Gau Beltza

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Gau Beltza (« la nuit noire » en basque), également appelée Arimen Gaua ou Animen Gaua (« la nuit des âmes »), est une célébration populaire du Pays basque associée à la nuit du 31 octobre au 1er novembre. Elle est liée aux croyances concernant les âmes des défunts, aux traditions rurales, aux rites saisonniers et à l'arrivée de l'hiver.

Autrefois marquée par des pratiques religieuses et des croyances populaires, cette célébration est aujourd'hui devenue une fête culturelle et festive durant laquelle les habitants se déguisent, sculptent des légumes et participent à différentes animations.

Depuis plusieurs années, Gau Beltza connaît un renouveau dans différentes villes et villages du Pays basque, notamment dans le but de préserver les traditions locales et de valoriser la langue et la culture basques face à la popularité d'Halloween.

Étymologie

L'expression basque gau beltza signifie littéralement « nuit noire ». Elle fait référence à l'obscurité nocturne et à l'imaginaire traditionnel associé à la mort, aux esprits et aux phénomènes surnaturels.

La célébration est également connue sous le nom d'arimen gaua ou animen gaua, qui signifie « nuit des âmes ». Cette appellation fait référence aux croyances selon lesquelles les âmes des défunts pouvaient revenir dans le monde des vivants durant cette période,,.

Origines et histoire

Anciennes célébrations saisonnières

Dans l'ancienne Europe, les populations pratiquaient de nombreux rites liés aux cycles de la nature, aux solstices, aux équinoxes et aux différentes phases de la Lune. Ces pratiques étaient notamment associées aux croyances animistes, selon lesquelles la nature et les êtres vivants possédaient une force spirituelle. L'agriculture occupait une place essentielle dans la vie des anciennes sociétés, ce qui explique l'apparition de nombreuses célébrations liées aux récoltes et aux périodes de semailles.

À l'origine, l'année basque était divisée en deux grandes saisons : Uda (l'été), qui représente la période de lumière et d'abondance, et Negua (l'hiver), associé à l'obscurité et au repos de la nature. Par la suite, deux saisons intermédiaires ont progressivement été distinguées : Udaberria (le printemps) et Udazkena (l'automne). Ainsi, le cycle annuel s'est organisé autour de quatre saisons. La fin du mois d'octobre correspondait à la fin des récoltes et annonçait l'arrivée de l'hiver. Cette période marquait le ralentissement de la nature et la diminution de la lumière solaire, jusqu'au solstice d'hiver, moment associé au retour progressif du soleil. Les populations célébraient alors la fin des récoltes à travers différents rites destinés à accompagner le changement de saison et à honorer les forces de la nature,.

Croyances animistes

Selon certaines croyances anciennes européennes, tous les êtres vivants possédaient une force vitale intérieure. Cette force était appelée gogoa (« pensée, esprit, envie » en basque) et était considérée comme résidant dans la tête. À la mort du corps, cette force vitale aurait été libérée afin de poursuivre un cycle en entrant dans un autre être vivant.

Les abeilles (erle) occupaient une place symbolique importante dans ces croyances, car elles étaient considérées comme des intermédiaires permettant aux âmes des défunts de poursuivre leur cycle. Les argizaiolak, des planchettes de bois portant une bougie ou une cire enroulée, étaient également allumées en mémoire des morts. Selon ces représentations traditionnelles, l'arc-en-ciel (ostadar) constituait un chemin reliant la Terre nourricière (amalur) et la Lune (ilargi), que les âmes devaient emprunter pour poursuivre leur voyage. La fin du mois d'octobre était ainsi considérée comme une période favorable au passage des âmes vers l'au-delà. Des rites étaient pratiqués pour accueillir les âmes des membres de la famille et les protéger des forces maléfiques qui pouvaient se trouver sur leur chemin.

Influences celtiques et romaines

Certaines interprétations rapprochent Gau Beltza du Samhain, une fête importante de la culture celtique célébrée à la fin du mois d'octobre. Elle marquait la fin des récoltes, le début de l'hiver et symbolisait une période de rapprochement entre le monde des vivants et celui des morts,,.

Les Celtes auraient célébré cette période à travers des rites destinés à accompagner le passage vers l'hiver et à honorer les esprits. Les Romains auraient également adopté certaines coutumes et célébrations saisonnières des populations européennes conquises, contribuant à leur diffusion dans différentes régions de l'Europe.

Toutefois, l'existence d'un lien direct entre les anciennes pratiques basques et le Samhain reste discutée. La Fondation Labayru conteste notamment l'existence d'une ancienne fête basque appelée Gau Beltza et considère que certaines interprétations contemporaines reposent sur une reconstruction historique.

L'intégration dans le calendrier chrétien

Avec la diffusion du christianisme en Europe, l'Église a progressivement intégré et transformé certaines célébrations anciennes en les associant au calendrier religieux,.

La fête de la Toussaint, célébrée le 1er novembre, est consacrée à tous les saints, tandis que le 2 novembre correspond à la commémoration des fidèles défunts,.

Au Pays basque, la période entourant ces deux dates était notamment associée à Arimen Gaua, la nuit des âmes, et à la mémoire des membres de la famille décédés,,.

Cette tradition était marquée par les prières, les visites aux cimetières, l'allumage de bougies et les messes en mémoire des défunts,.

Traditions et pratiques anciennes

Témoinages

À la veille de la Toussaint (Domu Santu) et le jour même, ainsi que lors du Jour des morts (Arimen Eguna), il existait au Pays basque plusieurs coutumes similaires à celles de la fête d'Halloween. En particulier, creuser des courges, aller demander de la nourriture ou parcourir les fermes de maison en maison en chantant étaient des pratiques répandues dans de nombreuses localités jusqu'au XXe siècle.

« Le jour des âmes, à Eibar, une ancienne coutume consistait à manger et à boire dans les tavernes jusqu'à l'ivresse. Les jeunes filles et les jeunes garçons du village allaient également ensemble dans les fermes manger des châtaignes grillées. »

— Toribio Etxebarria, Eibar, 1887.

La même pratique existait à Zizurkil ainsi qu'à Oiartzun. D'autres témoignages évoquent également le creusement des courges :

« Le soir ou à la tombée de la nuit, on plaçait une courge dans le clocher, après lui avoir fait des yeux et une bouche et avoir allumé une bougie à l'intérieur. On vidait la courge en faisant un trou par-dessous, on en retirait les graines et le reste, puis on y plaçait une bougie. On lui découpait des yeux et une bouche pour lui donner la forme d'une tête. On mettait la bougie au milieu et la lumière apparaissait à travers les yeux, le nez et les autres ouvertures. À l'époque, il n'y avait d'ailleurs pas d'éclairage dans les rues, tout était plongé dans l'obscurité. Quant au nom, je pense qu'on devait appeler cela une tête de mort, mais nous étions jeunes et... »

— Herminia Lazpita, Berriz

.

« Lors d'une des nuits entourant la Toussaint (...), les jeunes du village auraient l'habitude d'aller d'un endroit à l'autre pour effrayer les habitants. Quelques jours auparavant, ils volaient des courges dans les potagers des environs, les vidaient ensuite et y plaçaient des bougies. Ils déposaient les courges devant les portes des maisons. Il existait également une chanson à ce sujet : Xesteron kontra, animen alde (Xestero était le nom du fossoyeur de Mutriku). Nous savons en tout cas que cette pratique existait au début du XXe siècle. »

— Témoignage recueilli à Mutriku.

Outre le creusement des courges, il existait également une tradition consistant à aller demander des friandises ou de la nourriture, comme lors de la fête de Sainte-Agathe. À Uterga, par exemple, les enfants chantaient la chanson suivante :

« dominé-dominé, castañé, y si no zikiñé »

— Mikel Goñi, Uterga.

Le déguisement était également une pratique courante, souvent avec des costumes similaires à ceux utilisés lors des carnavals basques. Un simple drap suffisait pour confectionner un déguisement.

À Mutriku, la Gaba Beltza est célébrée depuis des temps anciens : des courges évidées contenant des bougies sont placées devant les maisons du village, tandis que le Talaixako Mamua, personnage d'une ancienne légende locale, descend dans les rues du village.

Déguisements et lanternes

Dans les villages basques, les jeunes avaient l'habitude de se déguiser avec de vieux vêtements, des draps, des sacs usagés et parfois de se noircir le visage avec de la suie,,.

Selon certaines croyances, ces déguisements permettaient de prendre l'apparence des mauvais esprits afin de ne pas être reconnus par les forces surnaturelles et d'éviter leurs attaques. Les jeunes creusaient également des navets, des betteraves ou des citrouilles, dans lesquels ils découpaient des yeux et une bouche avant d'y placer une bougie allumée. Ces lanternes étaient déposées au bord des chemins, près des cimetières ou des fontaines afin d'effrayer les passants,,.

Les lanternes pouvaient également servir à raconter des histoires destinées à effrayer les habitants ou à montrer symboliquement aux âmes des défunts le chemin à suivre.

Quêtes de maison en maison

Les rassemblements autour des châtaignes grillées constituaient une pratique festive importante de cette période. Les jeunes se réunissaient pour manger, boire et célébrer la fin des récoltes. Ils avaient également l'habitude de parcourir les maisons et les fermes en chantant et en demandant des friandises ou de la nourriture,,.

Plusieurs chants et formules traditionnels étaient utilisés dans différentes localités de Navarre, notamment :

Certaines formules sont encore utilisées aujourd'hui, notamment Sosa ala pota! (« Une pièce ou quelque chose à manger! »), Ziria ala saria! (« Un mauvais tour ou une récompense ! » équivalent au Trick or treat en anglais) ou encore Xanduli, manduli, kirriki, eman goxokiak guri! (« Xanduli, manduli, kirriki, donnez-nous des friandises ! »).


Références

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