractées en Grímkell et vieux danois Grimkil) ou Geirsteinn dans Grinthéville (Manche, Clitourps, anciennement Grainthéville, Gerstenvilla [?]) dont le premier élément est vraisemblablement le même que dans Grímr / GrímR ci-dessus et le deuxième, la forme prise dans la Manche par ketill / kætill comme second élément devant un appellatif, c'est-à-dire réduit à -the- (alias -thé-) cf. ci-dessus Arthéglise, Ancteville et ci-dessous Teurthéville. Cependant, si la forme Gerstenvilla est juste, par métathèse *Grestenvilla > *Grentesville, sur Geirsteinn en vieux norrois.
  • Grímmundr dans Grémontmesnil (Blangy-sur-Bresle, Grimont maisnil, Grimunt maisnil 1059, Grimunt maisnil 1170); Grimonval (Roncherolles-en-Bray, In Grimonvalle 1199)
  • Gunnvǫr (vieux danois Gunnur, norvégien Gonnor), nom de femme, dans la Haie-Gonnor (ou la Haie-Gonord, Haia-Gonnor 1172; Haiam Gonnor 1199; la Haie-Gonnor 1762; La Haie-Gonnor 1953). Gonnor est la graphie régulière depuis le Moyen Âge, les formes modernes -Gonor ou -Gonord sont erronées.
  • Hárekr (vieux danois Harek) ou Háreki dans Hacqueville (Eure, Haracavilla 1130, Harachivilla, sans date, Harachavilla 1234); Herqueville (Eure, Harachivilla 1150 [?], Harquevilla 1308); Herqueville (Manche, Cotentin, Herquevilla vers 1190); Herquetot (Cotentin, Vasteville, Herquetot 1417); Herquemoulin (Cotentin, Hague, Beaumont-Hague, près de Herqueville) (voir aussi Hergeirr ci-dessous); Herquemare (?) [Terroir de] (Seine-Maritime, pays de Caux, Harcanville, Herquemare 1580). Il se superpose au nom de personne germanique occidental Hariko (latinisé en Hairicus, Hericus), dont l'association avec -tot est improbable
  • Hásteinn dans Hattenville (Seine-Maritime, Hastingi villa 1032 - 1035) / Hattentot (Seine-Maritime, Hastentot en 1456, de *Hásteinntoft cf. William de Hastentoft, baron anglo-normand) et Hattainville (Manche, Hasteinvilla vers 1175). Cet anthroponyme est souvent latinisé en Hastingus en latin médiéval
  • *Helgimaðr dans Hecmanville (Eure, Heuguemanville 1331), le nom commun helgimaðr étant attesté en vieux norrois. Extrait du Morgunblaðið du  : GEIRLAUGARSÝNIR « Æpti hún Geirlaug, . þá út í tún kom. Heyrðist henni helgimaðr. hringja klukku. Þá var þetta trítill. sem hristi brók sína. Svo var hún heimsk »
  • Herborg, nom de femme, dans Herbouville (Seine-Maritime, pays de Caux, Saint-Ouen-le-Mauger, Herborvilla, XIIe siècle, Herborvila 1217) / Herboumesnil (Herburmaisnil 1040-1066, Adigard des Gautries 1957, 155), la forme norvégienne moderne est Herbor. Possibilité de son correspondant germanique continental Heriburg
  • Hermóðr / Hærmóðr : dans Hermeville (Hermodi villa fin XIIe siècle), plutôt que l'anthroponyme Hermod issu du germanique occidental (cf. vieux haut allemand Herimot)
  • *Herfastr (ou vieux danois, vieux suédois Ar[n]fastr), probablement dans Leffard (Calvados,villa Sancte Marie de Erfast sans date; Beate Marie de Lerfast 1284; Lerfast en 1311 (charte de Villers-Canivet, n° 291). Le nom de personne Herfast était en usage dans la Normandie ducale.
  • Hergeirr, latinisé en Herigarius dans Herqueville (Manche, Herguevilla vers 1165; Herquevilla vers 1190, Hergueville, forme constante jusqu'au XVe siècle), Herquemoulin (Manche, Beaumont-Hague), Herquetot (Manche, Vasteville)
  • HolmgæiRR / Hólmgeirr (vieux danois Holmger, vieux suédois Holger) dans Hougerville (Seine-Maritime, pays de Caux, Fécamp, Holgervilla sans date; Hogervilla, Hougervilla en 1207); Holgueville (Seine-Maritime, pays de Bray, Flamets-Frétils, Holguevilla 1156-1161)
  • Hugleikr dans Heugleville-sur-Scie (Seine-Maritime, Huglevilla vers 1135) vers 1135 et Hugleville-en-Caux (Seine-Maritime, Huglevilla vers 1071). Islandais moderne Hugleikur. Ce nom est illustré par le Hygelac anglais du Beowulf. Chrétien de Troyes le latinise en Chlocilaicus.
  • Hundólfr dans Huntolf (vers 1000) élément de toponyme disparu de la région au nord de Bricquebec et des Pieux (Cotentin); Hondouville (Eure, Hondovilla vers 1050); Andouville (Seine-Maritime, Saint-Paër, Hundovilla 1214); Champ-Houdouf (Le) (Fontenay-le-Pesnel, Campus Houdouf 1273, il peut s'agir aussi du nom de personne norrois UddulfR).
  • Húskarl dans le toponyme latinisé disparu Vallis Huscalli à Flottemanville mentionné en 1274 et dans l'anthroponyme Huscaille cité à Omonville-la-Rogue en 1263. Remarque : Karli / Karl a souvent évolué en Caille- (exemple : Cailletot) devant un autre appellatif, cela correspond généralement à la francisation de Calle- (exemple Cal(le)tot) qui en est l'évolution régulière (effacement de [r] devant [l], assimilation)
  • Ísarr dans Isaville (Morville-sur-Andelle, Isaville 1520) ou plutôt le nom biblique Isaac que l'on rencontre dans Camp-Isaac (Cottévrard, Eu cam Ysaac vers 1266) à 30 km et Landisacq (Orne, Landa Ysaac 1350)
  • *Kaupmaðr (nom commun kaupmaðr « marchand ») dans Commanville (Seine-Maritime, pays de Caux, Cany-Barville, Commanvilla 1177-1189, Comanvillam fin XIIe siècle); Commanville (Seine-Maritime, pays de Caux, Isneauville); Commandal (Manche, le Vast). Cependant, bois de Commainville, Bourgogne.
  • *Kirkjumaðr > anglo-scandinave Kirkeman dans Criquemanville, aussi Cricquemanville. Le nom commun kirkjumaðr est attesté.
  • Kolbeinn (ou Kolbæin) dans Compainville (Seine-Maritime, Coupeinvilla en 1191, Cobeinvilla vers 1200 et Cobbenivilla en 1237) avec attraction de l'ancien français compain, cas sujet de compagnon, devenu copain.
  • Kolgrímr dans Valcongrain (Calvados, Ecclesia de Colgrino en 1096)
  • *Kristmaðr (vieux suédois Kristman 1238, le nom commun kristmaðr est attesté en ancien norrois) dans la Haute- et Basse-Crémonville (Eure, Vexin, Saint-Étienne-du-Vauvray, Cremanville, 1840), mais plus probablement du nom d'homme germanique occidental Craman ou Caremannus comme dans Crémanville / Crémanfleur (pays d'Auge, Cramanflucti sans date)
  • Liðvarðr dans Linverville (Livervilla 1175) qui convient mieux phonétiquement que le nom anglo-saxon Leofred / Levred
  • *Marrfold ou *Marrfolk, anthoponymes norrois de circonstance servant à expliquer l'élément Marfo- du toponyme Marfauville à Fontenay, (Marfoville XIIIe siècle), bien qu'en principe les éléments FOLK et FOLD ne se retrouvent jamais en seconde position des noms de personnes. (voir ci-dessous : autre explication)
  • Mikjáll, forme norroise correspondant à Michael (qui a aussi donné le nom français Michel), dans Miquetot (Seine-Maritime, pays de Caux, Angerville-la-Martel, Miketot sans date, [R. de] Mikieltot 1299, Miquieltot 1462-65, Micquetot 1583)
  • Morfar, mais aussi Morfare et Morfari. Il s'agit à l'origine d'un surnom signifiant « celui qui voyage en Islande » et comparable au sobriquet que les Islandais utilisent pour se dédigner eux-mêmes morlandi, composé à partir du mot morr « suif, graisse ». Dans Montfarville (Morfarvilla 1260), peut-être Marfauville à Fontenay, (Marfoville XIIIe siècle) par métathèse *Morfa(r)ville > Marfoville, motivée principalement par les noms en Mare- (mare)
  • Óspakr ou ÓspakR: Le Mesnil-Opac (Manche, Maisnillo Ospac 1180 - 1189)
  • Skarpheðinn (cf. islandais moderne Skarphéðinn) ou *Skarphiðinn dans Écrepintot (pays de Caux, Scripintot, fin XIIe siècle).
  • SǽulfR / Siólfr dans Siouville (Cotentin, Seolvilla vers 1200, Syovilla vers 1280) et Sciotot (Cotentin, les Pieux) avec une graphie Sc- aberrante.
  • *Sigbrandr dans Cibrantot (Terre de Sibrantot, 1676, mem. de la Société des antiquaires de Normandie, 1852). Forme reconstruite d'après l'ancien suédois, le norvégien Sigbrand et l'islandais Sigurbrandur, anthroponyme principalement norvégien.
  • Sigfridr / Sigfreð (variantes de Sigfrøðr) dans Chiffretot (Calvados, pays d'Auge, Moutiers-Hubert); Chiffreteau (Orne, pays d'Ouche, Montreuil-l'Argillé, anciennement Chiffretot); Chiffrevast; Chiffreville (Sigefridisvilla 1035); Cheffreville-Tonnencourt (Sigefredivilla 1135, Seicfredi villa XIIe siècle). Il se superpose au germanique occidental Sigfrid(us), Sigfred(us) (vieux haut allemand Sigifrith) dont l'association avec -tot est improbable.
  • Siggarðr (cf. norvégien Siggard) dans le Mesnil-Sigard. Seul l'emploi de cet anthroponyme postérieurement au IXe siècle et la consonne géminée g peuvent justifier du maintien d'un [g] intervocalique, excluant du même coup l'anthroponyme germanique Sighard, qui aurait abouti à *Siard par amuïssement régulier du [g] intervocalique, comme dans le patronyme franco-provençal Siard (en revanche la langue d'oc conserve régulièrement la consonne intervocalique d'où la forme Sicard issue du germanique continental).
  • Siggautr dans Mesnil-Sigot (Mesnillum Segot, début XIIIe siècle; Mesnil-Segot 1451; Le Mesnil Sigot 1460-1461), Sigosville, ferme au Ham., Sigosville, hameau à Sainte-Mère-Église. Ne pas confondre avec le nom d'origine germanique continentale Sig(w)ald qui aurait donné *Siaud par amuïssement régulier du [g] intervocalique, comme le patronyme français Siaud (conservation régulière de la consonne intervocalique en occitan d'où Sigaud, Ségaud, parfois orthographié Sigot, issu du germanique continental et porté comme patronyme dans le midi).
  • Sigmarr (variante vieux danois Sighmar) dans le Thuit-Simer (Eure, Tuyt Symer 1259) et Smermesnil
  • Skammhals > vieux danois Skammel : Équemauville (Calvados, Scamelli Villae 1048), le Scamelbec (Seine-Maritime, ancien ruisseau à Moulineaux), Cannetot (Eure, Fourmetot, anciennement Scameltot)
  • Styrkárr (vieux danois Styrkar) : Turcaville (Manche, Sturgarvilla 1048)
  • Þórfríðr (vieux danois Thorfred) attesté dans les textes latins de la Normandie ducale sous les formes Torfredus ou Torfridus dans une dizaine de Touffreville, Touffréville et Touffrécal (Fresnoy-Folny, Torfrescalis en 1156-1161); Mesnil-Touffrey (Le) (Calvados, Barbery, Mesnillum Touffredi 1284, Mesnillum Toffredi M. Toufredi XIVe siècle)
  • SvartungR > anglo-scandinave Swarting dans Surtainville (Manche, Sortinvilla vers 1062)
  • Þormóðr (vieux danois Thormoth) : Trémauville (ex. : Trémauville, canton de Fauville-en-Caux, Tormodi villa en 1023, Tormot villa vers 1025); Tourmauville de Normandie (cf. Tourmauville, hameau de Baron-sur-Odon, Calvados, Tormovilla en 1172); Tourmetot, nom de lieu disparu du Bessin.
  • Valgerðr (féminin) ou Valgarðr (masculin) > anglo-scandinave *Walgerth / Walgarth dans Vergetot (Seine-Maritime, pays de Caux, Walgertot fin XIIe siècle). cf. Walgarth Court (GB, Northampton, Holcot). Les anthroponymes germaniques occidentaux Waldgarius ou Wal(a)gerius ne conviennent pas car il n'est pas sûr qu'ils soient attestés par ailleurs en Normandie et il est peu probable qu'ils aient pu être associés à l'appellatif tot.
  • Vifíll ou Vifill dans Veauville-les-Baons (Seine-Maritime, pays de Caux, Wivelvilla vers 1050)
  • Vífríðr (vieux danois Wifrith) dans Infreville (Eure, Roumois, Bourgtheroulde, Wifrevilla 1213; Wifrevilla Wifreivilla ; Iffrevilla 1215) et Vinfrainville (Seine-Maritime, pays de Caux, Cany-Barville, Wifreiville 1248). N'ayant aucune trace d'un t après Wi-, ces deux toponymes se situant dans l'aire de diffusion de la toponymie anglo-scandinave, il n'est pas nécessaire de proposer le nom de personne germanique continental Witfrid(us) qui convient moins bien.
  • Víðarr (vieux suédois Wiar) dans Vierville (Manche, Calvados, Wiarevilla 1158) et sans doute Viertot (Seine-Maritime, pays de Caux, Épreville, Viertot 1412)
  • Víðfari > anglo-scandinave Wivar dans Virville (Seine-Maritime, pays de Caux, Wivarevilla v. 1210) (cf. Weaverthorpe, jadis Wiveretorp v. 1110, GB et Wiverton, jadis Wivreton fin XIe siècle).
  • Wiburgh (nom féminin vieux danois) ou plutôt son correspondant germanique occidental Wiburgis dans Ybourville (Seine-Maritime, Bouville, Wiborvillam fin XIIe siècle).
  • *Ysteinn dans Inthéville (Manche, Cotentin, Fermanville, Usteinvilla vers 1170), variante du vieux norrois Eysteinn et Oysteinn, cf. ancien norvégien dialectal (Vestlandet) Ystein.

Anciens prénoms norrois ayant donné des noms de famille normands

Noms de personne anglo-saxons dans la toponymie normande

noms simples

  • Broc dans Brosville (Eure, Broovilla vers 1190) et le hameau homonyme à Saint-Étienne-sous-Bailleul (Eure, Brochvilla ou Brothvilla 1025). Un certain Goiffredus Broc est mentionné dans la région de Bernay en 1025. Cependant, nom de personne scandinave Brokkr de même sens (voir ci-dessus)
  • Cud(d)a dans Coudeville (Manche, Coudevilla vers 1280). cf. Cudham (GB, Gtr London, Codeham 1086); Cudworth (GB, Somerset, Cudeworde 1086))
  • Dudda / Dodda dans Doudeville (Seine-Maritime, Dodevilla XIIe siècle)
  • Duddel dans Doudeauville (Seine-Maritime, Dudelvilla 1152); Doudeauville-en-Vexin (Eure, Dudelvilla XIIe siècle)
  • Hwita dans Vitot / Iville (Eure); Yville-sur-Seine (Seine-Maritime, Wit villam vers 1025), etc. cf. Whittington (GB, Staffordshire, Hwituntun 925); Whittingham (GB, Cumbria, Hwitincham vers 1050), etc. On peut y voir cependant le nom de personne vieux norrois Hvítr (vieux danois Hwit) > anglo-scandinave *Wit
  • Lufa dans Louvetot (Luvetoth 1024 - 1026), Louvedalle [?] cf. Leesthorpe (GB, Luvestorp XIe siècle); Lovington (GB, Somerset, Lovintun 1086); Luppitt (GB, Devonshire, Lovapit 1086); etc.
  • *Peola dans plusieurs Pelletot (Seine-Maritime, Le Catelier, Peletot XIIe siècle); Pellemare (Seine-Maritime, Notre-Dame-de-Gravenchon, Pellemare 1685) cf. Pelton (GB, Durham), Pelham (GB, Peleham 1086).
  • Smala dans Saint-Sauveur-d'Émalleville (Seine-Maritime, pays de Caux, Esmallevilla 1177-1189) et Émalleville (Eure, Smalavilla et Esmalevila 1170). Il existe aussi l'adjectif smálr « petit » en ancien norrois qui a pu être utilisé comme surnom *Smálr. cf. Smalby, Danemark

composés avec l'élément stān (pierre)

  • Æðelstān (Æthelstan), forme réduite Alestan dans Lestanville (Calvados, anciennement Alestanvilla 1195). cf. L'Etantot (Seine-Maritime, anciennement Alestantot).
  • Dunstān (Dunstan) dans Dénestanville (Dunestanvilla 1142)
  • Leodstān ou Leofstān, forme réduite Lestan dans Lestanville (Seine-Maritime, pays de Caux) et Létantot.
  • Winstān > anglais moderne Winston dans Vénestanville (Wenestanvillam XIIe siècle).

autres composés

  • Alware (forme anglo-saxonne du nom de personne norrois Alfvard / *Alfvǫrðr) dans le Mesnil-au-Val (Manche, Mesnillo Auvar XIIe siècle; Mesnillo Awari 1220), dans le pratum al War cité dans un titre de l'abbaye de Cherbourg et dans Varville (Manche, Avarville 1270)
  • Æðelwine > Alwin : Alvintot, Alvimare, Alvimbuc (Alvinbusc w. d.)
  • Æðelwold : Allouville-Bellefosse (Adelolvilla vers 1050) cf. Alwoodley (GB, Leeds, Aluuoldelei 1086, Adelualdesleia 1166)
  • Baldhere dans Beautot (Baltretoth vers 1025; Baudretot 1210) cf. Baldersby (GB, Baldrebi 1086); Bawdeswell (GB, Norfolk, Baldereswella 1086); Bawdsey (GB, Suffolk, Baldereseia 1086)
  • Bardulf / Bardolf [?], nom porté par les barons Bardolf, lié à la paroisse de Stoke Bardolph en Angleterre et dans Bardouville dans le Roumois (Bardulfi villa vers 1060)
  • Calvert : Cauverville-en-Roumois (Calvervilla 1236 - 1244), etc. cf. GB Calverton, Calverhall, Calverley
  • *Culvert dans les nombreux Cuverville (Culvertvilla XIIe siècle, Culverti villam 1034, etc.), nom anglo-scandinave et les nombreux toponymes anglais contenant l'élément Culvert-, comme Culverthorpe (en); Kilwardby (Culvertebi vers 1125); Culverton, etc.
  • Cynemund : Quinemontot (Offranville, Quinemontot 1328). Nom rare porté par un évêque d’Hereford au IXe siècle. cf. GB, Chenemundescot 1086
  • Cynewald > Kenewald dans Canouville (Kenualdi villa 1025-26). Cynewald, nom porté par un roi de Mercie au VIe siècle. Kenewald est encore attesté dans un poème anglo-normand du XIIIe siècle La vie Seinte Audrée (« Grant ost et grant gens assembla. Et soer Kenewald les mena. Cil n'out aye ne socurs, Si l'estuet aler ailliurs. Tot son reaume deguerpi. Et au rei Anne s'enfui. Cil bon rei Anne le retint Treis anz entiers; issi avint Ke il receut crestienté .. »
  • Grimbold dans Saint-Sulpice-de-Grimbouville (Eure, Grimboldi villam au XIIe siècle); Graimbouville (Seine-Maritime, Grimbovilla 1165/83)
  • Hardekin dans Harcanville (Harkenvilla XIIe siècle). Nom attesté au XIe siècle dans les Pipe Rolls du Norfolk (Edwinus, Rogerus filius Hardekin 1175)
  • Leodman / Ledman : Limanville (Seine-Maritime, pays de Caux, Saint-Vaast-Dieppedalle, Letmanvilla vers 1060, Lemainsville 1147) et peut-être Limanvoie (Limanveie 1238) à 22 km
  • Morcar dans Moncarville (Manche, Cotentin, Gouville-sur-Mer, Moncarvilla 1180). La forme de 1180, tardive, ne permet pas d'identifier avec plus de certitude l'anthroponyme contenu dans ce toponymes en -ville. Cependant, une évolution Mor- > Mon- est tout à fait possible, puisqu'elle a affecté Montfarville (Manche, Cotentin, Morfarvilla 1280) quoique plus tardivement. Ce nom est porté, entre autres, par Morcar, roi de Mercie
  • Ōswid : Anvéville (Seine-Maritime, pays de Caux, Ovevillam vers 1210, Onvéville XIIIe siècle → XVIIIe siècle), issu du nom norrois Ásviðr (vieux danois Aswith).
  • Pening, Penning dans Pénitot (Manche, Vasteville) [?]
  • Sæwald / Siwold dans Saumont-la-Poterie (Seine-Maritime, pays de Bray, Seiwaltmont 1043 ou Seiwalt mont vers 1043, de Mont sewolt 1046-1048); Siouville (Cotentin Seolvilla vers 1200) / Sciotot (Cotentin, les Pieux), bien que les noms de personnes norrois SǽulfR / Siólfr conviennent aussi pour ce couple toponymique. Il est possible pour Saumont de faire appel au nom de personne norrois Sigvaldr (vieux danois Sighwaldi) ou encore Sævaldi qui conviennent aussi

Noms de baptême romans ou germaniques occidentaux associés à des appellatifs scandinaves

Il en existe quelques-uns, mais ils sont beaucoup plus rares que les formules "nom d'homme norrois + appellatif roman". Peut-être résultent-ils, pour certains d'entre-eux, du baptême d'hommes scandinaves ayant pris un autre patronyme comme Hrolfr (Rouf, Rou, Rollon), comte de Rouen, baptisé sous le nom de Robert. Il convient de distinguer ces anthroponymes germaniques et romans fréquents (Yves, Guérard, Hébert, Robert, Martin, Thibout, Raoul, etc.), déjà très peu utilisés avec un appellatif scandinave, d'avec des noms germaniques composés ou hypocoristiques (diminutifs, généralement en -o) plus rares qui n'ont pas pu se combiner avec un appellatif scandinave, parce qu'ils n'ont pas été utilisés aussi tardivement ou de manière beaucoup trop sporadiques.

Anthroponymes hypothétiques

Remarque générale

Certes, ces listes ne sont pas exhaustives, mais elles donnent un aperçu de l'importance de la colonisation anglo-scandinave en Normandie à partir du Xe siècle. Cependant, la répartition de ces toponymes ne donne aucune idée sur l'importance du nombre de colons par rapport à la population autochtone. Toujours est-il que les régions du sud du pays ont toujours été peu peuplées, comparées à celles du nord où se trouve la majorité de ces toponymes.

Des noms de lieux bretons en Normandie ?

Léon Fleuriot écrit que « la Normandie est particulièrement riche en toponymes bretons. Il y aurait là un sujet de recherches. On a signalé qu'autour de Saint-Samson-de-la-Roque (Pentale), nous trouvons Saint-Thurien et trois Saint-Maclou. Villers-Canivet et Saint-Pierre-Canivet dans le Calvados (Quenivetum en 1150, Kenivet en 1195) peuvent contenir l'anthroponyme vieux breton Catnimet, aujourd'hui Canevet. ». Cette remarque s'inscrit dans une tentative plus vaste de la part de l'auteur de déterminer par la toponymie l'aire de répartition des premiers migrants bretons sur le continent. Pour la seule Normandie, Léon Fleuriot compte en tout 19 Bretteville, dont 4 seulement dans le Cotentin, et affirme qu'il n'y a « aucune raison de supposer une colonisation bretonne entre Bayeux et la Seine à la fin du IXe siècle ». Pour lui ils sont « en rapport avec les premières vagues de migrations bretonnes du IVe au VIe siècle » (en italique dans le texte). Les Bretteville (généralement attesté sous la forme Bretevilla dès le XIe siècle) sont des formations médiévales de type Brete vil(l)e « domaine rural ou village breton » et de nombreux auteurs identifient l'existence de ce type toponymique (9 communes ou anciennes paroisses, ainsi que de nombreux hameaux) à une colonisation bretonne sur les côtes normandes, contemporaine à celle de l'Armorique.

André Chédeville et Hubert Guillotel reprennent l'idée d'une colonisation précoce d'une partie de la Normandie par les Bretons. Ils s'appuient sur plusieurs faits. Ainsi, les quatre paroisses situées à l'embouchure de la Seine relevant du diocèse de Dol, auraient été offertes selon une tradition bien attestée par Childebert à saint Samson. Une autre tradition hagiographique aurait fait de saint Tudual un évêque de Lisieux. Enfin, ils s'appuient à leur tour sur la série de 19 toponymes en Brette-Bretteville en Normandie, indiquant que « certains y voient les traces d'une immigration venue de Grande-Bretagne, d'autres les attribuent - avec moins de vraisemblance - à une implantation plus tardive, venue de Bretagne continentale ».

Ces affirmations appellent trois remarques : d'une part, le culte de saints bretons n'implique pas une colonisation bretonne, pas plus que le culte de saints italiens (cf. Saint-Cénery-le-Gérei) ou le culte de saints irlandais (cf. Saint-Saëns) n'impliquent celles d'italiens ou d'irlandais à la même époque. Certes, les futurs saints peuvent avoir été présents, souvent individuellement, ou bien ce culte peut-il n'être lié qu'à la simple possession de reliques. D'autre part, Canivet s'explique aussi bien phonétiquement par la forme normande de chanvre, jadis aussi chanve, issu du bas-latin canava (fem.) et cannapus (masc.) suivi du suffixe -etu(m),, d'où *Cannabetum « chènevière » > Canivet (Quenniveto 1144-1158), la culture du chanvre étant bien attestée dans la région de Falaise. Quant à la graphie avec k, elle est souvent utilisée dans la documentation propre à la Normandie ducale, et au-delà en ancien français. Même remarque pour Carnet (Avranchin, Kerneth 1151, Chernetum 1168), qui n'est pas un nom breton isolé en Ker-, mais plus vraisemblablement un ancien *Carnate gaulois « lieu où il y a des pierres » ou un ancien *CARPINETU gallo-roman « endroit où poussent des charmes », l'action fermante de [r] a souvent transformé le groupe [ar] en [er] dans la région cf. argent > normand ergent.

On distingue bien quelques anthroponymes bretons à la mode (Harscouët dans Saint-Hilaire-du-Harcouët), surtout dans l'Avranchin, mais qui remontent à la Normandie ducale.

François de Beaurepaire constate que l'on peut fixer comme dates les plus anciennes pour les toponymes en -ville de la Seine-Maritime et de la Manche, le VIIe ou VIIIe siècle (cf. ci-dessus). En outre, il fait observer que tous les Bretteville sont situés dans la zone de diffusion des toponymes anglo-scandinaves (tout comme les Anglesqueville et Englesqueville « domaine rural anglais » contigus),. De même, les couples typiques de la période normannique Bretteville-du-Grand-Caux et sa mare (mare étant issu du vieux norrois marr) de Brettemare, tout comme Brettelonde, hameau voisin de Bretteville-l'Orgueilleuse (londe étant issu du vieux norrois lundr « bosquet ») confirment cette hypothèse, quant à l'élément Brectou- dans le toponyme Brectouville (Britecolvilla 1159), il va dans ce sens, puisque ce toponyme en -ville est généralement considéré comme composé avec l'anthroponyme scandinave *Bretakollr (anglo-scandinave Bretecol, bien attesté), sur la base de Breta- « (du) Breton ». De plus, il n'y a aucun Bretteville dans l'Avranchin, zone pourtant contiguë de la Bretagne nord (Bretagne nord où les spécialistes discernent nettement la présence de toponymes brittoniques bien identifiés qui s'arrêtent à l'ouest de l'ancien cours du Couesnon cf. Roz-sur-Couesnon). Ernest Nègre note que l'hypothèse de François de Beaurepaire est « la plus invraisemblable » sans toutefois apporter d'argument. Toujours est-il, qu'outre l'anomalie d'une datation des formations en -ville antérieurement à la fin du VIe siècle, on ne voit pas pourquoi les immigrés bretons des premières vagues qui ont touché l'Armorique, auraient systématiquement évité l'Avranchin (aussi quasiment exempt de toponymes norrois) pour ne s'installer que dans les seules zones de futur peuplement anglo-scandinave. Il s'agit d'émigrés de Grande-Bretagne, c'est-à-dire de [Grand]-Bretons, arrivés avec les colons nordiques.

Il existe bien quelques noms de lieux qui évoquent la présence de Brittus ou de Brittanus dans la toponymie normande, antérieurs à la pénétration anglo-scandinave du IXe siècle, mais ils ne sont ni différents, ni plus nombreux qu'ailleurs en France, comme le type toponymique Brétigny Ce lien renvoie vers une page d'homonymie (cf. Brétigny, Eure, Breteni au XIIe siècle) ou Brétignolles (cf. la variante Bretagnolles, Eure, Bretegniollis vers 1210), à mettre en rapport avec la présence de Bretons en Gaule à la fin de l'Empire Romain. Le nom Brittanus a aussi été utilisé dans un composé roman en -val : Berneval-le-Grand (Seine-Maritime, Brittenevalle en 750 et 775).

Notes et références

Notes

  1. ↑ Du bas latin cōrte(m) ou curti(s), évolution du latin classique cohors, cohortis « basse-cour : cour où l'on élève la volaille, cour (de ferme), espace dépendant d'une maison, enclos : terrain entouré d'une clôture », puis, en gallo-roman « domaine rural ».
  2. ↑ Cantons de Valognes, Saint-Sauveur-le-Vicomte et Bricquebec
  3. ↑ Ce concept a d'abord été forgé par Jean Adigard des Gautries dans « Études de toponymie normannique, 1 : Les noms en -torp » in Études germaniques 6 (1951), p. 3-10 et « Études de toponymie normannique, 2 : Les Caudecote » in Études germaniques 8 (1953), p. 1-5, etc.
  4. ↑ Indépendamment des doublets ou triplets incluant un toponyme en -ville, il en existe d'autres. Les plus anciens sont basés sur un système de dérivation comme la forêt de Lyons qui va donner plus tard son nom au village de Lyons-la-Forêt, dont l'élément Lyons (Leons 1015-1025) semble analogue à Lihons (Picardie, Leontium 1100), basé sur le suffixe gaulois -onti- fréquent par ailleurs. De manière probante, le premier élément Ly- (Le-) est rattaché par François de Beaurepaire au nom de la rivière Lieure (Loiris 1032) et représenterait le thème hydronymique indo-européen adapté en celtique lic- / lig-, ainsi Lyons serait un ancien *Licontio- et la Lieure, un *Licor-, le [c] s'étant régulièrement amuï en ancien français en position intervocalique. En ce qui concerne, les formations toponymiques médiévales, il peut arriver qu'un triplet n'inclue pas de nom de lieu en -ville, comme Yvetot (Seine-Maritime, pays de Caux, Ivetoht 1025-1026); Ismesnil (Yvemesnil XIIe siècle), hameau situé à 5 km, sur la commune voisine d'Allouville-Bellefosse et Yvecrique à 10 km de là. Il pourrait s'agir d'un même personnage nommé Yves.
  5. ↑ Dominique Fournier a d'ailleurs émis l'hypothèse que la fréquence de ce nom de personne a pu être renforcée par l'existence d'un anthroponyme norrois Bósi qui lui ressemble phonétiquement, mais dont le sens est tout autre. Le nom de famille Beux est fréquemment attesté dans le pays de Caux, ainsi que son dérivé Beuzelin, par contre, jusqu'à époque récente les patronymes Boson, Bozon Ce lien renvoie vers une page d'homonymie et Beuzon ne semblent pas avoir été fréquemment attestés en Normandie (on ne connaît pas par exemple l'origine géographique de Nicole Bozon, écrivain considéré comme anglo-normand.
  6. ↑ Fréville (Vosges) s'explique sans doute différemment: c'est un ancien Frisei villa[m], Frisvilla (1105)
  7. ↑ Il n'y a apparemment aucun exemple de nom en -ville associé à un adjectif norrois ou vieil anglais.
  8. ↑ L'astérisque indique le caractère supposé et non pas attesté de la forme.
  9. ↑ La fixation, sans suffixe, ni appellatif, d'un nom de femme germanique Albigardis (Ernest Nègre, TGLF, p. 828, no 14822) ou Alpigardis (Albert Dauzat, DNLF) n'est pas vraisemblable dans ce cas précis.
  10. ↑ L'explication par un nom de personne germanique Linco (Ernest Nègre, TGLF, volume 2, p. 1014, n° 18335) est peu vraisemblable : à supposer une évolution *Linco- (non attestée) > Langue-/ Lengue- elle aurait dû se produire quelque temps avant l'émergence des formations en -tot. En revanche Langue- > Lanque-, [g] > [k], est une évolution phonétique qui s'observe à de nombreuses reprises dans la région, par exemple Heugueville > Heuqueville; Ganguetot > Gauquetot, etc. Ensuite l'association de l'élément -tot scandinave avec un anthroponyme germanique qui n'apparait par ailleurs nulle part, est improbable. Enfin, l'élément Langue- est très bien documenté dans la toponymie haut normande.
  11. ↑ Dominique fournier note dans Wikimanche à propos de Biville, qu'aucun des toponymistes « (même pas Adigard des Gautries) n'a considéré l'éventualité d'un nom scandinave : en l'occurrence, l'ancien norois Bói, représenté par l'ancien danois et suédois Bo et l'ancien norois de l'ouest Bó, Búi, en tant que nom individuel ou surnom. C'est cette toute dernière variante qui semblerait le mieux convenir. Ce nom repose sur l'ancien norois de l'ouest búi « habitant, résident », dérivé du verbe búa « demeurer, habiter, résider ». Cette solution est rendue à nos yeux d'autant plus probable que la première attestation de ce toponyme, Buistot villa, comporte l'élément d'origine scandinave -tot < ancien norois topt « domaine rural; pièce de terre avec habitation », remplacé par -ville par la suite. »
  12. ↑ Cette formation toponymique est rattachée par Stéphane Lainé (in « Scandinavian onomastics in Normandy : myths and realities », actes du 44e symposium NORNA, Scandinavian Names and Naming in the medieval North-Atlantic Area (Caen, 23-25 avril 2014), édités par Inge Særheim, Gunnstein Akselberg et Stéphane Laîné) à un personnage connu au XIe ou XIIe siècle, frère Archer. Cependant, aucune forme ancienne du type *Archeri ecclesia ou *Archéglise ne vient conforter un rapport avec ce toponyme, ensuite ce genre de formation toponymique archaïque peut difficilement avoir été utilisée aussi tardivement. Cet exemple est cité par Stéphane Lainé avec une série d’exemples caricaturaux, comme Brattahlid, nom moderne d'une maison dans le Cotentin, destinés à écorner un mythe exagérant la présence d'éléments scandinaves dans la toponymie normande.
  13. ↑ Il n'y a pas lieu d'y voir un Miquiel roman, variante de Michel, car il n'est jamais utilisé régionalement dans des composés romans en -ville; -mont; -val; -mesnil. En outre, on rencontre uniquement la forme Michel (voir les noms de communes en Saint-Michel-). On constate cependant pour une ferme nommée Bosc-Michel au hameau de Sainte-Catherine (Seine-Maritime, Auffay), une mention unique Bosc Miquiel en 1469, alors qu’on trouve régulièrement Bosco Michel fin XIe siècle, le Bosc Michel en 1422, Bosc Michel en 1431, Bosc Michel en 1458, Bosc Michel en 1474, le Bosc-Michel en 1503. Pour Miquetot, s'il s'agissait du nom de personne Michel, la forme aurait sans doute été refaite en *Micheltot dans quelques mentions anciennes, forme apparemment pas attestée.

Références

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  14. ↑ Jean Adigard des Gautries, « Les noms en dalle » in Études germaniques, 1960 p. 234.
  15. ↑ Dans Escalleclif, il s'agit plutôt du nom d'homme scandinave Skalli, puisque l'on trouve le manoir d'Escolleville à côté. cf. François de Beaurepaire, op. cit.
  16. ↑ Jean Renaud, Les Vikings et la Normandie, Éditions Ouest-France, , p. 170
  17. ↑ Frédéric Durand, Les Vikings, Paris : P.u.F., 1965, p. 38.
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  19. ↑ Lundr dans FEW, p. 490 sur le site d’Atilf
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  21. ↑ Albert Dauzat, Jean Dubois, Henri Mitterand, Nouveau dictionnaire étymologique et historique, éditions Larousse 1971. p. 445.
  22. ↑ Ibid. p. 445.
  23. ↑ Ibid. p. 445
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  25. ↑ Walther von Wartburg, Französisches Etymologisches Wörterbuch. Eine darstellung des galloromanischen sprachschatzes (Dictionnaire étymologique du français. Une représentation du trésor lexical galloroman), 25 vol. Bonn/Berlin/Bâle : Fritz Klopp/B. G. Teubner/Zbin, t. 16, p. 533 - 534.
  26. ↑ Marie Fauroux, Actes des ducs de Normandie n°186 in Elisabeth Ridel, op. cit.
  27. ↑ Elisabeth Ridel, op. cit.
  28. ↑ cf. Les Noms des communes et anciennes paroisses de la Seine-Maritime, François de Beaurepaire, préface Marianne Mulon, Picard, 1979, Paris. P. 27 : « La formule A correspond au mode de composition déterminant + appellatif.....le formule B présente l'ordre inverse....à partir du XIe siècle elle a fait la conquête pacifique des provinces du nord de la France. » P. 31 : « À partir du XIe siècle l'emploi de l'article paraît s'être généralisé..., ainsi que le prouvent les formes anciennes...du hameau de la Mare à Sainte-Opportune-la-Mare (la Mara 1059 - 1066) »
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  30. ↑ Gui Chartier, Annales de Normandie, « Les toponymes des Xe et XIe siècles relatifs au défrichements sur le territoire de l'actuelle Seine Maritime », sur persee.fr, (consulté le ).
  31. ↑ Cf. Radwell.
  32. ↑ L'héritage maritime des Vikings en Europe de l'ouest, Presses universitaires de Caen 2002. p. 364.
  33. ↑ ibid.
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Sources

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