Idinarru est un terme basque désignant une peau de bœuf. Dans la tradition orale du Pays basque, le mot désigne notamment une peau transformée en sac, auquel les légendes attribuent la fonction de mesure pour les céréales et les pièces d'or. Le terme est également associé à des récits de trésors enfouis sous des pierres, dans des dolmens, des montagnes et des cavernes,.
Les ethnologues José Miguel de Barandiaran et d'autres collecteurs de traditions populaires ont recensé plusieurs de ces récits. Les trésors prennent des formes diverses selon les lieux: peaux animales remplies d'or, coffres, caisses, cloches ou objets attribués à la déesse Mari.
Étymologie
Le terme idi signifie «bœuf» en basque. Narru désigne la peau ou le cuir, et constitue une variante lexicale de larru, qui possède le même sens. La forme idinarru est ainsi associée à la peau de bœuf dans les ouvrages ethnographiques consacrés à la mythologie basque.
Les trésors cachés
Ereñusarre et Maruelexea
Le mont Ereñozar, également appelé Ereñusarre, à Ereño dans la région de Biscaye, est associé à une légende d'idinarru rempli de pièces d'or. Selon une tradition locale, le trésor serait enterré entre l'ermitage de saint Michel, situé au sommet, et la grotte de Santimamiñe, au pied de la montagne. Cette croyance est rapportée dans le dictionnaire ethnographique d'Urdaibai.
Un autre trésor est associé à Maruelexea, également appelé Maruelexa ou Marueleza, sur le mont Arrola, près de Nabarniz. Le site comporte les vestiges d'une enceinte fortifiée ancienne. La tradition rapporte qu'un trésor y est enfoui et qu'un chaudron apparaît au lever du soleil le jour de la Saint-Jean, à l'endroit où se trouve le dépôt. Cette dernière référence sert uniquement à retrouver la piste documentaire: une source encyclopédique indépendante reste à établir pour le détail du chaudron.
Les peaux animales et les objets en or
Les traditions recueillies par Barandiaran et reprises dans des compilations consacrées à la mythologie basque attribuent des trésors à plusieurs autres sites:
Au mont Goikogane, dans la commune d'Arrankudiaga, il s'agirait d'une peau de chèvre remplie d'or.
À Igozmendi, près d'Aulestia, une cloche en or serait enfouie.
À Aritz, dans la région de Leitza, un coffre rempli d'or serait caché.
Dans le massif d'Aralar, une dévidoir en or serait la propriété de Mari.
Dans les montagnes de Placencia, un levier en or serait enfoui.
À Udalatx, une caisse remplie d'or est également mentionnée dans les traditions locales.
À Saibei, (ou Saibi / Saibigain) lieu mythique de la tradition basque situé dans le parc naturel d'Urkiola, un trésor est signalé dans les récits consacrés aux richesses cachées des montagnes basques.
À Intxurre, ancien site fortifié situé au-dessus d'Aldaba, une cloche remplie d'or est mentionnée.
À Aizpitarte, près d'Errenteria, un coffre rempli d'or serait enfoui.
Dans la maison Oregi, à Osintxu, la tradition situe une auge de maçon et un levier en or.
Ces indications sont des témoignages de folklore rapportés dans les compilations ethnographiques; elles ne constituent pas des preuves de l'existence matérielle des trésors. Pour plusieurs de ces lieux, la référence précise à la page de Barandiaran reste à vérifier.
Les grottes et les cavernes
Plusieurs cavités naturelles sont également associées à des trésors cachés:
Dans la grotte de Mairuelegorreta, dans le massif de Gorbeia, une tradition situe de l'or enfoui. Le guide patrimonial du massif du Gorbeia rapporte cette légende parmi les récits locaux de trésors souterrains.
Dans les grottes de Baltzola, à Dima, les récits traditionnels évoquent des richesses souterraines. Les collectes ethnographiques rapportent notamment une légende dans laquelle une créature surnaturelle remet de l'or à un berger.
Dans la grotte d'Iruaxpe, près de Goronaeta, un trésor est également mentionné dans les compilations de légendes basques.
À Maltsoenborda, dans la région d'Urepel, un récipient de mesure rempli d'or est signalé dans la tradition orale.
Dans une caverne du mont Auza, près d'Urepel, un trésor serait gardé par un serpent et un bouc. Cette légende est associée au dicton basque suivant:
«Auza, han baduk gauza, baino neok ezin ar.»
—Traduction: «Auza, tu as là des richesses, mais personne ne peut les prendre.»
Le récit figure dans des travaux consacrés aux légendes des montagnes de Navarre et du Pays basque.
Les dolmens entre Elgoibar et Irukutzeta
Les montagnes situées entre Elgoibar et le sommet d'Irukutzeta sont associées à plusieurs récits de trésors enfouis dans des dolmens. Les traditions rapportées mentionnent des caisses remplies d'or et une cloche en or que des personnes auraient tenté de déterrer sans succès.
Dans un article publié en 1963, Barandiaran rapporte une tradition comparable concernant le dolmen d'Estrakinburu, près de Markina-Xemein. Selon les habitants, le monument renfermerait un idinarru rempli d'or, qui ne serait découvert qu'avant la fin du monde grâce au sabot d'un mouton. La tradition situe également le trésor à l'endroit de la montagne où apparaissent les premiers rayons du soleil.
D'autres récits mentionnent des trésors enterrés sous un rocher au col d'Austegarmin, sur le massif de Gorbeia, et dans le dolmen de Pagozarreta. Une pierre dressée ou couchée pouvait elle-même être considérée comme la cache d'un trésor. La documentation sur les monuments mégalithiques basques confirme l'existence de telles légendes, notamment autour du site d'Austegarmin.
Interprétation
Les légendes d'idinarru s'inscrivent dans un ensemble plus large de récits basques consacrés aux trésors enfouis. Ceux-ci sont souvent associés à des monuments anciens, des rochers remarquables, des grottes et des sommets. Les objets varient d'un lieu à l'autre, mais le motif du trésor souterrain revient fréquemment dans les traditions orales recensées par les ethnologues,.
Les fouilles réalisées sur certains monuments mégalithiques témoignent parfois de tentatives anciennes pour retrouver ces richesses supposées. Elles ne permettent toutefois pas de confirmer les trésors décrits dans les récits. Les légendes doivent ainsi être considérées comme des documents sur les croyances populaires et les représentations traditionnelles du paysage, plutôt que comme des indications archéologiques fiables.
↑(es) «Auza», Rutas Navarra / Napar Bideak (consulté le )
12(es) José Miguel de Barandiaran, «Nota acerca de algunas investigaciones prehistóricas realizadas en el País Vasco desde el año 1933 hasta el de 1936», Anuario de Eusko-Folklore, vol.20, , p.117-125 (lire en ligne)