Urtats

Urtats est un terme de la langue basque qui désigne principalement le premier jour de l'année, autrement dit le Jour de l'an, également appelé Urteberri. Il se rapporte aux festivités marquant le passage à la nouvelle année ainsi qu'aux traditions et aux formules de vœux associées à cette période. Le terme peut également être lié à la fête chrétienne de la circoncision de Jésus, célébrée huit jours après sa naissance. Au pluriel, urtatsak désigne les étrennes et les présents offerts à l'occasion du Nouvel An ou de l'Épiphanie, notamment des fruits et des friandises destinés aux enfants.

Le terme Urteberri signifie littéralement « nouvelle année ». Dans les traditions populaires du Pays basque, il désigne également différentes pratiques rituelles célébrant le renouvellement de l'année. Plusieurs coutumes documentées en Navarre, notamment dans la vallée du Baztan et dans la vallée de la Burunda, reposent sur la collecte d'eau au moment du passage à la nouvelle année. Cette eau, appelée ur berria (« eau nouvelle »), était réputée bénéfique et symbolisait les souhaits de santé, de paix et de prospérité pour les mois à venir,.

Étymologie

Le mot Urtats connaît plusieurs variantes dialectales, notamment urthatse, urtets et urtehatse.

En basque, urte signifie « année », tandis que berri se traduit par « nouveau » ou « neuf ». Leur association forme urte berri, expression signifiant « nouvelle année ». La forme Urteberri sert couramment à désigner le Nouvel An, alors que urte berria correspond à « la nouvelle année », le suffixe -a marquant l'article défini.

La célébration est notamment associée à la formule Urte berri on !, qui signifie « Bonne année ! ». D'autres expressions désignent les fêtes voisines dans le calendrier traditionnel : Urtezar renvoie à la veille du Nouvel An, tandis qu'Eguberri désigne Noël. Leur emploi peut varier selon les régions et les usages linguistiques locaux.

Traditions

Rituel de l'eau nouvelle

Dans plusieurs localités navarraises, l'arrivée de la nouvelle année donnait lieu à une coutume consistant à recueillir de l'eau à une source ou à une fontaine à minuit. Cette pratique, connue sous le nom d'ur berria, reposait sur la croyance selon laquelle l'eau prélevée au moment précis du changement d'année possédait des vertus particulières. Elle était notamment associée à la protection, à la santé et au renouveau.

À Lekaroz, dans la vallée du Baztan, une tradition rapporte que l'eau du cours d'eau Urandia se transformait symboliquement en vin à minuit, durant la nuit de la Saint-Sylvestre, appelée Urtezar en basque. Des jeunes filles se rendaient alors sur place pour en recueillir. Elles pouvaient ensuite pénétrer dans les maisons dont les portes étaient ouvertes et asperger les personnes endormies, notamment leurs proches et les jeunes du village. Ce geste s'inscrivait dans les pratiques festives marquant l'entrée dans la nouvelle année.

Des usages similaires ont été recensés dans la vallée de la Burunda, en Navarre. À Urdiain, des jeunes transportaient de l'eau fraîche dans une cruche et entonnaient un chant traditionnel devant les représentants de la municipalité. Ces derniers goûtaient l'eau, accomplissant ainsi un geste symbolique marquant le début de l'année. Des coutumes apparentées ont également été signalées dans les vallées d'Imotz et de Larraun, ainsi que dans celle du Baztan.

Les chants associés à ces cérémonies expriment des souhaits de bonheur, de paix et de bonne santé. Une version recueillie dans le Baztan comprend les paroles suivantes :

Urte berri, berri, zer dakarrazu berri? : Uraren gaina, bakea ta osasuna, urtes, urtes!

Ces vers peuvent être traduits ainsi :

« Nouvelle année, nouvelle année, qu'apportes-tu de nouveau ? » : « La surface de l'eau, la paix et la santé, urtes, urtes ! »

Les paroles et les mélodies présentent des différences selon les localités. Le chercheur José María Satrústegui a étudié ces chants dans son article « Canto ritual del agua en Año Nuevo », publié en 1971 dans la revue scientifique Fontes Linguae Vasconum. Ces témoignages ethnographiques mettent en évidence la place symbolique de l'eau dans les célébrations du Nouvel An au Pays basque. Sa collecte et sa distribution étaient considérées comme des moyens de favoriser le bien-être et de commencer l'année sous de bons auspices. Toutefois, les pratiques variaient selon les communautés et leur transmission a évolué au cours du XXe siècle,.

Le tronc de Noël et les pratiques protectrices

Dans plusieurs régions du Pays basque, un tronc de bois était traditionnellement brûlé dans le foyer pendant la nuit de Noël. Cet élément, auquel étaient attribuées des fonctions religieuses et protectrices, porte différents noms selon les territoires : Gabonzuzi, Gabon-zuzi, Gabon-subil ou encore Olentzero-enborra.

Les usages associés à ce bois variaient d'une localité à l'autre. Certaines familles conservaient les braises ou les résidus du tronc pour les employer ultérieurement dans des pratiques protectrices. Ailleurs, le bois brûlé était censé préserver la maison, ses occupants et les animaux domestiques. Ces coutumes sont notamment décrites dans l'Atlas Etnográfico de Vasconia, qui rassemble des enquêtes consacrées aux traditions populaires de différentes régions basques.

À Ezkirotz , en Navarre, le tronc appelé Gabon-zuzi était déposé sur le seuil de la porte principale le jour de l'An ou lors de la Saint-Antoine, célébrée le 17 janvier. Les animaux domestiques étaient ensuite conduits au-dessus du bois. Selon la croyance locale, ce passage devait les préserver des accidents durant l'année. Des pratiques comparables ont été signalées à Oiartzun, au Guipuscoa, et dans la vallée d'Arakil, en Navarre.

L'ethnologue Juan Garmendia Larrañaga s'est également intéressé à ces traditions et à la place du tronc de Noël dans les célébrations populaires basques. Il a notamment évoqué la possibilité que la coutume du tronc associé à Olentzero soit antérieure à la figure personnifiée aujourd'hui connue sous ce nom.

Notes et références

  1. 1 2 (es) « Osteleuri », sur Euskaltzaindia, Académie royale de la langue basque
  2. 1 2 3 4 (es) José María Satrústegui, Canto ritual del agua en Año Nuevo, vol. 3, , 35-74 p. (lire en ligne), chap. 7
  3. 1 2 3 (es) « Mitología », sur Auñamendi Eusko Entziklopedia (consulté le )
  4. ↑ (eu) « Egungo Euskararen Hiztegia », sur Université du Pays basque (EHU/UPV) (consulté le )
  5. ↑ (es) « Natividad/Eguberri, Nochevieja/Gabonzar, Año Nuevo/Urteberri, Día de Reyes/Erregena », sur Atlas Etnográfico de Vasconia (consulté le )
  6. ↑ (en) « Blessed be the water », sur Labayru Fundazioa, (consulté le )
  7. 1 2 3 (es) « El tronco de Navidad », sur Atlas Etnográfico de Vasconia (consulté le )
  8. ↑ (es) María Agirre, « Juan Garmendia Larrañaga: « Creo que el tronco Olentzero es más antiguo que el personaje Olentzero » », sur Eusko Ikaskuntza, (consulté le )

Bibliographie

Liens internes