Labatz

Labatz est l'un des termes basques désignant la crémaillère, ustensile traditionnel suspendu au-dessus du foyer pour y accrocher les récipients de cuisson. Plusieurs variantes régionales sont attestées, notamment lahatza, laatz, elatz, latzu, laratz, gelaratzu et zurkatxa.

Description

Un chaudron est suspendu à la crémaillère, au-dessus du foyer.

La crémaillère traditionnelle était constituée d'une chaîne métallique suspendue à une barre transversale placée dans la cheminée. Son extrémité inférieure comportait un ou plusieurs crochets permettant de suspendre les chaudrons au-dessus du feu et d'en régler la hauteur. Cette chaîne était notamment appelée labatz à Ezkurra, en Navarre, tandis que d'autres localités employaient des formes telles que laatza, elatza ou laratza. Il existait également des dispositifs en bois. À Liginaga, en Soule, la crémaillère de certaines cabanes pastorales, appelée zurkatxa, était entièrement en bois à l'exception du crochet en fer.

Fonction symbolique

Outre son rôle utilitaire, la crémaillère était investie d'une fonction symbolique, elle représentait la maison et le foyer familial. Cette conception se manifeste notamment dans des proverbes basques qui lui attribuent la connaissance des comportements des membres du ménage.

À Kortezubi, en Biscaye, l'expression etxeko laratzak danak ezaututen dittu signifie « la crémaillère de la maison connaît tout le monde ». À Ataun, au Guipuscoa, on disait sukaldeko elaatzak jakingo do orren berri, soit « la crémaillère de la cuisine saura ce qu'il en est de cette personne ».

Une autre formule, Sueteko laratzak jakiten dau etxeko barri, peut se traduire par « la crémaillère du foyer connaît les nouvelles de la maison ».

Une formule apparentée est rapportée par Echebarria dans son lexique du parler d’Arratia : Etxeko laratzak onduen ezagutzen gaittu danok, que l’on peut traduire par « la crémaillère de la maison nous connaît tous mieux que quiconque ». Cette expression renforce l’association symbolique entre la crémaillère et la connaissance de la vie des membres du foyer.

Rites traditionnels

La crémaillère intervenait dans certains rites destinés à intégrer une personne ou un animal au foyer. Des pratiques ethnographiques attestent notamment que des animaux nouvellement acquis étaient parfois portés trois fois autour de la crémaillère afin qu'ils s'habituent à leur nouvelle maison et n'en repartent pas.

À Ataun, une poule ou un chat nouvellement acquis pouvait être placé dans un sac et porté autour de la crémaillère de la cuisine. Des pratiques similaires sont rapportées à Oiartzun et à Oñati pour les chats, ainsi qu'à Zegama pour les volailles. Ces gestes exprimaient symboliquement l'intégration de l'animal au foyer,.

Dans la littérature basque

En raison de son importance dans la vie domestique traditionnelle, le laratza occupe une place symbolique dans l'imaginaire basque. Il apparaît dans les proverbes, certaines croyances traditionnelles, les devinettes et les coutumes anciennes.

Le poète basque Xabier Lizardi évoque également la crémaillère dans son poème Euskal Pizkundea, où elle est associée à la mémoire familiale et aux récits transmis par les générations précédentes :

Basque Français
Amonaren alkia La chaise de grand-mère
hago sutondoan est là, près du foyer.
haren ipuirik al dek Te souviens-tu encore
hik jaso gogoan? des histoires qu’elle racontait ?
Hik ez? Laratzak ezta... Toi, non ? Pas même toi, crémaillère…
Ezuste gozoan Dans une douce surprise,
geunden ta gure poza nous étions là, et notre joie,
betiko da joan. à jamais, s’en est allée.

Références

  1. 1 2 3 4 (es) Labayru Fundazioa, « El llar, laratza », Bilbao, Labayru Fundazioa (consulté le )
  2. 1 2 (eu) Jabier Kalzakorta, « Laratzaren gaineko esaera zahar, igarkizun eta sineskerak », Cuadernos de Etnología y Etnografía de Navarra, vol. 31, no 73,‎ , p. 355-368 (ISSN 0590-1871, lire en ligne, consulté le ).
  3. ↑ (es) Labayru Fundazioa, « Atlas Etnográfico de Vasconia », Bilbao, Labayru Fundazioa (consulté le )
  4. ↑ (es) T. Echebarria, « Lexicon de los de Arrate », Euskera,‎ 1965-1966, p. 421 (lire en ligne, consulté le )
  5. ↑ (es) Labayru Fundazioa, « Incorporación a la casa de un animal recién adquirido. Etxerako izan », Bilbao, Labayru Fundazioa (consulté le )

Bibliographie