Illerri

Stèle discoidales dans le cimetière (hilerria) de Sainte-Engrâce.

Illerri (forme également rapprochée du basque normalisé hilerri, « cimetière ») désigne un lieu consacré aux morts. Dans la culture traditionnelle du Pays basque, les sépultures sont étroitement liées à la maison, à la famille et aux rites en mémoire des défunts. L'ethnographie basque documente notamment l'existence d'emplacements familiaux dans les églises, où des prières et des offrandes étaient réalisées à l'occasion des funérailles et des messes commémoratives.

Étymologie

Le terme basque hilerri signifie « cimetière ». Il est généralement analysé comme un composé de hil, « mort » ou « mourir », et herri, « pays », « territoire » ou « communauté ». Avec l'article défini basque -a, la forme normalisée est hilerria, « le cimetière ».

Plusieurs variantes lexicales sont rapportées dans les traditions locales, notamment ilarrieta et ilargieta à Sare, hilerri à Licq, zimitorio à Oiartzun, kanpusantu à Ataun et ortusantu. Ces formes témoignent de la diversité du vocabulaire funéraire basque.

Les sépultures familiales dans les églises

Autrefois, les défunts étaient fréquemment enterrés à l'intérieur des églises. Chaque maison pouvait disposer d'un emplacement réservé dans la nef, associé à la famille et à ses obligations rituelles. Avec le développement des cimetières extérieurs, ces emplacements ont conservé une fonction symbolique et religieuse, même lorsqu'ils ne correspondaient plus à des lieux d'inhumation effectifs.

Ces emplacements sont notamment appelés jarlekuak (singulier jarleku, littéralement « sièges ») ou sepulturak. Ils étaient associés à la maison plutôt qu'à un simple emplacement individuel et permettaient aux familles de participer aux cérémonies religieuses en mémoire de leurs morts. Les femmes de la maison y accomplissaient notamment des prières et des offrandes de lumière.

Rites funéraires et mémoire des morts

Cimetière de Charritte-de-Haut.
Cimetière du monastère de Santa María de Zenarruza (Ziortzako Monastegia), à Markina-Xemein, en Biscaye.

Dans les pratiques traditionnelles du Pays basque, les rites funéraires ne se limitaient pas à l'inhumation. Les prières, l'allumage de cierges et les messes commémoratives contribuaient à entretenir la mémoire des défunts et à manifester la continuité des liens entre la maison et ses ancêtres.

Lors des cérémonies, une voisine ou une représentante de la maison (etxe) pouvait être chargée d'allumer et de surveiller les petites bougies, appelées ezkoak. Ces lumières étaient associées aux prières pour les morts et à la persistance de leur souvenir.

Au Pays basque continental, notamment en Labourd, en Basse-Navarre et en Soule, les cimetières situés autour des églises ont longtemps favorisé le maintien de pratiques associant le lieu de sépulture, la paroisse et la communauté villageoise. Michel Duvert a étudié ces traditions dans une enquête ethnographique consacrée aux représentations et aux pratiques liées à la mort en Pays basque nord. Les cimetières occupent une place importante dans les traditions basques car ils permettent de maintenir un lien entre les vivants et les morts. Les tombes représentent la mémoire des familles et la continuité entre les générations. Lors d’un enterrement à Alçabéhéty, toutes les tombes étaient traditionnellement fleuries, car selon un témoignage, « les morts accueillent le mort ». Duvert évoque aussi des croyances liées à l’au-delà, comme le purgatoire et les âmes des défunts. Certaines tombes possèdent des ouvertures grillagées qui symbolisent un lien entre les morts et les vivants. La Toussaint est une fête importante durant laquelle les Basques honorent leurs défunts. Ainsi, le cimetière est un lieu de mémoire, de recueillement et de continuité entre les générations.

Références

  1. ↑ « Les sépultures dans les églises. Jarlekuak », Labayru Fundazioa, Atlas Etnográfico de Vasconia
  2. ↑ (en) « Burial sites in churches. Jarlekuak. Fuesas », Labayru Fundazioa, Atlas Etnográfico de Vasconia
  3. ↑ (es) « Sepultura doméstica », Labayru Fundazioa, Atlas Etnográfico de Vasconia
  4. ↑ (es) « Activación de la sepultura. Ezkoen piztea », Labayru Fundazioa, Atlas Etnográfico de Vasconia
  5. 1 2 3 Duvert, Michel, « Données ethnographiques sur le vécu traditionnel de la mort en Pays Basque-nord », Munibe (Antropologia-Arkeologia), vol. 42,‎ , p. 479-489 (lire en ligne)

Bibliographie

- Barandiaran, José Miguel de (trad. Bernard Duhourcau), Stèles et rites funéraires au pays basque, Bayonne, Ekaina, , 132 p.. - Duvert, Michel, « Données ethnographiques sur le vécu traditionnel de la mort en Pays Basque-nord », Munibe (Antropologia-Arkeologia, 42, 1990, p. 479-489. - Labayru Fundazioa, Atlas Etnográfico de Vasconia, chapitres consacrés aux sépultures domestiques, aux rites funéraires et aux emplacements jarleku.

Bibliographie